EDITH KAH WALLA : “NON AU CUMUL DES INJUSTICES”

La présidente du Cpp interroge, au-delà du MRC, de Kamto, d’une élection présidentielle, que voulons-nous pour notre pays?

On est à la veille d’un procès historique : près de 200 militants de l’opposition vont passer devant le Tribunal Militaire comment explique-t-on cette  » timidité  » d’autres partis de l’opposition ?
Il est important d’intégrer une bonne fois pour toute que nous sommes en dictature. Les dictatures se caractérisent par la capacité du pouvoir en place à opprimer. Pour opprimer ce pouvoir utilise multiples mécanismes: la peur, la corruption, la division, le tribalisme, le conditionnement de l’accès à n’importe quelle ressource- emploi, marchés, écoles, soins de santé, etc. – à l’allégeance à ce pouvoir. C’est ça la dictature. C’est ce que nous vivons. Ce que vous appelez timidité n’est pas le propre des partis politiques. Les journalistes sont timides, les avocats aussi, les juges encore plus, les médecins, les fonctionnaires, les entrepreneurs… ce pouvoir a même réussi à rendre » timide » les bendskinneurs. La seule question réelle à se poser est « comment nous sortons de là? » Comment faire pour quitter la timidité et trouver ce minimum de courage pour dire NON à l’autodestruction qui se profile à un horizon plutôt proche? En réalité c’est assez simple. Il faut commencer par se focaliser sur l’essentiel: les principes et valeurs que nous souhaitons pour notre pays. Au-delà du MRC,de Kamto, d’une élection présidentielle, que voulons-nous pour notre pays? Nous sommes presqu’unanimes en voulant: un état de droit, un système de justice crédible et fonctionnel, le respect des droits de l’homme, de sélections crédibles, la paix,etc. A partir du moment où on se focalise sur ces éléments fondamentaux, sur cet essentiel qui est le poumon de toute nation, le fait d’être MRCiste ou pas devient secondaire, aimer Kamto ou pas est aléatoire, être d’accord avec un parti ou pas est presque trivial. Nous avons tout simplement à regarder ce procès sous l’angle de l’état de droit, du respect des droits, de la crédibilité de la justice. Avec ces lunettes, il est impératif d’agir. On doit agir. Que l’on soit politique, journaliste, avocat, médecin, bayam-sellam,on doit agir pour défendre non pas un individu ou des militants d’un parti, mais pour défendre l’essence même de notre nation. Sans justice, il n’y a pas de droit. C’est l’injustice qui crée le chaos. Il est normal d’avoir peur d’un pouvoir violent qui n’hésite pas à brimer, voire à tuer pour imposer sa volonté. C’est normal. Toutefois aujourd’hui, nous voyons toutes et tous, que plus violent que le régime lui-même sera le chaos produit par le cumul des injustices qu’il a engendré. Nous le vivons dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, nous le vivons à l’Extrême Nord, huit régions sur dix paient déjà les effets de ce régime. Agir pour défendre le droit du MRC à la liberté d’expression politique, agir pour exiger que le procès du MRC soit juste, agir pour refuser le cumul des injustices qui se déferlent sur eux depuis le 28 janvier 2019 n’est pas contrairement à ce qu’on peut penser un acte de soutien au MRC.C’est un acte égoïste, un acte de survie. C’est un acte pour dire NON au cumul des injustices qui mène tout droit à la destruction du pays. L’heure de la timidité est révolue. Notre survie collective l’exige.

Quand bien on sera d’accord pour agir, comment le faire dans ce contexte d’oppression ?
La recette pour agir face à l’oppression réside dans les mots suivants: non-violence, progressivement, ensemble, masse critique, détermination. Il faut agir en dénonçant. Les discussions au quartier, sur les réseaux sociaux, dans les médias sont les premiers lieux où il faut agir en parlant, en dénonçant, en exigeant, en proposant. Il faut utiliser sa voix pour rappeler les principes et valeurs qui nous unissent. Toutefois, la parole ne suffit pas. Il faut ensuite passer à l’action. Il faut aller en prison pour visiter ceux qui sont injustement incarcérés. Il faut aller aux tribunaux pour mettre la lumière sur les procès en cours. Bien que nous soyons tous des victimes de ce système, il faut soutenir financièrement et moralement ceux qui sont les victimes les plus atteintes. Nous nous ne pouvons réussir aussi que si nous agissons ensemble. Il ne s’agit pas seulement que des politiques agissent ensemble. Il faut que les politiques agissent avec la société civile, avec les religieux, avec les journalistes, avec les commerçants… L’heure est à un pour tous et tous pour un. Par exemple, le Barreau du Cameroun a pris une résolution pour protester contre les abus des droits des prisonniers et de leurs propres droits d’avocats. Hier, 5 partis politiques plus 13 organisations de la société civile se sont réunis pour publier une déclaration de soutien aux avocats. Nous ne sommes pas des avocats, nous n’étions pas au courant qu’ils allaient mener une action de suspension de robe. Nous n’avons pas demandé leur permission avant de les soutenir. Toutefois, leur action a un impact sur nous tous. Nous nous sommes dit il faut agir pour soutenir et amplifier l’action des avocats. Ils défendent la justice. La justice se fait pour nous et en notre nom. Il faut agir ensemble. Il y aura une heure pour des batailles personnelles et partisanes. Nous l’espérons vivement et nous y prendrons part avec passion et énergie. L’heure actuelle est à l’action collective pour défendre les intérêts collectifs. Ne pas agir ensemble c’est se suicider…collectivement. Je terminerais par quelques actions concrètes que chaque camerounais doit mener.

  1. Appelez l’avocat le plus proche de vous pour le féliciter et l’encourager à tenir ferme contre les attaques qu’ils reçoivent tous déjà.
  2. Appelez et écrivez au Barreau pour soutenir leur action de suspension de robe.
  3. Faites foule au tribunal militaire le 06 septembre. La justice doit être transparente et publique. Pour qu’elle le soit, nous devons être présents en grand nombre.
  4. Se mettre en noir ce vendredi pour exprimer notre indignation et notre solidarité. C’est la forme la plus simple et la moins risquée de protestation. Montrons au monde entier que les camerounais ne sont pas d’accord avec cette parodie de justice qui se déroule soit– disant en leur nom.
  5. Rejoignez un mouvement. Quel que soit l’issue, le 06septembre n’est qu’une étape. Nous avons notre pays à sauver. Il y a un travail énorme. Choisissez votre mouvement, rejoignez- le et mettez-vous au travail.