Exposition: les femmes et nous

Dans sa série de tableaux intitulée « Bito Ba Mundi » à l’IFC de Yaoundé, Romuald Dikoume jette un regard artistique à ces dames. Séducteur, interrogateur et émerveillé. Quel regard les hommes posent-ils sur les femmes ? « Bito Ba Mundi : les femmes de chez nous ! », l’exposition de Romuald Dikoume, artiste-peintre, à l’Institut Français à Yaoundé, donne un avis pas si tranché sur la question. C’est un libre cours à l’imagination. Pas d’approche misogyne, plutôt une interrogation diversifiée, parfois sombre, parfois colorée. Une seule évidence, les réponses sont en tableaux. Une série de 16 portraits, de 16 révélations. Certains sont anonymes, riches de mystères. D’autres sont nommés. C’est le cas de « Marie-Thérèse », « Agnès », « Jeanne d’Arc », « Laetitia ». Quel que soit leur prénom, elles servent d’identifiants pour une remise en question personnelle. Romuald Dikoume étale le charme de la femme sur tous les profils, des plus modernes au plus traditionnels. Le tableau éponyme de l’expo, « Bito Ba Mundi » en est l’expression. Derrière une femme sophistiquée, une autre en foulard relève la tête, pour marquer sa survie. Elle reste la gardienne des traditions que la mondialisation a tendance à soustraire.

« Laetitia », joues rougies d’un blush vif et décolleté plongeant, est une ambassadrice de la jeune fille moderne, à l’aise dans sa peau, sans complexes. Mais au-delà de son regard coquin, son sourire malicieux, « Laetitia » cache peut-être un lourd secret. Une part d’étrangeté  apportée par des tâches de peinture rouge traversant le corps de la jeune dame. De quoi signaler ce côté obscur derrière le bonheur. Une souffrance que chaque femme est capable de terrer en elle, tout en continuant de partager son amour inconditionnel avec ses proches.

Dans son expo, Romuald Dikoume laisse un champ d’expression à la fibre maternelle. Dans « Myengou », « Mother and Son » ou « Nutrition », l’artiste peint le lien quasi indestructible entre une mère et ses enfants. « Myengou » la représente en arbre, portant dans son feuillage divers visages. Elle est à la racine de toute vie. En montrant sa vision de la maternité, l’artiste pourrait lancer un nouveau débat. Etre une mère ferait alors d’une femme une femme, ce qu’elle est au plus profond d’elle, en quelque sorte une féminité assumée.

Romuald Dikoume ne s’arrête pas seulement à cette analyse de la toute puissance de la procréation. Il va beaucoup plus loin, en exprimant des sentiments provoqués par cette image que certaines femmes renvoient. Et ce ne sont pas toujours les plus flatteurs. Si avec « Jeanne d’Arc », il dégaine ce côté héroïne de la femme, la mère, l’épouse, la sœur prête au sacrifice, il ne se retient pas quand il faut profiler son aspect embarrassant. Notamment dans « Queen Jesabel », du nom de cette reine cruelle. Avec ses airs supérieurs, elle fanfaronne, rappelant ce côté grincheux de la femme capricieuse qu’on aime moins. L’exposition de Romuald Dikoume courait du 7 au 31 juillet dernier.