Eau potable: 14,196 milliards FCFA de perte enregistrées sur le réseau CDE en 2014

Le chiffre de 39 millions de mètres cube d’eau perdu sur le réseau de la Camerounaise des eaux (CDE) au Cameroun en 2014 révèle les paradoxes qui subsistent dans la gestion des questions hydriques au Cameroun, où cette même eau ainsi gaspillé par la faute de la CDE et des populations manque au quotidien dans tout le pays.

Difficile d’encaisser le coup sans dire mot. La Camerounaises des eaux (CDE) ; l’entreprise en charge de la gestion du patrimoine matériel de la Cameroon water utilities corporation (Camwater) qui gère la distribution de l’eau au Cameroun a annoncé le vendredi 15 mai 2015 avoir enregistré des pertes sur son réseau de l’ordre de 14 196 000 FCFA équivalent à 39 millions de mètres cube d’eau ; le mètre cube étant facturé à 364 FCFA aux ménages et entreprises.

Tout le monde est coupable

Les populations à travers le pays sont bien sûr responsable de ce gaspillage gigantesque dans la mesure où l’absence et la rareté de l’eau dans de multiples quartiers des villes Camerounaises comme Mimboman en plein cœur de Yaoundé à PK14 à Douala les poussent à se rueur sur les   infrastructures du réseau tertiaire de la CDE (celui qui relie les canalisations dans le sol directement aux consommateurs) qu’ils vandalisent sans en subir toutes les conséquences de droit qui s’imposent, même en cas de dénonciation.

Autres coupables, d’après M. Chatue, les entreprises et autres acteurs du BTP. Ce responsable reconnaît que « Généralement, les incidents résultent des actions d’engins lors des travaux d’entretien et d’élargissement des voiries, des terrassements pour divers travaux de génie civil, des charges roulantes sur les canalisations emprisonnées sous les chaussées ou accotements des voies publiques ». Et d’ajouter « Ils peuvent aussi néanmoins dériver du vieillissement normal de certaines portions du réseau, de l’érosion qui déstabilise les ouvrages et « plus rarement » des actions de vandales souhaitant s’approvisionner gratuitement ».

Mais le premier coupable de cette perte record reste la CDE qui non seulement ne dispose pas d’infrastructures solidement enfouies dans le sol ou mieux sécurisés ; mais se permet de ne pas disposer d’une brigade d’intervention rapide qui serait apte à se ruer partout où des ruptures de tuyaux ou de canalisations seraient signalés pour réparations immédiates. De plus il aurait été souhaitable que cette entreprise profita de la réhabilitation de certains tronçons routiers ou de la constructions de nouvelles routes ou emprises à travers le pays pour renouveler un équipements vieillissant et plus adaptés aux exigences des villes surpeuplées aujourd’hui plus qu’hier.

Les risques ne manquent pas, au contraire

« En réalité, il faut aller plus loin pour relever les autres conséquences et coûts des fuites d’eau, à savoir le risque sanitaire lié au manque d’eau qui en résulte pour les clients tributaires des canalisations rompues, les dégradations causées aux voiries et autres constructions attenantes par les écoulements d’eau, le coût du matériel et de la main d’œuvre de réparation, etc. D’où l’intérêt de réagir au plus vite pour arrêter tout écoulement déclaré, si possible dès sa survenance, à défaut de le prévenir tout simplement », analyse M. Chatue, directeur des exploitations de la Camerounaise des Eaux (CDE).

Autres risques et non des moindres du retard dans les réparations des canalisations rompues et autres dégâts sur le réseau tertiaire de la CDE, les eaux qui s’infiltrent dans le sol ou se concentrent à certains endroit au point de devenir des lacs en plein quartier, voire de causer des chutes, des glissements, de fragiliser les fondations très souvent déjà friables des habitations dans les quartiers populeux qui sont les plus nombreux à enregistrer ces pertes d’eau.

Des statistiques qui ne rassurent pas

On apprend ainsi de la Camerounaise des Eaux (CDE) que sur les 137 millions de mètres cubes produits au courant de l’année 2014, seuls 98 millions de mètres cube d’eau ont véritablement atteint les consommateurs et donc permis de générer des factures ; le reste soit 39 millions de mètres cube s’étant évaporé dans la nature, mais beaucoup plus dans les sceaux d’eaux des populations.

Car d’autres statistiques fournies par la CDE révèlent que pour l’année 2014, le réseau public comprenant les canalisations dites communes a enregistré 5 943 fuites, contre le nombre record de 23 194 fuites sur les branchements de particuliers à travers le Cameroun. Encore que là il ne s’agit que des fuites identifiées à temps dans la mesure om certains comités de développement ou associations dans les quartiers mieux organisés n’attendent pas l’intervention de la CDE pour colmater les brèches.

Les solutions à cet épineux problème restent donc d’abord la sécurité des installations du réseau CDE, le recours à un matériel plus résistant ou mieux performant que l’existant, les sanctions exemplaires pour des contrevenant, particuliers ou entreprises du BTP incriminés ; mais non sans une phase de sensibilisation ou une campagne de communication et d’information des consommateurs ou du grand public sur les conséquences d’une rupture volontaire des canalisations sur le réseau tertiaire de la CDE. Car en fin de compte, ce sont les ménages les véritables perdants.

En réduisant ne serait-ce que de moitié ces pertes estimée en 2014 à 14, 196 milliards FCFA, les populations auraient eu plus d’eau ou de château d’eau dans des villes comme Ebolowa qui n’en ont pas… sans compte qu’une économie de près de 08 milliards FCFA aurait permis de doter de nombreuses stations d’eau d’alimentations électriques solaires ou à base d’autres formes d’énergies renouvelables.