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Et si c’était « Ebola » qui avait tué Ebossé ?

Et si c’était « Ebola » qui avait tué Ebossé ?

Depuis quelques jours, quand la presse internationale inonde les ondes avec Ebola, ses peurs et ses angoisses, met dans la même enseigne le cas d’Ebossé, teinté de terreur et de poisse. C’est parce que, d’une surprise étonnante sa mort aura été, rapide plus qu’une rapine, et comme des épines sur une rose, assez répugnante. Elle aura été une « mort naturelle » comme celle de Sankara et tributaire d’une main assassine comme celle de tous les morts dans l’imagerie africaine. C’est une lapalissade que de le rappeler ici. En Afrique, même l’animal domestique jamais ne cède au décès aussi innocemment. Si meurt le chat, c’est parce que l’ancêtre affamé l’a avalé ou alors aux siens un signe il voulu montrer. Quand en Afrique un homme trépasse, on se demande toujours et d’abord s’il était malade. Si c’est non, alors ça assouvi la fin du soupçon et met faim au doute : comment quelqu’un n’est pas malade et il meurt ? C’est qu’on l’avait déjà vendu dans le « famla ». Si la réponse est positive alors plus rien à dire : c’est parce qu’un jour, le voisin qui lui voulait du mal a dit qu’il allait lui lancer la maladie.

Quand les maladies sont plutôt endémiques, et quand elles finissent le plus souvent par A, les origines sont toujours imputées aux autres. C’était le cas avec le « fibA » : un idiotisme camerouniste, ou alors une déformation de la prononciation du mot anglais « fever », qui au lieu de désigner « fièvre » comme son nom l’indique, sert plutôt à désigner le « palu », un diminutif paresseux de paludisme. C’était aussi le cas avec le sidA. En lisant le programme d’extermination de la race noire de Peter bothA, architecte de l’apartheid en South africA, on a matière à comprendre que le sidA a été importé. C’est aujourd’hui le cas d’ebolA…Ces maladies étonnantes qui font le buzz et le bizz en Afrique, comme on l’a constaté, finissent toujours par un « A » et s’originent toujours dans un « B », mis pour le Blanc. Pour les piètres êtres et nains noirs africains, même l’AVC baptisé amusément ABC, ferait partie de la triste liste des maladies dites distillées par le Blanc en Afrique. Une théorie du complot servant à empêcher le continent à atteindre le milliard de : têtes embêtés, de ventre affamés, et de bras embrassés. Même si on ne sait toujours pas ce qu’ils mangeront, les écoles qu’ils fréquenteront, les hôpitaux où on va les soigner, les maisons dans lesquelles ils vont habiter…on connait au moins les prisons dans lesquelles ils vont moisir, les bars où ils vont se saouler, les églises où ils vont s’endormir, et les « zoos » dans lesquels ils vont se noyer.

Comme par miracle, les maladies qu’on dit du type tropical, sont toujours découvertes par les Blancs, et c’est toujours eux qui découvrent « le vaccin », la panacée nécessaire à la menace. Et dans le cas échéant, ils ont le devoir de l’envoyer en Afrique, pour soigner les souffreteuses victimes de leur complot. Et comme si ça ne suffisait pas, ils doivent le donner gratuitement, pour laver leur incomplète dette de sang envers les Noirs. La dette de sang pour l’esclavage, pour la colonisation, pour la guerre du Biafra, le génocide au Rwanda, la guerre au Katanga, l’opération Baracouda, etcetera, etcetera…Tout ceci en faisant semblant d’oublier la vente des Noirs par les Noirs pour de la pacotille, la tuerie du Noir par le Noir pour le pouvoir, la trahison du frère pour de la haine gratuite. Nous voici avec Ebossé, un africain, dans un club d’Afrique, jouant sur les terres africaines, et précipité à la mort par un « africain ». Cette fois ci, l’Africain devrait au moins admettre qu’il est maitre de son malheur.

Si les Etats Unis d’Afrique ont eu l’air d’un rêve américain impossible de se réaliser ici, s’il est plus difficile pour un africain d’aller chez son voisin qu’à l’étranger via le trou d’une aiguille, c’est bien parce que la haine entre eux est plus fort que tout. Et avec l’arrivée d’Ebola, les choses se facilitent, chacun chez lui restera désormais. On échangera de moins en moins les biens, les personnes et les idées. Le projectile qui a précipité la descente aux enfers d’Ebossé, vient d’une main comme Ebola, invisible mais pas invincible. Une main qu’on n’a pas vue, mais dont il est facile de comprendre cette fois ci, que c’est une main locale et localisable. Peut être aussi que le projectile vient de la main d’un singe, d’un animal de la brousse, d’un être dont l’animalité ne peut le distinguer d’une chose parmi les choses dans la pétulante nature. Cette mort vient d’un être qui a certainement perdu la raison, et de ce fait, n’est plus à classer dans le genre humain. Il fait désormais partie de ces rares espèces d’animaux porteur de maux, qui dans nos raides forêts dansent du malheur qu’ils causent aux hommes, et qui malheureusement doivent être mis hors d’état de nuire.

Ebossé est lui aussi mort comme un animal à la chasse, venu comme tout autre dans une forêt remplie de rets, en quête de beuverie et de ripailles. Il est mort comme un bœuf prédestiné à la boucherie, comme un mouton destinée à la tabaski. Dans ces étrangères verdures, le Noir est toujours piégé par le jet des bananes, les cris des singes dans les gradins, les tacles par derrière, les insultes, les cartons à la couleur du sang, et les voies de faits. Ebossé comme la plupart des Noirs dans le capitalisme-footballistique, est un Nègre « transformé en homme-objets, homme-marchandises et homme-monnaies ». C’est à dire qu’on a le droit de disposer de lui à souhait, l’acheter comme un esclave et le vendre comme un seigneur. L’échanger avec un machin plus rentable, ou contre une machine plus utile. Dans ce cahin-caha, Ebossé jouait bien son rôle d’esclave, en travaillant son champ et en produisant du fruit, dont il humait seulement de loin les succulentes et rapides odeurs. Mais malgré tout ce qu’il a fait de bien pour le football algé-rien, qui du tout n’est encore rien, il a été lapidé ! Quelqu’un a osé lui jeter la première pierre : la pierre d’achoppement. Malgré ce qu’il a fait, le public camerounais ne l’avait jamais adulé, et il n’était pas non plus au gout de nos responsables du football.

Maintenant qu’il est mort, chacun se bouscule le cul pour le récupérer comme d’habitude à sa façon. En le qualifiant, comme c’est devenu la coutume chez nous, de héros national. Or il n’est point mort sur un champ de bataille, mais sur son ère de jeu, sur une pelouse : il s’amusait, il jouait, il cherchait sa vie. Il ne représentait point les couleurs d’une nation, encore moins de celle qui l’a répudié. Mais représentait les couleurs du drapeau de ses rêves, donc celle de sa peau l’empêchait de réaliser. Avec cette mort, on comprend comme Médine qu’il n’ya pas que le sable instable du Sahara qui sépare les Noirs des Arabes en Afrique. Et avec l’avancée du désert et des airs d’Ebola, demain ce n’est pas la veille ou l’heure de leur rapprochement.

Espérons que le corps d’Ebossé ne sera pas « assimilé au reste des choses ». C’est-à-dire : « condamné dans la position de ce qui est là pour rien », comme celui de tout nègre dans le champ de plantation ou celui de la bataille. De « ce qui est » dans la mesure où « il n’est rien », où « il ne sert à rien ». Espérons que la mort d’Ebossé mettra en faim la lumière sur notre obscurantisme, qu’il va nous libérer de nos charmantes chaines de chiennes de la haine

de soi, qu’il va nous délivrer de nos démons de la division. Alge-rie, mais espérons aussi qu’ « Alger-pleure », et que de ses larmes l’âme africaine se lave de la salissure et de la moisissure de ses légendaires souillures. Plus jamais qu’un drame nous fasse réagir. Que désormais qu’on ait plus d’intelligence et de vigilance à éviter le mal plutôt qu’à le réparer. Cultiver la politique de la vie, pas en donnant vie à la mort mais plutôt mort à la mort et en infligeant la vie à la vie. Si c’était Ebola qui avait tué Ebossé, on aurait accusé le blanc, tout en se prosternant devant lui pour mendier le médicament. Cette fois ci, nous devons chercher par nous et en nous le MAL, ses origines et sa médecine. Ebossé est mort, alors que vive Ebola, en attendant qu’un lâche (africain) puisse aussi avoir le courage de le TUER…

Texte dédicacé à Albertine Batotchou (Bruxelles)

Aussi à toutes les victimes de la bêtise humaine.

 

 

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