«Election, vote et représentation politique des Africains de l’étranger»

Dans un ouvrage récemment paru aux Editions L’Harmattan de Paris, le Pr. Antoine Wongo Ahanda analyse la place qu’accordent les gouvernants africains à leurs citoyens résidents à l’étranger

Au cours de ces 20 dernières années, l’Afrique a connu un boom considérable de l’immigration. En 2011, trente millions d’Africains, soit environ 3% de l’ensemble de la population africaine, ont migré au niveau international. Cette immigration a constitué au fil du temps un véritable vivier pour les économies.Le Sénégal par exemple est aujourd’hui l’un des pays africains qui reçoit le plus de fonds de sa diaspora. Abdoulaye Wade, alors président de la République sénégalaise, révélait en 2010 que les Sénégalais établis à l’étranger faisaient entrer chaque année dans le pays une manne financière estimée à plus de 560 milliards de francs CFA soit 15 % du PIB. Ce chiffre représentant 15 fois l’aide au développement, sans compter les envois de fonds via des canaux informels, comme les relations familiales et amicales.

Au vu de cette position stratégique et du pouvoir économique avéré de la diaspora, certains gouvernements africains ont décidé de leur accorder le droit de participer à la vie politique du pays, soit à travers le droit de vote, à celui de la représentation au sein du pouvoir législatif ou tout simplement à travers la consultation au travers de mécanismes institutionnels.

Dans son essai de 196 pages, l’auteur souligne que 36 sur les 57 pays africains reconnus par les Nations Unies avaient adopté en 2013 une législation permettant à leurs citoyens de l’étranger de voter à partir des pays où ils résident à des élections organisées dans leurs pays d’origine. Il s’agit de l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Angola, le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, le Cameroun, le Cap-Vert, la République Centrafricaine, la Côte d’Ivoire, l’Egypte, l’Erythrée, Djibouti, le Gabon, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, la Guinée équatoriale, le Kenya, le Lesotho, le Mali, le Maroc, Maurice, le Mozambique, la Namibie, le Niger, le Rwanda, São Tomé et Principe, le Sénégal, la Sierra Leone, le Soudan, le Sud Soudan, le Tchad, la Tunisie et le Zimbabwe.

En 2013, l’Ethiopie, la Gambie, le Liberia, Madagascar, le Malawi, le Nigeria, l’Ouganda, la République Démocratique du Congo, le Sahara Occidental, les Seychelles, la Somalie, la Tanzanie, le Togo, la Zambie et Zanzibar n’avaient encore aucune disposition constitutionnelle ou légale permettant le vote de leurs citoyens à l’étranger. Mais au-delà de cette volonté politique peu à peu imposée aux gouvernants, l’auteur note quelques réticences qui pourraient à la longue être un frein pour ce qu’il qualifie d’avancée démocratique. C’est le cas notamment de la question liée à la double nationalité.

De nombreux pays refusent le droit de voter à leurs ressortissants qui ont acquis une autre nationalité. Au Cameroun par exemple, la loi N° 2011/013 du 13 juillet 2011 restreint le droit de vote aux citoyens camerounais établis ou résidant à l’étranger. Aux termes de cette loi et sauf stipulation conventionnelle contraire, un Camerounais détenteur d’une autre nationalité ne peut pas être inscrit sur les listes électorales et encore moins voter, puisque la première condition d’inscription sur une liste électorale est la détention de la nationalité camerounaise.Dans le même sens, la législation mauritanienne interdit la double nationalité. La qualité de «Mauritanien»se perd de facto quand l’individu obtient la nationalité d’un pays tiers, et avec elle, toutes les caractéristiques liées au citoyen.

La République Démocratique du Congo n’est pas en reste; son article 14 de la Constitution de la Transition du 1er avril 2003 dispose : « la nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre nationalité ». Malgré les difficultés dévoilées par l’auteur, l’implication de la diaspora dans le processus de participation à la vie politique des Etats africains doit se poursuivre. De ce fait Antoine Wongo Ahanda propose un guide pratique d’une cinquantaine de pages pour apporter une solution aux problèmes rencontrés lors des opérations pré et post électorales à l’étranger.

 

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Recommandations du Guide
A la fin de l’ouvrage, l’auteur a établi en règles claires un guide pratique des opérations électorales en dehors des frontières nationales. Les éléments y sont détaillées en suivant le chronogramme de préparation et de suivi des élections comme par exemple la mise à jour des fichiers consulaires avec la réponse à des questions liées à la situation des nationaux en situation irrégulière dans le pays d’accueil, l’organisation temporelle des élections, la mobilisation politique, les questions liées à la sécurité lors de ces élections, la formation du personnel mobilisé dans les différents bureaux de vote, l’agencement matériel des espaces de vote… Mais aussi la formation au dépouillement des votes, à la rédaction des procès-verbaux et la proclamation des résultats.Documenté et s’appuyant sur des exemples concrets vécus dans les représentations diplomatiques de plusieurs pays, ce guide met aussi en exergue l’expérience de vote vécue par de nombreux Camerounais de la diaspora lors de la présidentielle de 2011. Outil pratique puisant dans divers codes et lois électoraux, ce guide pourra faciliter la tâche de tous les acteurs et les observateurs des bureaux de vote à l’étranger souvent dépourvus d’expérience de participation électorale au cours des nombreux scrutins qui s’annoncent en Afrique en 2015 et en 2016.

Après s’être intéressé aux canaux de communications et d’informations des Camerounais de l’étranger dans son ouvrage «Comment s’informent et communiquent les Camerounais de l’étranger», le Pr Antoine Wongo Ahanda ouvre le champ de l’analyse vers d’autres pays dans ce nouvel ouvrage. Dans un contexte d’évolution politique de la perception des diasporas, pendant longtemps assimilées dans des pays tels que le Cameroun comme des opposants.

L’auteur poursuit surtout sa réflexion dans une thématique qu’il a appréciée il y’a plus de vingt-cinq ans dans un travail de troisième cycle de politique comparée qui montrait le rôle du suffrage universel car comme le dit l’auteur, «de toutes les modalités de participation politique auxquelles ont droit les migrants, le vote constitue à proprement parler celui qui les consacre comme citoyens de l’extérieur». L’auteur, au cœur des problématiques de vie des Camerounais de l’extérieur a une légitimité sociale pour traiter du sujet et la posture d’analyste politique permet d’évoquer avec pertinence les éléments liées à cette «citoyenneté externe».