Épouses, Maîtresses et Concubines au Parlement et dans les conseils municipaux

Épouses, Maîtresses et Concubines au Parlement et dans les conseils municipaux

Chassez le naturel et il revient au galop. Chassez la tradition, elle trouvera toujours le moyen de refaire surface. Sous d’autres cieux comme chez nos amis chinois, c’est quand on est devenu un tycoon c’est-à-dire un multimillionnaire, que l’on a tout réussi matériellement, entreprise millionnaire, villas de luxe, collections de tableaux de maîtres, de pierre précieuses. Que l’on peut se permettre d’avoir des maîtresses appelées concubines. Les chinois disent « Erai » deuxième femme, les thaïlandais disent « Mia noï » petite femme ou femme secondaire. Chez nous au Cameroun, nul besoin d’avoir fait ses preuves en capacités matérielles de réussite sociale pour être polygame à l’état civil ou alors s’autoriser la prise en charge de maîtresses ou concubines appelées « petites, ou seconds bureaux ». Les aventuriers du bonheur sans limites doivent trouver les moyens pour financer un train de vie qui ne repose sur aucune fortune élémentaire. L’utilisation de sa position politique est devenu la meilleure courroie de transmission pour placer ces dames dans les emplois civils et privés. Elles sont aussi utilisées comme prêtes noms pour s’assurer des marchés publics. La lutte d’influence pousse désormais certains à chercher des mandats électifs par procuration, en mettant en avant une protégée qu’on pourra instrumenter à des fins politiques. La ficelle est trop grosse et a provoqué un tollé
lors de la composition des listes d’investitures. aujourd’hui certaines candidates ne sont pas certaines de pouvoir aller jusqu’au bout de la galère dans laquelle elles se sont laissées entraîner Toutes ces façons de faire décrédibilisent en permanence la parole politique. On ne tient aucunement compte des aspirations réelles des électeurs et des électrices camerounais qu’on pensent pouvoir mener au vote comme des moutons. L’ égalité de genre est l’objectif N°3 parmi les 8 objectifs du Millénaire retenus par les dirigeants du monde, aux Nations Unies, en 2000. Les femmes camerounaises demandent depuis plus de vingt ans que leur participation à la vie politique tienne compte de leur représentation dans l’ensemble du corps social. On leur dit chaque fois que cela sera fait et cela n’est jamais fait de manière significative. Les deux dernières législatures n’ont pas encore réussi à faire passer la barre de 15% au nombre de femmes parlementaires dans une assemblée de 180 députés. Les femmes parlementaires sont quasi toutes issues du RDPC, le parti politique le plus important. il lui appartient aussi au regard de sa position monopolistique de créer les conditions d’une entrée plus importante de femmes dans la vie politique. Le RDPC ne peut plus s’accommoder de subterfuges comme les fausses candidates, épouses ou concubines, à une époque où les compétences féminines n’ont jamais été aussi importantes et disponibles à tous les niveaux de compétence politique et professionelle. La faible re-
présentativité des femmes aux postes électifs et administratifs finira tôt ou tard à avoir une réponse de réprobation dans les urnes. Une majorité silencieuse ne peut pas garder son silence impunément à longueur de vie. Une voix sur deux dans les urnes est une voix féminine et les plus grands responsables des partis politiques n’ont pas encore introduit la variable «genre» dans leur stratégie électorale. On échafaude des plateformes d’alliance dans l’opposition qui ne résistent pas à la moindre confrontation électorale, mais on ne se dit pas qu’une stratégie de promotion des femmes dans les fonctions électives participerait d’une modernisation de la vie politique et pourrait attirer plus de femmes vers les urnes. La journée du 8 mars a marqué les esprits. Elle est décriée et montrée du doigt comme une journée de la non émancipation de la femme camerounaise qui se contente de pagnes et d’abus festifs de tout
genre. Pourtant, cette journée de très grande visibilité sociale pourrait être une journée de revendications pour la parité effective surtout quand des promesses politiques l’ont entérinée. On a tous en mémoire la recommandation du Président Paul Biya à son parti le RDPC, dans une circulaire du 25 avril 2007, lors du lancement des investitures des candidats au sein de son parti politique. Selon la recommandation, «Toute liste de candidats, représentant une circonscription ayant plus de deux sièges pour les élections législatives, devra accorder, autant que faire se peut, au moins une place de titulaire aux militantes de l’OFRDPC (Organisation des femmes du Rassemblement du peuple camerounais)». On sait bien ce qui s’est passé en 2007 et vient de se renouveler en 2013. Quand il faut placer une femme on regarde d’abord du côté des épouses, maîtresses et concubines sans jamais appliquer la consigne du Président national. Certains
intellectuels camerounais continuent à évoquer l’impréparation des femmes camerounaises pour la carrière politique. Cet argument est totalement dépassé car il élude chaque fois, le fait que les opportunités de carrières politiques offertes aux femmes pour leur permettre de faire valoir leurs compétences sont et demeurent infiniment réduites. Le problème n’est pas non plus l’absence de la prise de conscience par les femmes de leur poids pour influencer le vote. Le problème est plutôt dans l’absence de reconnaissance de ceux qui ont bénéficié du vote des femmes pour obtenir les fonctions et qui récompensent beaucoup plus les hommes que les femmes pour leur fidélité politique, alors que rien ne le justifie. C’est bien à tous ces élus que les femmes doivent s’adresser pour leur rappeler que ce sont elles aussi qui les ont fait roi.