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Ernest Dikoum : “la Camair-Co peut émerger de ses difficultés”

Ernest Dikoum : “la Camair-Co peut émerger de ses difficultés”

Le nouveau patron de la compagnie aérienne nationale a accordé sa première grande interview à la CRTV. Voici l’intégralité de l’entretien diffusé au journal parlé de 13 heures du 23 Août 2016 sur le Poste national.

N’avez-vous pas l’impression d’hériter d’une patate chaude ?
Je pense que tous les problèmes qui devraient pousser nos pays à un niveau de développement peuvent être considérés comme des patates chaudes. Et il faut déjà avoir une très bonne connaissance de l’état des lieux et savoir à quel niveau de chaleur la patate chauffe.

Quelle est la motivation particulière qui vous amène à abandonner vos prestigieuses fonctions à Emirates pour rentrer dans les turbulences de Camair-Co ?
Non je ne pense pas que ce serait un retour dans les turbulences de Camair-Co. Je crois que ce serait un retour dans les turbulences qui doivent engager le redressement de notre pays ! C’est un secteur comme tous les autres. Il faut savoir que le secteur de l’aérien a des ramifications importantes au niveau de l’économie toute entière. Déjà nous parlons de fierté nationale, nous parlons de l’image que la diaspora a de son pays et du rapprochement entre la diaspora et le pays. C’est une dynamique qui n’est pas seulement par rapport à Camair-Co. Honnêtement, je pense aujourd’hui qu’il faudrait que ce débat soit changé et qu’on essaye de relever un peu le niveau d’attention qui doit être porté à Camair-Co. C’est ce que je vais m’atteler à faire.

Si je comprends, bien loin de vous l’idée ou l’image de ce professionnel international qui vient de Emirates, l’une des meilleures compagnies dans le monde, et qui regarderait Camair-Co d’en haut, comme une agence de seconde zone…
Non il ne faudrait pas que les gens prennent le prestige d’une histoire qui a réussi et pouvoir je dirais peut-être la positionner au-dessus des autres histoires. Tout ce qui peut être en baisse peut remonter. Si jamais nous avons les moyens de le faire. Je vous rappelle que le Cameroun avait quand même une expérience dans le domaine de l’aviation avant la création d’Emirates. Emirates en octobre de cette année, ça fera 31 années d’opérations. Donc il y a une vision…

…Mais Emirates est allée plus vite !
Possible ! Peut-être qu’il y avait un certain accompagnement dans la stratégie du développement. Il faut savoir que le développement d’Emirates est en ligne avec la stratégie de développement du pôle de Dubaï ! Donc je pense que ce sont des choses qui sont peut-être très difficiles à comparer et à analyser. Le plus important, c’est que je suis un fils du pays et je suis prêt à la tâche. Et j’ai décidé après une trentaine d’années de revenir au pays et y apporter ma contribution. Et je pense que le message qui a été envoyé, par le chef de l’État à qui je voudrais bien dire merci, c’est un message de confiance à ce que la diaspora peut peut-être amener comme contribution dans la construction de notre pays.

Alors le nouveau commandant de bord que vous êtes et à qui, chemin faisant, on vient de céder les leviers de pilotage a-t-il déjà un plan de vol dans l’urgence ?
La compagnie aérienne n’est pas seulement le vol. Le vol est la résultante de ce qui se fait avant. Donc, je pense que si on se limite au vol, effectivement, c’est là où on va rater le coup…

…C’est la face visible !
Exactement, c’est la face visible, mais avant de voler, il faudrait déjà être capable d’être bien servi au moment où on est accueilli. Il faudra que le client qui vient se rassure peut-être qu’il partira à l’heure. Donc les préalables sont plus importants que le vol. Je ne connais pas tous les paramètres de l’aérien. Il y a les techniciens, les managers, ainsi de suite, mais je pense que, honnêtement, je comprends votre terme, nous sommes prêts à relever le défi.

En cas de crash, ce que je ne vous souhaite pas Monsieur le directeur général, vous aurez sûrement un parachute…
Je ne pense pas que lorsqu’on démarre une mission de ce genre, on soit tout de suite focalisé sur les parachutes. Je pense qu’il faudrait qu’on essaie de se maintenir en vitesse de croisière et qu’on oublie un peu qu’on va sortir par la petite porte.

Les directeurs généraux ont la réputation ces derniers temps à Camair-Co de faire long feu. En moyenne deux ans, parfois six mois, seulement. D’autres commencent même à peine et ils repartent. Tout cela ne vous fait pas peur au moment où vous prenez fonction à la tête de Camair-Co?
Vous pouvez catalyser un changement très fort en très peu de temps. Et ce n’est pas le temps mis qui est important. Ce sont les actions que nous pouvons essayer de mettre en place qui vont déterminer le reste. Honnêtement, pour le moment, ce n’est pas une priorité.

Combien de temps vous donnez-vous pour que la compagnie nationale retrouve son prestige d’antan dont vous parliez en début de cet entretien ?
Nous sommes dans un secteur d’activité qui est extrêmement sensible. Et il y a tellement d’effets extérieurs qui peuvent ralentir une croissance. Le ton a été donné par le ministre de dire que nous devons nous investir dans la sécurité. Automatiquement on ne sait pas combien de temps ça va prendre. Mais je pense que la volonté est là et elle est là dès le premier jour. Le ton qui est donné nous encourage. On verra progressivement dans quelle mesure on pourra aller très vite. Mais dans l’aérien, il vaut mieux aller sûrement que d’aller très vite. Le problème, c’est de savoir si aujourd’hui mes chers compatriotes sont sûrs de pouvoir donner quelque temps de patience pour pouvoir mettre les mesures en place. Ce n’est pas du tout facile, mais je pense que, mentalement, on est préparés et on verra la suite.

À bord de quelle compagnie êtes-vous arrivé à Yaoundé pour la cérémonie d’installation, Monsieur le directeur général ?
Oh, lala ! (éclats de rire) devrais-je dire que je suis arrivé à la nage ? Vous ne me croirez pas. Non, je vais me permettre de ne pas faire peutêtre une publicité gratuite à la concurrence !

Si c’est Camair-Co, pourquoi voulez-vous taire le nom de Camair-Co ?
Ce n’est pas Camair-Co parce que je ne venais pas d’une direction où Camair-Co opère. Je venais de l’Est, donc évidemment, ça ne pouvait pas être Camair-Co.

Pour ne pas dire simplement qu’il a été très difficile pour vous d’avoir un vol Camair-Co…
Je ne crois pas que le choix de la direction d’où je venais se posait. Si je venais peut-être du Nord, j’allais considérer d’abord la compagnie nationale. Ça aurait été un plaisir.

Mais dès à présent, vous voyagerez à bord de Camair-Co, vous êtes quand même le directeur général !
Bien sûr, c’est la première chose à faire. Il faudrait qu’on soit les premiers consommateurs du produit qu’on va présenter aux clients.

Et au sortir de ce studio, vous rentrez d’abord à Dakar ramener vos valises ?
Comment avez-vous su que les valises étaient à Dakar ? Peut-être que les valises sont ailleurs. Il faut déjà considérer que je suis là.

 

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