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DIEU DEMANDE A BIYA DE RAPATRIER LE CORPS D’AHIDJO

DIEU DEMANDE A BIYA DE RAPATRIER LE CORPS D’AHIDJO

Le pardon a sa place en politique et les Camerounais doivent envisager des assises nationales de réconciliation avec leur propre histoire. Tous les Camerounais ont péché contre le Cameroun. Le pardon mutuel est la condition de la reconnaissance et il conviendra de l’inscrire au cœur de la transition qui s’annonce.  La participation du président Paul Biya au prochain sommet de la Francophonie au Sénégal coïncidant avec le 25ème anniversaire de la mort du président Ahidjo, a réveillé nombre de démons, surtout de ceux-là qui ne dorment qu’en apparence.

Au-delà de la controverse classique autour du bien-fondé de l’adhésion du Cameroun à  la Francophonie qui,  selon certains, perpétue l’aliénation culturelle des anciennes colonies françaises d’Afrique, la question du retour du corps du président Ahmadou Ahidjo au Cameroun a fait couler de l’encre et de la salive. En effet, Biya foule le sol d’un pays où repose encore  le corps du premier président du Cameroun.  Voici trois bonnes raisons pour lesquelles Biya devrait rapatrier le corps d’Ahidjo et officiellement.

Premièrement, Ahmadou Ahidjo est avant tout un citoyen camerounais. Et tout Camerounais, ange ou bête, a le droit de reposer dans la terre de ses ancêtres si les siens le souhaitent. En plus de cette aspiration légitime, c’est un fait majeur et irréversible de l’histoire du Cameroun « indépendant » qu’Ahidjo a été président de la république du Cameroun de 1960 à 1982. 22 ans ce n’est pas 22 jours ! Pour des raisons demeurées mystérieuses, c’est lui-même qui a cédé le pouvoir à Paul Biya en 1982, indépendamment des considérations d’ordre régional ou religieux.  Il y a ensuite eu les événements du 06 avril 1984 et il est devenu persona non grata au Cameroun.

Depuis 1989 qu’il est mort en exil à Dakar, son corps aussi est resté indésirable au Cameroun. Ne serait-ce que parce qu’il a été président de la république du Cameroun pendant 22 ans, Ahidjo mérite des obsèques officielles au Cameroun. Comparativement, son bilan n’est pas que négatif. Ce n’est pas le régime actuel qui peut faire son procès.

Il n’y a pas longtemps, alors qu’on enterrait avec pompes la belle-mère du président Biya, mobilisant à l’occasion les médias publics, je m’interrogeais sur le sens des couleurs nationales qui enveloppaient son cercueil. C’est alors qu’un compatriote m’a été répondu avec raison qu’elle était maire en exercice !  J’avouais alors mon ignorance des usages protocolaires de la république.  Si l’on peut ainsi honorer la mémoire d’une maire-belle-mère de la nation, quoi de plus normal que d’offrir des obsèques nationales à celui-là qui a présidé aux destinées du Cameroun pendant 22 ans.

Deuxièmement, si le régime Biya a effectivement quelque chose à reprocher au Président Ahmadou Ahidjo, qu’il l’explique clairement au Camerounais. Sa mise en cause dans les événements de 1984 n’a jamais vraiment fait l’objet d’une procédure impartiale de clarification des rôles des uns et des autres. Si Ahidjo y a joué un rôle, qu’on le dise au Camerounais. Les Camerounais en sont aujourd’hui à supposer que c’est pour cette raison que son corps est indésirable au Cameroun et que des obsèques officielles lui ont été refusées par le régime en place. On peut tout à fait comprendre que Biya ne veuille pas du tout honorer de son vivant la mémoire de quelqu’un qu’il soupçonne d’avoir voulu le renverser. Mais il n’est pas normal que les Camerounais ne sachent pas exactement et officiellement pourquoi le premier président de leur pays repose en terre étrangère. Le régime Biya doit cette explication au peuple Camerounais.

Troisièmement, une telle situation ne peut que contribuer à brouiller encore davantage la conscience historique des Camerounais comme Etat-nation en construction. Certains diront qu’Ahidjo ne fait que subir ce qu’il a lui-même fait subir aux nationalistes camerounais avec la complicité des colons Français, l’ostracisme. Il est de ceux qui ont fait passer les nationalistes camerounais pour des « maquisards » et « terroristes » et s’est fait instrumentaliser pour les traquer. Il faudra tôt ou tard les réhabiliter officiellement pour que les Camerounais se réconcilient avec leur propre histoire. Ahidjo n’était pas un saint, loin s’en faut, mais qui du régime actuel peut lui jeter la première pierre.  La règle d’or de l’éthique ne dit-elle pas : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » ?

Et dans sa version biblique, «Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux. » (Mt 7,12).  En ramenant le corps d’Ahidjo au Cameroun, Mr Biya initiera ainsi un cycle de pardon qui pourra ensuite s’étendre à lui pour les péchés de son régime. Des obsèques officielles pour Ahidjo au Cameroun contribueront ainsi à réconcilier les Camerounais avec leur histoire et à guérir la mémoire collective. La réconciliation au sommet ne pourra que faire du bien à l’ensemble et préparer une transition apaisée. Entre la justice revancharde, voire réparatrice, et le pardon, le meilleur de presque toutes les traditions spirituelles recommande la miséricorde. C’est la voie de l’humanisation et de la renaissance qui remet en circulation les forces de la vie. Les Camerounais ont donc le choix entre la vie et la violence. Et Dieu les encourage à choisir la vie !

 

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