Éditorial du journal The Spark N°006 du 21/01/13

Éditorial du journal The Spark N°006 du 21/01/13

A chacun selon son mérite…

Lorsque le mérite est l’argument de prédilection présidant au choix des meneurs dans un système de fonctionnement sociétal, l’effort et la performance qui sont ses corrélats sont aussi pris en

compte. Généralement ce type de sélection améliore grandement l’action collective. Elle y puise son e?cience et sa qualité et la cohésion sociale, son homogénéité. L’histoire des peuples et leurs institutions nous montrent à répétition, les mutations intervenues dans les économies des peuples en développement qui se sont, à un moment donné, montrés favorables au partage des charges promotrices de progrès à leurs élites sur la base du mérite.
Nous nous rappelons du Japon de l’ère MEIJI mais surtout de la Russie stali-nienne qui consacrera la promotion du stakhanovisme. C’est-à-dire la célébration du travail bien accompli par l’attribution d’un prix d’excellence au méritant. Stakhanov a été primé pour son exemplarité et son exceptionnel rendement comme employé de l’Etat. Depuis ce jour, une médaille portant en gravure son éffgie est attribuée.
Le Contrôle Supérieur de l’Etat a ins-tauré depuis l’année passée, « le prix de l’excellence managériale ». Cette initiative entend être érigée en tradition. L’objectif visé est d’encourager des personnes physiques ou des structures administratives entières qui se sont distinguées au cours d’une année par leur saine gestion de la fortune pu-blique en agrandissant les recettes de l’Etat ou en accomplissant avec panache les tâches qui leurs étaient dévolues.
Pour que ce stakhanovisme ‘’made in Cameroun’’ perdure, il faudra que s’opère une véritable révolution de mentalité. Cette inversion de polarités dans nos esprits est un combat qu’il nous reviendra de mener, tous. Nous avons trop longtemps vécu et professé l’arrivisme, le népotisme et ?nalement l’arbitraire. Plus pernicieuse que les dé-règlements comportementaux, mis au service de l’action collective que nous venons de citer ; sont les théories et méthodes d’accaparement des privilèges et prestiges dont une race de pseudo-intellectuels use pour paupériser le petit peuple et contenter le pouvoir. Ils installent le pouvoir dans l’enclos fermé du griotisme, des ?agorneries courtisanes, de l’illusion du consentement et même du ravissement popu-laire. Ces fossoyeurs du culte du mérite redoutent les clari?cations, les procès objectifs, les combats loyaux. Ils excellent dans la navigation à vue, l’incurie, l’usage à des ?ns privées de la richesse collective.
L’exécution du budget programme de l’exercice 2013, risque d’être une épreuve amère pour ceux de nos gestionnaires des crédits publics qui appartiennent à cette caste de préva-ricateurs. En faisant le bilan des réali-sations accomplies au cours de l’année 2012 et présentant les nouvelles perspectives que 2013 ouvre, c’est avec le ton d’un chef désabusé que le Prési-dent de la République parlait le 31 dé-cembre dernier.
« Je suis bien conscient en effet que nous devons encore compter avec (…) la malveillance de certains qui frei-nent notre redressement. S’y ajoute la corruption sous diverses formes et la fraude dans la passation des marchés publiques. Le récent rapport de la CONAC est particulièrement édi?ant à cet égard. Il va de soi que ces atteintes à la fortune publique ne resteront pas im-punies (…). Les dérèglements en question sont d’autant plus condamnables qu’une partie appréciable de notre population connait encore des conditions de vie diffciles. Il est claire que les sommes importantes détournées auraient pu contribuer à l’amélioration de son sort dans les domaines de l’éducation ou de la santé. Combien d’éco-les, de centres de santés, d’adductions d’eaux aurait-on pu construire avec cet argent ! ».
Le Président de la République a décidé de dénoncer et condamner publiquement la prévarication. Le temps de l’impunité est révolu. L’ambition de l’émergence dont les premiers indica-teurs sont visibles dans les réalisations concrètes que produisent nos grands chantiers est aussi un choix conscient en faveur d’un type de mentalité dif-férent de l’habituel. Mais aussi en fa-veur d’un type nouveau d’intellectuels, technocrates, hauts commis de l’Etat.
Non plus des maillons d’une ma?a, minoritaire riche et insolente qui s’exprime en marge des institutions républicaines et contredit à souhait le Chef de l’Exécutif même. Mais plu-tôt des patriotes compétents et zélés, conscients des enjeux de progrès que nous rappellent au quotidien l’horloge des âges. Seule la valorisation du mé-rite, fruit d’une bonne application des exigences de la justice distributive (à chacun selon ses mérites) peut ren-verser la vapeur. Si ces conditions sont remplies: «rien ni personne ne pourra arrêter la nouvelle dynamique» dira le Président BIYA. Peut être bien que c’est ainsi que se décline la feuille de route populaire du Cameroun émergent. Le peuple camerounais est appelé par l’histoire mais surtout par son guide à changer sa façon d’être et de faire. Les programmes assignés aux tutelles ministérielles l’ont été pour améliorer les conditions de vie de tous. Tout silence devant l’irrespect de la règle du jeu consensuellement établie ne sera désormais autre qu’une connivence outrancière. Tout encouragement et rappel en fonction de serviteurs non méritants ne sera autre que gabegie, gâchis et combat contre l’émergence. Quittons la poupe pour gagner la proue.

Des médailles

Nous vous faisons de l’ordre et de la valeur ou du mérite chevalier, o?cier, commandeur, sinon nous vous élevons aux dignités de grand o?cier ou grand-cordon. Là où l’on pensait que la société avait organisé la hiérarchie des reconnaissances pour les services rendus à la nation, demeure un éternel débat sur la hiérarchie sociale inégalitaire qui ne prend pas en compte les qualités individuelles, postulat de l’égalité des chances. Dans un tel contexte que vaut l’adage qui dit « à chacun selon ses dons et ses mérites » ? La méritocratie permet de justi?er les positions acquises ou dénoncer celles injustement conquises. Elle permet de hiérarchiser et promouvoir les individus dans la société en fonction de leurs mérites et non leurs origines sociales(système de classe). Non plus par leurs richesses ou leurs relations individuelles, (système de « copinage »). Le système démocratique devrait faire du mérite une vertu, ce qui est loin d’être le cas. Voilà une situation qui installe le doutedans la société. Comme toute quête de justice ou d’équité dans le système social, le mérite récompensé au quotidien ou dans les fonctions occupées dans l’activité professionnelle pose problème. L’organisation institutionnelle de la reconnaissance de la valeur et du mérite comme d’autres formes d’organisation de l’activité administrative sont pour nous un legs de l’héritage colonial. Ainsi, le fait de récompenserune personne au nom de la nation reste une prorogative discrétionnaire des responsables toutes hiérarchies confondues. Dans unités administratives territoriales et les départements ministériels. Les critères sont encadrés, tels que la durée de l’exercice d’une activité professionnelle ou des exploits et autres services exceptionnels rendus à la nation. Ces fonctionnaires de l’Etat ont la charge de proposer des noms des citoyens qui seront appelés sur une liste validée par le Conseil des ordres nationaux.
Puisqu’il ne reste plus que cette institution pour concrétiser les actes de reconnaissance de la valeur et du mérite des citoyens, l’événement est attendu avec ferveur et son service prend une consonance particulière une fois par an lors de la célébration de la fête de l’unité. 3000 à 4000 médailles sont annuellement distribuées en di?érentes catégories : l’ordre national de la valeur, l’ordre du mérite camerounais, le mérite agricole, l’ordre du mérite sportif, la médaille de la force publique, autant dire qu’il y’a de la place pour faire des heureux.
Qui ne se rappelle pas pour l’avoir vécu ou découvert dans les images télévisuelles, le cérémonial parfois désuet sur la place des fêtes d’une sous-préfecture rurale, quand l’essentiel du dé?lé se rythme au pas cadencé de quelques carrés de jeunes écoliers. Le sous-préfet s’arrange à faire de la remise des décorations un instant solennel quand il s’approche des récipiendaires et entonne le légendaire « au nom des pouvoirs qui me sont conférés». On perçoit la joie et le sentiment d’atteinte d’un objectif dans les yeux de ces citoyens modestes reconnus par la nation pour leur valeur ou leur mérite. Mais déjà à l’accoutrement des joyeux élus et à la taille des groupes et cortèges qui célèbrent les uns et les autres, on sait que la fête à la maison ne sera pas la même selon son rang social.