Et si Le Franc Cfa était soumis a un référendum ?

Régulièrement accusé de freiner le développement des pays d’Afrique, le franc CFA pourrait-il faire l’objet d’une polémique aussi vive que celle déclenchée par le « Grexit » au sujet de l’euro ?

En soumettant le 5 juillet à référendum le litige qui oppose son pays à ses créanciers, le Premier ministre grec Alexis Tspiras a accrédité la consultation populaire comme mode d’action dans un domaine aux frontières de l’économique et du politique. Sa démarche peut à juste titre inspirer ceux qui rêvent de trancher définitivement le débat sur le franc CFA (communauté financière africaine), cette monnaie commune à 14 pays d’Afrique de l’Ouest, du Centre et à l’Union des Comores.

Un frein au développement ?

En raison de son rattachement à l’euro, qui lui garantit une parité fixe, les événements qui se passent dans la zone de la monnaie unique européenne concernent forcément le franc CFA. A y regarder de près, organiser un référendum sur cette monnaie a tout son sens. Il va d’abord permettre de trancher pour de bon entre deux positions aussi vieilles que la monnaie commune africaine lancée en 1945. Pour les uns, le franc CFA est le symbole parfait du vestige colonial : monnaie fabriquée en France, réserves d’échange déposées à Paris.  Ceux-là soutiennent également que la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque centrale des Etats d’Afrique centrale (BEAC) et la Banque centrale des Comores ne peuvent rien entreprendre en matière monétaire sans l’accord de la Banque de France.

C’est elle qui détient d’ailleurs leur compte d’opérations avec des réserves estimées à près de 72 milliards d’euros en 2005. Au nombre des tenants de cette thèse, des économistes connus tels que le Camerounais François Ndengwe, l’Ivoirien Nicolas Agbohou, le Congolais Désiré Mandilou et l’ancien ministre togolais de la prospective Kako Nubukpo qui estime même que « le franc CFA freine le développement de l’Afrique » sur le site du Monde Afrique.

Procès en colonialisme        

Dans le camp d’en face, il y a surtout les Etats africains concernés et la France qui vantent les avantages de la monnaie commune aux 14 pays de l’Union économique et monétaire des Etats d’Afrique de l’Ouest (UEMOA), de la Communauté économique des pays d’Afrique centrale (CEMAC) et des Comores. Selon eux, la garantie apportée par l’euro et la parité fixe avec la monnaie unique européenne confèrent une énorme crédibilité au franc CFA et offre des opportunités aux pays de la zone. Ils ajoutent que l’existence de deux zones monétaires (UEMOA et CEMAC) permettent la mutualisation des risques pour les pays voire l’amortissement des chocs en cas de crise. Le référendum pourrait ainsi donner aux populations des 8 Etats couverts par la BCEAO et aux 6 pays de la BEAC de dire à travers les urnes à quels arguments elles sont le plus sensible.

Ce serait un bel exercice de démocratie.  La consultation populaire serait également bénéfique pour la France qui verrait alors régler le procès en colonialisme qu’on lui intente tout le temps. Du seul fait de son attachement au maintien du FCFA. De toute évidence, la tenue d’un référendum sur le CFA ne manque pas de justification. Ce qui risque de manquer, c’est la volonté politique de le convoquer. Et c’est toute la différence avec la Grèce.

Les pouvoirs publics de la zone franc se sont en effet jusqu’ici montrés très réticents à tout débat public et même parlementaire sur le franc CFA et son avenir. Même la très amère dévaluation du franc CFA en  1994 n’a pas suscité de joutes oratoires dans les 14 pays d’Afrique de l’Ouest, du Centre et aux Comores. Comme si le débat sur le franc CFA était tabou. L’occasion de le briser a été ratée en janvier 2002 lors de la disparition totale du franc français. Il faut maintenant envisager de briser ce tabou en profitant de la voie montrée  par la Grèce. Restera alors l’enjeu non moins crucial de la formulation exacte de la question qui sera soumise à référendum.