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École primaire : la gratuité qui coûte chère

École primaire : la gratuité qui coûte chère

Celle-ci peine à prendre corps malgré les engagements pris devant la communauté internationale.

«L’école primaire n’est pas gratuite au Cameroun», tranche le président de la Fédération camerounaise des syndicats de l’éducation Hobie Emmanuel Mbassi. Pour illustrer ses propos, cet enseignant de philosophie évoque tous les frais que les parents d’élèves du secteur public sont appelés à débourser pour la formation de leur progéniture dans le primaire. Et pourtant, un décret présidentiel du 19 février 2001 dans son article 47 disposait que : «les élèves des écoles primaires publiques sont exemptés des contributions annuelles exigibles.»

Ledit décret faisait suite au forum mondial sur l’éducation de Dakar en 2000, ayant pour but de rendre l’éducation véritablement universelle en 2015. Ce forum visait à atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (Omd.) adoptés en 2000 à New-York (Etats-Unis) recouvrant de grands enjeux humanitaires tels que l’accès à l’éducation. Ces Omd ont été transformés en objectifs de développement durable (Odd), en 2015.

«Éducation pour tous», n’a alors visiblement rien changé. Nous apprenons que certains parents sont obligés de débourser certaines sommes d’argent pour faire inscrire leurs enfants dans les écoles publiques, pourtant censées être gratuites. «Dire que l’école primaire est gratuite au Cameroun pour moi, est une manière de se voiler la face ou alors de vouloir faire bonne figure devant la communauté internationale. La gratuité de l’école primaire n’a été qu’une option politique du gouvernement et non une priorité », s’insurge la fonctionnaire madeleine Wandji.

Situation qui contraste bien avec l’adoption en octobre 2000 par le Cameroun, de la stratégie sectorielle de l’éducation visant à élargir l’accès à l’éducation. Déjà annoncé dans le discours présidentiel du 10 février 2000, la gratuité de l’école primaire publique, faisait suite à plusieurs législations internationales et nationales.

Sur le plan national on a entre autres, la loi n°2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la constitution du 2 juin 1972, qui précise dans son préambule que : «l’Etat assure à l’enfant le droit à l’instruction. L’enseignement primaire est obligatoire. L’organisation et le contrôle de l’enseignement à tous les degrés sont des devoirs impérieux de l’Etat.»

Écolage

Cette mesure, pour certains parents, enseignants et syndicalistes 16 ans après, est restée une simple annonce et tarde à prendre corps depuis la suppression des 1500 FCFA représentant les frais d’écolage. Sur le terrain, l’école reste payante et inaccessible à toutes les couches sociales, apprend-on. «L’école aujourd’hui est encore plus chère qu’au moment où elle était payante.

A présent, l’enfant vous dit que l’enseignant a demandé qu’on vienne avec 300 demain 500 et après 1000Fcfa, et là l’école devient plus chère» affirme le parent d’élève Jean Olama. Des chefs d’établissements du primaire conditionnent l’inscription des élèves au versement obligatoire des montants parfois trois fois supérieures à celui supprimé, apprend-on.

«L’école primaire est abandonnée aux parents d’élèves. Il s’agit d’une sorte de privatisation de l’école. On est en train de la privatiser parce que ce sont les parents qui la financent», soutient Hobie Emmanuel Mbassi. tout à côté du monnayage des parents pour l’admission de leurs enfants dans certaines écoles primaires publiques, ceux-ci sont encore obligés de payer certaines sommes forfaitaires exigées par l’école à chaque fois que ces derniers font des examens.

«Dans l’école où j’ai fait inscrire mes enfants, l’an dernier, il fallait payer pour le tirage des épreuves, pour les cours du samedi et même pour les cours d’éducation physique», explique un parent d’élèves de la ville de Yaoundé D’après une étude réalisée dans trois départements de la région du littoral par la Dynamique Citoyenne du syndicaliste Jean marc Bikoko, il ressort que sur 303 questionnaires dépouillés, 296 parents ont déclaré avoir payé les frais scolaires pour l’année 2015-2016, soit un pourcentage de 97.69%.

Toujours  d’après cette étude, malgré la connaissance de l’existence du décret présidentiel instaurant la gratuité de l’école, ces derniers continuent de payer. si au préalable, il n’est pas indiqué qu’il s’agit des frais scolaires, on relève cependant que les thèmes régulièrement utilisés pour recueillir ces fonds sont entre autres, les frais de l’association des parentes d’élèves et enseignants (apee), de remise à niveau, de propreté , pour soutenir les instituteurs vacataires.

 

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