État islamique : brûlée vive pour avoir refusé un acte sexuel extrême

La représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Zainab Bangura, a affirmé lundi, dans une interview, que les atrocités commises par le groupe État islamique avaient atteint un niveau supérieur.

C’est une information qui glace le sang. « Nous avons entendu parler du cas d’une jeune fille de 20 ans brûlée vive parce qu’elle avait refusé de pratiquer un acte sexuel extrême. Nous avons pris connaissance de beaucoup d’autres actes sexuels sadiques. Nous nous battons pour tenter de comprendre la mentalité des gens qui commettent ces crimes. » Lundi, Zaina Bangura, la représentante du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a dévoilé de nouveaux faits relatifs à les violences sexuelles commises par le groupe terroriste État islamique (EI) lors d’une interview poignante accordée au site Middle East Eye. Selon elle, les atrocités à l’encontre des 1500 femmes qui seraient détenues en esclavage sexuel ne font qu’empirer jour après jour.

Mme Bangura a détaillé le destin des filles et des femmes tombées sous le joug de l’organisation terroriste qui sévit en Syrie et en Irak. « Après avoir attaqué un village, l’État islamique sépare les femmes des hommes et exécute les garçons de plus de 14 ans. Les filles et les mères sont séparées : les premières sont entièrement déshabillées, subissent des tests de virginité, la taille de leur poitrine et leur beauté sont évaluées. Les plus jeunes et celles considérées comme les plus jolies vierges sont vendues aux prix les plus élevés et sont envoyées à Raqqa, la place forte de l’État islamique. » Les cheikhs de l’EI ont le privilège d’être les premiers à choisir. Les émirs viennent ensuite pour le second marché. Les combattants se répartissent ce qu’il reste du « butin ». « Ils prennent souvent trois ou quatre filles chacun et les gardent un mois environ, jusqu’à ce qu’ils soient lassés de la fille et qu’elle soit renvoyée sur le marché, raconte Zainab Bangura. Nous avons entendu parler d’une fille qui a été revendue 22 fois. Une autre, qui s’est échappée, nous a raconté que le cheikh qui l’avait capturée avait écrit son nom sur sa main pour montrer qu’elle était sa “propriété”. »

Une fille aurait été revendue 22 fois sur le marché

D’après Zainab Bangura, certaines « épouses » et esclaves s’aident pour fuir. D’autres se pendent avec leur foulard. Si elles échappent à la mort, l’État islamique leur fera payer d’avoir voulu mourir et ainsi échapper à leur enfer. Zainab Bangura rapporte l’histoire de trois esclaves qui avaient tenté de se suicider avec de la mort aux rats. « Elles ont commencé à vomir et ont été amenées en urgence à l’hôpital pour y subir un lavage d’estomac. Une fois de retour, elles ont été brutalement violentées. »

En avril dernier, les services de Zainab Bangura avaient établi un rapport au sujet des groupes extrémistes ayant recours aux violences sexuelles comme « tactique de guerre » contre la population civile. Le groupe État islamique, Boko Haram, le Front al-Nosra et les shebab somaliens, ainsi que neuf autres armées ou milices, figuraient sur la liste noire. « L’année 2014, soulignait le rapport, a été marquée par des informations profondément navrantes faisant état de viols, d’affaires d’esclavage sexuel et de mariages forcés, dont se rendent coupables des groupes extrémistes, parfois dans le cadre d’une tactique de terreur » en Syrie, en Irak, au Nigeria, en Somalie et au Mali.

“La promesse de se voir attribuer une épouse”

« La violence sexuelle fait partie de la stratégie appliquée par l’État islamique pour répandre la terreur, persécuter les minorités ethniques et religieuses et supprimer des populations entières qui s’opposent à son idéologie », expliquait le rapport de l’ONU. Les actes barbares dont les femmes sont victimes sont au cœur de la stratégie des djihadistes au drapeau noir : elles sont des proies qui leur permettent de financer leur système, de recruter des combattants et de satisfaire ces derniers. Ces violences visent en particulier des femmes et des filles de la communauté yézidie, pour la plupart âgées entre 8 et 35 ans, précise le document, qui note par ailleurs que l’État islamique « utilise comme stratégie de recrutement la promesse de se voir attribuer une épouse » et que « les mariages forcés avec des combattants étrangers sont de plus en plus courants sur le territoire contrôlé par l’État islamique ». L’ONU estime à environ 1500 le nombre de citoyennes qui ont ainsi été « réduites en esclavage sexuel » par le groupe terroriste.

La publication du rapport coïncidait avec le premier anniversaire de l’enlèvement par Boko Haram, le 14 avril 2014, de plus de 200 lycéennes nigérianes à Chibok. Au Nigeria, souligne le rapport de l’ONU, les femmes subissent le même régime d’atrocités : « Le mariage forcé, la réduction en esclavage et la “vente” de femmes et de filles enlevées occupent une place centrale dans le modus operandi et l’idéologie de Boko Haram. » Selon les estimations d’Amnesty International, au moins 2000 femmes et fillettes ont été enlevées par le groupe islamiste Boko Haram depuis le début de l’année dernière.

“Hausse marquée de la violence” en Libye et au Yémen

D’anciennes détenues ont raconté à Amnesty International les conditions horribles de leur captivité dans des prisons surpeuplées. Elles disent avoir été mariées de force, avoir été obligées de cuisiner, de faire le ménage. Plusieurs d’entre elles disent aussi avoir été violées. Une jeune femme de 19 ans enlevée en septembre 2014 raconte : « J’ai été violée plusieurs fois quand j’étais dans le camp. Parfois, ils étaient cinq. Parfois trois, parfois six. Ça a continué tout le temps où j’y étais. Cela se passait toujours la nuit. (…) Certains étaient d’anciens camarades de classe de mon village. Ceux qui me connaissaient avaient tendance à être encore plus violents avec moi. »

Au moment de la remise du rapport de l’ONU en avril, Mme Bangura s’inquiétait aussi de l’aggravation du conflit au Yémen. Elle notait « une hausse marquée de la violence » contre les femmes, notamment une augmentation des mariages précoces et forcés dans les zones affectées par les combats. Enfin, elle estimait qu’en Libye, « l’activité des extrémistes était très préoccupante, étant donné les tendances observées relatives aux violences sexuelles commises par de tels groupes dans ce pays ».