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Expropriation de terre : comment gérer la crise ?

Expropriation de terre : comment gérer la crise ?

La semaine du 23 février dernier, de habitants de certaines zones de Ndogpassi Village ont été

dépossédés de leurs terres par des inconnus, sans aucune raison solide. Ce sont encore

quelques 200 familles qui se sont retrouvées du jour au lendemain sans toit, parce

qu’expropriées. La question de l’expropriation est récurrente. Comment la gérer quand elle se

présente ?

Tout commence dans la matinée du 18 février lorsque les populations de Ndogpassi III se

réveillent et retrouvent leurs domiciles balisés. Plusieurs écriteaux les invitant à déguerpir ou leur

rappelant qu’ils sont sur un terrain privé, leur font face. Quelques jours plus tard, c’est une horde

massive d’hommes en tenue accompagnés d’engins destructeurs qui sont descendus les

sommer puis passer irrévocablement à des destructions de maison. Une situation intenable pour

plusieurs travailleurs et/ou parents d’élèves. Cette situation n’en est pas la première et les cas

d’expropriation de cette envergure sont légions dans le pays. Feumba Jean, 64 ans, retraité

déguerpi de la zone Maétur à Bonaberi en 2014 fait parti des victimes de ce type d’expropriation.

Il se souvient encore : « Quand tu débarques dans un lieu ; tu y vis et vieillis et du jour au

lendemain, on ne sait qui ni pourquoi, vient te faire partir. C’est horrible et injuste ».

En général ceux qui se font chasser de leurs terres, reçoivent des subsides financiers ou

matériels, surtout lorsque la raison d’Etat le justifie. Cependant, lorsque le litige concerne deux

parties civiles, le choc supposé être de titans se transforme fort hélas en combat de David contre

Goliath, avec la victoire de ce dernier. « Quand nous les responsables du quartier, on s’est réuni

pour porter plainte contre l’adversaire, on savait qu’on allait perdre parce que c’est une entreprise

et ils ont les moyens […] ». Défaitisme ou pas, Maître Soptcheu, avocat laisse comprendre que

tout est une question de fait dans la jurisprudence. D’après lui, ce ne sont pas les dires ou les

lamentations des uns et des autres ou encore moins une question d’argent qui régit sanctionne

un conflit, mais des preuves qui appuient les faits. « Si l’une des parties disposent d’éléments

solides pendant sa plaidoirie, il n’est que normal qu’elle gagne, fusse-t-elle fortunée ou non. C’est

cela même la justice », affirme fermement l’avocat.

Du côté des victimes, tout tient en un seul mot : l’argent. « Ils sont riches. Ils ont de l’argent et ils

peuvent se permettre de déposséder les innocents », clame Gabriel, 34 ans, déguerpis de

Ndogpassi. D’après plusieurs dires, ces individus venus leur déguerpir d’un espace qu’ils

occupaient depuis fort longtemps avec l’appui de militaires, tient lieu d’une conspiration. « Ils

s’entendent avec les gars de l’immobilier pour venir nous chasser parce qu’ils veulent construire

sur nos terrains », s’emporte Gabriel. De fait, la politique des moyens mis en place justifierait-elle

les moyens de la politique ? La réponse est plutôt la négative si on en croit Emile Elio de l’agence

web www.lamudi.cm. « Il n’est aucune entente de cette sorte. A Lamudi.cm, étant donné qu’on

traite avec des agents immobiliers légaux, on ne saurait déposséder des gens de chez-eux. De

plus, nous sommes un facilitateur dans les transactions et non commerçants », fait-il savoir.

Alors comment gérer ? Les litiges fonciers sont multiples et Marie Ongang, du service de

cadastre de Yaoundé laisse une remarque pertinente : « Cessez de vous faire berner. Nous

sommes au 21e siècle et acheter un terrain par accord verbal sans inclusion d’autorité

compétente, ne pourront que conduire à ces type de drame. » Lorsque les recours en justice sont

entrepris et que les maisons ont déjà été démolies, il ne reste souvent la solidarité. « En

attendant que les choses changent, je vis chez mon oncle à Brazzaville. Le peu de chose que j’ai

pu sauver, je vais garder chez des amis », relate Gabriel. Si pour ceux qui pensent comme lui, la

solution est trouvée, pour d’autres comme Jean, c’est le difficile retour à la case départ. « J’ai été

obligé de recommencer tout depuis l’étape zéro. A mon âge, retraité avec 6 enfants vous croyez

que c’est facile ? » La question est bien posée et la réalité perdure en attendant une implication

musclée des pouvoirs publics.

 

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