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ET LES « CARGOS », M. LE MINISTRE ?

ET LES « CARGOS », M. LE MINISTRE ?

Cédant au mouvement général de la foule, M. le Ministre des Transports est allé, lui aussi, verser une petite larme au lieu à jamais tragique où de petits enfants, partis pour l’école, ont perdu la vie. La tragédie s’est déroulée, à Biyem Assi, à cause d’un vieux camion, qui roulait encore juste assez pour écraser des enfants et qui était conduit par un chauffard de nulle part qui, aux dires des témoins, ne savait même pas tester son frein à main. M. le Ministre est arrivé avec un ou deux jours de retard sur le lieu du drame.

On avait, dans un premier temps, pensé à tort que pareille tragédie ne l’intéressait pas. Mais, il a justifié : « Quand il s’agit d’une tragédie d’une telle ampleur, il est bon de laisser le temps se… » Nous n’avons pas eu le bonheur de suivre toutes les explications techniques que M. le Ministre a développées. C’était pour des « experts ». En revanche, nous avons retenu le passage où Monsieur le Ministre « sifflait » la fin de la récréation pour tous ces désordres parfois mortels (tiens !) que des camions infligent sans cesse aux paisibles populations.

M. Nkili Robert nous a largement laissé sur notre faim. Il aurait même pu nous décevoir gravement, s’il n’avait été l’un des plus « vieux » ministres de la République. On ne devrait jamais reprocher quoi que ce soit à un ministre de cette trempe-là. Néanmoins, puisque l’occasion s’y prêtait, M. Nkili aurait pu avoir le courage d’expliquer, sans haine, ni passion, pourquoi toute réglementation relative à la circulation des camions est, d’avance, vouée à l’échec.

Pourtant, autant que nous, M. le Ministre sait pourquoi on ne peut, ni contrôler les camions, ni, encore moins, les arrêter pour les conduire en fourrière : les camions appartiennent, dans 9O% des cas, aux « hommes bien de là-bas », à savoir, les ministres, les anciens ministres, les sénateurs, les directeurs généraux, les généraux et autres colonels. Ce sont ces « poids lourds »  c’est le cas de ledire – qui se livrent à toutes sortes de commerces, du transport du sable à la livraison des produits des brasseries, en passant par le transport frauduleux du bois débité. La plupart du temps, ces camions n’ont, en tout et pour tout, comme papiers à présenter aux contrôles policiers, que la carte d’identité de leur très illustre propriétaire.

Malgré son bilan lourd, l’accident de Biyem-Assi n’est donc qu’un simple épiphénomène d’un mal bien plus profond, qui continuera de « semer la terreur ». Va pour les camions ! Et les « cargos » ?… M. le Ministre attend- il qu’un « cargo » fasse d’abord un bilan avant qu’il aille « mettre fin aux désordres » ? Entre nous, M. le Ministre des Transports sait-il seulement ce qu’on appelle « cargo » ? Oui, il le sait. En tout cas, il serait triste qu’il ne puisse pas le savoir. En revanche, connaissant la haute idée que M. le Ministre a de sa personnalité, nous parions gros que M. Nkili n’a jamais voyagé à bord d’un « cargo ». Il y serait, de toute façon, mort étouffé, dès son premier voyage, n’étant habitué qu’à l’air pur et conditionné de son bureau…

Nous qui y voyageons chaque jour, nous pouvons quand même lui en toucher un mot. Les « cargos » sont ces autocars aux formes hideuses, qui viennent des casses et poubelles allemandes. Ils sont si vieux que la plupart n’ont plus ni phares, ni réservoirs. Qu’à cela ne tienne ! La nuit, deux motor-boys se couchent de chaque côté du capot, tenant chacun une lampe-torche. En guise de réservoir, une dame-jeanne remplie d’essence est posée à l’intérieur, au milieu de la foule des passagers. C’est de ce cocktail Molotov en puissance que partent des tuyaux rafistolés pour alimenter tout le circuit. Merci pour les senteurs et attention à la moindre étincelle ! Un cargo transporte plus de quarante passagers. En cas d’incendie à bord, … M. le Ministre, qu’est-ce qu’on fait des « cargos » ?

 

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