Développement : Au-delà de la force

La réponse militaire doit être accompagnée d’une lutte contre la pauvreté.
Les spécialistes jurent que la lutte contre le terrorisme suppose aussi la lutte contre la pauvreté. Ce fléau est un facteur déterminant. René Emmanuel Sadi, le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation l’a reconnu lors de la dernière réunion des gouverneurs. Il leur a demandé d’être des véritables chefs d’orchestre de tous les projets de développement, car dit-il, « la réponse militaire doit s’accompagner de la lutte contre la pauvreté ».

Or, au moment où cette force s’apprête à entrer en fonction, l’Extrême-Nord, le théâtre de la barbarie de Boko Haram reste la région la plus pauvre du Cameroun. Elle est aussi la plus peuplée avec une jeunesse nombreuse et désoeuvrée. Sa population est estimée à 3 480 414 d’habitants. Soit 17,9 % de la population totale du Cameroun. Selon une étude menée par le ministère de l’Economie, du Plan et de l’Aménagement du territoire (Minepat), sous l’encadrement technique de l’Institut national de la statistique, en 2007, la proportion de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté est passée de 18,8 à 24,6% entre 2001 et 2007.

« Les pauvres sont devenus plus pauvres », s’alarme- t-on dans le rapport. Alors que dans la même période, au plan national on a enregistré une baisse de 0,3 point. A l’Extrême-Nord, la pauvreté est plus accentuée en milieu rural. Dans ce document, on note également que le taux de chômage est galopant dans cette région et est même resté en dessous de la moyenne nationale (67% contre 38%). Le rapport indique que dans l’Extrême-Nord, les jeunes de 15 à 24 ans participent certes au marché du travail, mais sont en réalité dans un chômage déguisé, parce qu’étant presque dans des situations de sous-emploi.

Un individu est pauvre s’il vit dans un ménage qui dépense moins de 738 F.Cfa par jour et par adulte. Sur le plan de l’éducation, il y a encore des efforts à faire. Sa population jeune est sous scolarisée : 28,9%. Le taux le plus faible du Cameroun. En ce moment, une centaine d’écoles restent fermées. Sur un autre aspect, en 2010, les inondations ont mis 3000 personnes dans la rue. C’est donc sur ces réalités que Boko Haram surfe. Comme antidote, le gouvernement a annoncé un plan dit d’urgence qui vise à lutter contre la pauvreté, à créer des emplois, à faciliter l’accès à l’éducation, à promouvoir l’état de droit.