Dovie Kendo : « C’est le contribuable français qui me fait vivre

La productrice et actrice camerounaise, Dovie Kendo, donne son opinion par apport au  7è art au Cameroun.

Que pensez-vous des conditions imposées par le Ministère des Arts et de la Culture aux producteurs camerounais de cinéma ?

Je trouve normal que l’on nous impose des visas avant la diffusion d’un film. En fait c’est une façon de protéger le producteur et sa production. Par contre le fait que l’on ne nous accorde pas de fonds pour nos films est déplaisant. Trouver des sources de financement n’est pas chose aisée, tout le monde le sait. Le producteur camerounais est seul au front et ne reçoit aucune aide dans le processus de création et de réalisation d’une œuvre cinématographique. J’en veux à la loi, parce qu’elle ne nous aide pas. Elle nous piétine plutôt. Nous n’avons pas la possibilité de faire nos preuves, de montrer de quoi nous sommes capables. J’en veux à la loi ! J’exprime mon ras le bol ! Que l’on m’emprisonne ou pas je fais ce que je peux, pour produire mes films et les diffuser.

Vous êtes-vous adressé au Ministère de la Culture lors de la production de votre film ?

Plusieurs fois je me suis adressée au Ministère de la Culture. Ils ont bien reçu mon dossier, mais sans suite. A un moment donné l’on vous fait comprendre que votre dossier est introuvable, qu’il a simplement disparu. Cela ne sert à rien de dépenser le peu d’argent que j’ai à ma disposition pour me rendre régulièrement à Yaoundé. Il faut en plus des frais de transport et d’hébergement à l’hôtel, s’acquitter des frais de visa d’exploitation. De quelle exploitation parle-t-on à ce moment ? qu’ont-ils fait pour m’aider ? Je sais que cette attitude me pénalise, mais ai-je seulement le choix ? Au Cameroun personne ne demande un visa d’exploitation. Nous faisons nous-mêmes les repérages, nous sachant déjà abandonnés à notre sort. Il y a de la corruption à tous les niveaux. Ils savent tous que nous disons la vérité, au Ministère de la Culture. Là-bas ils nous torturent pour la moindre des procédures, sans même nous donner satisfaction à la fin. Nous vivons au jour le jour. En réalité c’est le contribuable français qui nous fait vivre. C’est en prenant part à un festival sponsorisé par la France que je peux avoir de l’argent, ou en donnant des cours dans un Lycée français. Je ne gagne rien dans les événements organisés par le Cameroun.