Double nationalité : Le Cameroun n’a-t-il définitivement pas besoin de sa diaspora?

Le sujet de la double nationalité est certainement un des sujets qui a déjà été débattu longuement sur plusieurs plateaux camerounais de l’intérieur du pays ou de la diaspora. Il ne s’agit pas dans ces lignes de revenir sur ce sujet qui pour moi connait le statut qui mérite pour le moment, à savoir, il n’est pas question d’accorder aux camerounais ayant prêté serment dans un autre pays de conserver la nationalité de leur pays de naissance.

Selon une analyse effectuée par Fernando Deumaga et récemment publiée sur kmeroun.com, «Près de 4 millions, c’est le nombre estimatif de camerounais vivant hors du territoire national. Cette tranche de la population camerounaise est performante dans divers domaines mondialement reconnus tels le sport, la culture, les sciences, la santé, les NTIC, … On se rend compte que malgré cette reconnaissance sur le plan international, la diaspora camerounaise ne contribue pas durablement au développement du pays.

Malgré des initiatives louables menées par la substance grise qui est devenue l’une des premières sources de matière première, des efforts doivent encore être faits pour contribuer efficacement à l’émergence de notre pays. En effet, dans les modèles de développement des quatre dragons, l’un des pays asiatiques doit son développement à sa diaspora qui grâce à un retour massif vers le pays d’origine a contribué à son essor.

La diaspora camerounaise qualifiée et éparpillée partout dans le monde entier peut être un levier pour le pays. Prenons l’exemple des médecins de la diaspora qui sauvent des milliers de vie, et pourtant le pays manque parfois de ces personnes qualifiées.
Avec les Nouvelles Technologies de l’Information et la Communication (NTIC) une mise en réseau des médecins locaux et ceux de la diaspora pourrait contribuer efficacement et rapidement aux progrès médicaux dans notre pays. On pourrait également citer l’exemple des enseignants et des informaticiens qui grâce à des séjours pendant les vacances ou un travail sur Internet peuvent former des jeunes camerounais. Des exemples pourraient ainsi se multiplier. La maîtrise de l’outil informatique est aujourd’hui une priorité.

Le rôle de la diaspora pourrait également être de participer en Occident aux commissions où l’on parle de l’avenir du pays, ou d’interpeller les ONG et les médias sur les projets et l’image qu’ils véhiculent du Cameroun. Comment peut-on admettre que le Cameroun soit l’un des seul pays du continent où des personnes s’auto proclament défenseurs sans que les intellectuels ne réagissent?

Des discussions, interviews, entretiens avec les ressortissants camerounais vivant à l’extérieur du pays, le constat est que beaucoup ne rêvent de retourner au pays que s’engager en politique. Pourtant nous savons tous aujourd’hui que le pays a besoin des industries, des PME, des centres de santé,… La diaspora camerounaise devrait peut être penser avant tout à investir au pays ? Cette même diaspora qui souhaite s’engager en politique au Cameroun peine à se faire entendre politiquement. De plus, depuis les lois de décentralisation, les collectivités territoriales du Nord doivent développer des partenariats plus justes avec leurs homologues du Sud. Une réflexion profonde peut être menée sur le rôle de la diaspora camerounaise dans la coopération décentralisée.

Pourquoi, les camerounais de la diaspora ne ruent-ils pas au Cameroun afin d’apporter leur contribution à l’heure du lancement des grand chantier afin de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035 ?».L’auteur démontre ainsi le capital humain que constitue la diaspora camerounaise qualifiée résidant dans les pays occidentaux.

Est-ce le statut de la diaspora qui est défavorable?

Pour la majorité de camerounais ayant vécu environ 10 ans à l’extérieur du pays, ils ont opté, aux vus de certains avantages sociaux, de souscrire à la nationalité de leur pays d’accueil. Sachant que le Cameroun n’admet pas la double nationalité, cette diaspora se trouve privée par la même occasion du Droit de participer directement au développement du pays pour plusieurs raisons. Je citerais par exemple les entrepreneurs ayant accumulé de l’expérience et de l’expertise utile pour et prêt à mettre à disposition des communautés locales, mais donc les conditions d’établissement se trouvent désormais très complexes au vu de leur statut d’expatrié.

Certains pays africains ont compris la nécessité d’impliquer leur diaspora au plan de développement intérieur. Cette volonté est louable et connaîtra certainement des retombées positives qui me permettent de croire qu’elles pourraient servir d’exemple au Cameroun.

Des exemples à considérer?

Le Sénégal : le visa d’entrée sera supprimé dès mai 2015 pour ses ressortissants étrangers, Le président Macky Sall l’a récemment annoncé. Cette décision fait partie d’une série de «mesures incitatives pour la relance du secteur touristique et l’allègement des frais de voyage de nos compatriotes de la diaspora», a indiqué le président Sall dans un message à la Nation à l’occasion du 55e anniversaire de l’indépendance du Sénégal. Il a déclaré, «Ainsi, le visa payant pour l’entrée au Sénégal sera supprimé à compter du 1er mai 2015». Cette décision va certainement stimuler davantage les sénégalais de la diaspora dans l’investissement financier ou physique qu’ils peuvent considérer pour le pays, bénéficiant de cette mesure du chef de l’Etat.

Le Togo : Il y’a près d’un an maintenant, depuis le 21 Juillet 2014, «Le gouvernement a décidé d’exempter de visa d’entrée et de sortie les Togolais détenteurs de passeport étranger, à l’exception de ceux ayant légalement renoncé à leur nationalité togolaise d’origine». Après 9 mois depuis l’adoption effective de ce nouveau règlement, il n’est pas encore l’heure de faire le bilan, toutefois, il favorise l’apport des togolais au développement du pays en leur épargnant des lourdes tracasseries qui pourraient même constituer un effet dé motivateur pour certains. Cette décision s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre des recommandations des assises de la diaspora togolaise tenues en fin 2013 et début 2014 à Paris, Montréal et Lomé.

Le Togo est allé plus loin dans sa démarche en vue d’impliquer davantage sa diaspora au coeur du dispositif diplomatique. Ainsi, le ministère des affaires étrangères a décidé le vendredi 13 Mars 2015 d’ouvrir des postes à des membres de la diaspora. Ainsi, un appel à candidature a été lancé pour les membres de la diaspora afin de devenir ambassadeur ou consul du Togo dans leur pays de résidence (certaines conditions s’appliquent).