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Dr Raoul Sumo Tayou: «Le discours des autorités sur la guerre contre Boko Haram ne rend pas compte de la réalité sur le terrain»

Dr Raoul Sumo Tayou: «Le discours des autorités sur la guerre contre Boko Haram ne rend pas compte de la réalité sur le terrain»

Alors que les autorités annoncent avoir neutralisé les islamistes, ce spécialiste camerounais des questions liées à la Défense et la Sécurité pense que la menace reste très importante.

Au cours d’une réunion entre les Ministres de la Défense, les chefs d’état major des armées ainsi que les responsables des services de renseignement des pays de la Commission du bassin du Lac Tchad (CBLT), hier jeudi 6 juillet 2017 à Yaoundé, Joseph Beti Assomo, Ministre délégué à la Présidence chargé de la Défense a estimé que Boko Haram était déjà quasiment neutralisé. Il s’agit selon le Dr Raoul Sumo Tayo, universitaire et expert des questions de sécurité et de défense, d’un discours qui n’a rien à voir avec la réalité sur le terrain.  « Ce discours martial ne rend pas compte de la réalité sur le terrain. On ne peut pas tenir ce genre de discours et ne pas se donner les moyens justement  d’atteindre ce but de guerre. Les politiques ont placé les objectifs de cette guerre en termes absolus, à savoir : « éradiquer Boko Haram ». Or nous ne nous sommes pas donné les moyens humains, matériels, nous n’avons pas pris un ensemble de mesures pour venir à bout de la menace. Conséquence, nous subissons chaque jour ou presque des attentats,  nous sommes en plein dans ce que Bertrand Badie appelle « l’Impuissance de la puissance ». Ces attentats montrent que ça ne marche pas », regrette ce spécialiste.

Pour le Docteur Aimé Raoul Sumo Tayo, les pays impliqués dans la lutte contre la secte islamiste Boko Haram ont non seulement fait un mauvais diagnostic de la situation mais aussi appliquent une mauvaise thérapie au mal que représentent ces djihadistes. Conséquence, « nous sommes en plein dans l’enlisement », avertit l’expert. « La contre insurrection n’est pas une politique, elle n’est qu’un moyen parmi une palette d’autres moyens. Je pense par exemple aux actions dites civilo-militaires. Je pense qu’il est important pour faire face à la secte islamiste Boko Haram  de faire une bonne évaluation de la situation. Nous avons essayé de le faire modestement. Boko Haram est d’abord et avant tout le résultat du dysfonctionnement des systèmes de vivre ensemble à l’échelle nationale et internationale. Lorsqu’on a fait ce diagnostic, on comprend clairement  que la seule réponse militaire ne marche pas. D’où le caractère à la limite démagogique de la logique de la rhétorique des dirigeants de la Sous-région », note-t-il.

Sur les problèmes de financement soulevés lors de la réunion de Yaoundé, notre interlocuteur relève qu’il s’agit des conséquences d’un manque de volonté politique, l’Occident n’ayant pas de gros intérêts aux abords du Lac Tchad.  « L’occident en moins d’une semaine a trouvé des financements, a pris toutes les dispositions pour que le G5 Sahel  fonctionne… L’enjeu stratégique de défense pour l’occident aujourd’hui est de sécuriser sa frontière méditerranéenne. Il est question de stabiliser le Sahel pour empêcher l’afflux des migrants originaires de l’Afrique sub-saharienne en Europe. De ce point de vue, l’occident défend d’abord ses intérêts avant de défendre ses valeurs. On comprend aisément que la France et les autres aient choisi de financer le G5 au détriment de la Force mixte multinationale pourtant le nombre des morts causé par les activités de Boko Haram est dix fois supérieur à ce qu’on a observé dans le Sahel », fait savoir notre expert.

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