Deux ans plus tard, un iPhone volé à Lille resurgit au Cameroun

Après avoir perdu son téléphone dans un train à il y a plus d’un an, une journaliste française a été contactée récemment sur Whatsapp par un Camerounais qui lui demandait de débloquer le mobile

 

Si vous avez perdu votre iPhone en 2014, ne perdez pas espoir, il pourrait encore refaire surface dans des conditions suspectes à l’étranger.

C’est ce qui vient d’arriver à une journaliste française, qui a raconté sa drôle de mésaventure cette semaine sur Rue89. Après avoir perdu son iPhone 5c dans un train à Lille il y a un an et demi, un Camerounais l’a contactée sur Whatsapp récemment, pour lui demander de débloquer le mobile sous un prétexte fallacieux.

Face au refus de la journaliste, malgré les bonnes intentions affichées par son interlocuteur, l’homme a finalement abandonné en annonçant qu’il allait déposer cet iPhone au commissariat.

Voici l’histoire complète, racontée par la journaliste française en question :

Un an et demi après avoir perdu mon iPhone dans un train, un homme m’a contactée via WhatsApp. Il a mon téléphone et voudrait me le rendre. Problème, il habite au Cameroun et me demande de l’argent.
Mardi 24 mai, sur mon téléphone m’attendaient plusieurs notifications WhatsApp. Un numéro inconnu m’avait envoyé des messages pendant la nuit.

« Bonjour à vous. Je sais que vous devez probablement vous demander qui je suis. Rassurez-vous, je me nomme Pascal je vis au Cameroun. »

A ce stade-là de la conversation, je me demande qui est Pascal (le prénom a été modifié), et surtout comment il a eu mon numéro. Sans me laisser réfléchir bien longtemps, il m’envoie des photos. Un iPhone 5C rose. Et pas n’importe lequel. Mon iPhone rose. Ces photos m’ont ramenée un an et demi en arrière, par une froide journée d’hiver, peu avant Noël.

Ce jour-là, je pars de Lille pour passer les vacances dans ma famille, à Limoges. Soit un peu plus de six heures de train, au cours desquelles je ne fais que dormir. Tout d’un coup, j’entends « Arrivée Limoges Bénédictins », j’émerge, je prends le temps de rassembler mes affaires. Mais tout s’accélère :

« Arrivée Limoges Bénédictins. Trois minutes d’arrêt, trois minutes d’arrêt. »

Trois minutes ? Dans la panique, je fourre tout dans mon sac : magazines, livre, ordi, téléphone… A un moment donné, j’entends bien un « boum » mais n’y prête pas attention. Et je descends du train. Une fois sur le quai, je commence à chercher mon téléphone. Impossible de mettre la main dessus. C’était ça, le « boum ».

 

Un an et demi sans nouvelle
Vite je remonte dans le train, retourne voir à ma place, mais rien. Je redescends juste avant qu’il ne redémarre et aussitôt je me rends à l’accueil de la gare. Je leur indique mon train, mon siège et où devrait se trouver mon téléphone. On m’assure que les contrôleurs vont être avertis dès que possible pour aller le récupérer. Et je rentre chez moi.

Le lendemain, le service des objets trouvés de la SNCF est formel : non, mon téléphone n’a pas été retrouvé. J’ai alors compris qu’il me fallait faire le deuil de mon iPhone. Adieu salaire de l’été avec lequel je me l’étais offert. Adieu photos de ma chienne quand elle était bébé. Adieu numéro du mec charmant rencontré dans un bar quelques jours plus tôt.

Sur le Cloud, qui te permet théoriquement de récupérer tes données de l’iPhone après une perte ou un vol, je n’avais sauvegardé quasiment rien.

Je n’ai pu récupérer qu’une toute petite partie de mon répertoire, et de mes photos. Avec l’application « Localiser mon iphone », j’ai essayé de le retrouver. Mais il faut pour cela qu’il soit allumé et connecté au réseau. J’ai pu seulement activer le mode « Perdu », qui m’a permis de verrouiller mon téléphone à distance et de « fournir des coordonnées au cas où quelqu’un le trouverait ». Et je n’ai jamais eu de nouvelles.

Pendant un an et demi. Jusqu’à ce que Pascal me contacte et m’envoie des photos depuis le Cameroun.

Il m’implore de lui venir en aide
Ce mardi matin, Pascal m’explique alors qu’il a obtenu mon téléphone via une transaction. L’objet lui aurait« été donné en gage par un individu ». Problème : mon iPhone est inutilisable, car verrouillé. Il me demande alors s’il m’a été volé.

Je suis obligée de répondre que non, que je l’ai perdu et qu’on ne me l’a jamais rendu. Il continue son histoire :

« La personne qui me l’a donné en gage m’a dit qu’il lui avait été offert par sa tante venant d’Europe. Je suis vraiment dépassé, je vous assure. »

Ses justifications me semblent déjà un peu farfelues, mais après tout, pourquoi pas ? C’est là qu’il m’implore de lui venir en aide.

« J’aimerais que vous m’aidiez à le débloquer, au moins pour que je puisse l’utiliser ou au pire des cas le revendre pour récupérer mes sous, s’il vous plaît. »

Après un temps de réflexion de trois secondes, je refuse. Hors de question. Je fais partie de ces gens qui ne lisent jamais les conditions d’utilisation des sites, qui acceptent de relier leur téléphone à pleins de sites, et qui ont même leur numéro de compte en banque enregistré dans l’application dédiée. Je sais, ce n’est pas très malin, mais c’est tellement pratique.
Or, il n’était pas envisageable de donner les clefs de toute ma vie à un inconnu.

Devant mon refus ferme et définitif, il évoque la possibilité de me le renvoyer.

Il m’envoie ensuite des selfies de lui et me donne son nom sur Facebook. Autant d’éléments qui doivent me permettre de lui faire confiance afin de l’aider en lui donnant les codes de déblocage de mon iPhone. C’est toujours non.

 

Pour régler ses frais universitaires…
Dans un message vocal, Pascal m’explique alors qu’il a eu mon téléphone en gage d’un « soi-disant ami », en échange de 50 000 francs CFA (environ 76 euros). Il n’avait « aucunement l’intention de conserver ce téléphone ».

Mais depuis, cet ami est injoignable. Hors Pascal aurait besoin de récupérer son argent afin de régler ses frais universitaires. Il termine son message en me demandant de l’aider, mais comprendrait aussi que je refuse de lui donner mes codes.

Moi-même encore étudiante tout juste sortie d’école, je ne peux m’empêcher d’être touchée quand il m’affirme qu’avec cette histoire, « ses études universitaires sont menacées ». Mais ce n’est pas assez pour l’aider à débloquer mon iPhone.

 

Nous sommes dans une impasse
Je lui propose alors de me renvoyer mon téléphone en France, en espérant une récompense financière de ma part. A ce moment-là, je ne vois pas ce que je peux faire de plus. Mais Pascal n’a pas d’argent pour me renvoyer mon portable, ce que je peux concevoir.
Un colis envoyé du Cameroun vers la France n’est pas vraiment bon marché. « Au moins 50 euros », selon lui. Nous sommes alors dans une impasse, Pascal et moi. Moi je veux mon téléphone, lui veut son argent.

Mais aucun de nous ne fait confiance à l’autre. Il tente alors de détendre la conversation, me demandant comment je m’appelle, affirmant vouloir « qu’on reste en contact ». Mais moi je n’ai aucune envie de rester en contact avec le receleur de mon téléphone. Ce matin-là, j’interromps la conversation pour aller travailler.

 

« Vous voyez, je suis de bonne foi »
Le soir, Pascal me recontacte. « Bonsoir Sonia comment as-tu passé la journée, si je peux me mettre à te tutoyer. »
Froidement, je le ramène au seul sujet de conversation qui m’intéresse : mon iPhone, que je voudrais récupérer. Il m’assure qu’il me le renverrait, s’il pouvait.

Il me fait alors une proposition qui « repose juste sur la confiance ». Il propose de vendre son téléphone, ce qui lui permettra de payer ses études. En échange, je lui passe mes codes, comme ça il peut utiliser mon portable, et il n’a pas besoin de le revendre.

Comme ça il le garde et me le renvoie dès que possible.

Une fois de plus, je refuse. Je lui redis que mes codes sont non-négociables. Je lui propose de faire un échange avec une de mes amies vivant actuellement au Cameroun. Il lui redonnerait mon téléphone et elle lui donnerait 50 euros de ma part en dédommagement. Il accepte avec enthousiasme.

« Ça me pose pas de problème ! ! ! Vous voyez que je suis de bonne foi. »

Sauf que finalement les 50 euros que je lui propose ne lui suffisent pas. Je le reconnais volontiers : je commence alors à perdre patience. Il me demande de le comprendre, de l’aider, d’avoir du cœur, de faire preuve d’humanité, m’assure qu’il n’est pas méchant, qu’il est un bon catholique, intègre et qu’il se trouve juste dans une situation désespérée.

 

« Je m’en lave les mains »
De guerre lasse, je lui dis de revendre mon portable en espérant qu’un jour il tombe entre les mains de quelqu’un qui se satisfera des 50 euros que je propose en échange pour racheter mon propre téléphone.

Nos négociations ont duré toute la semaine et plusieurs dizaine de messages sur WhatsApp. Sans aboutir à un compromis. Enervé et déçu de mon inflexibilité, Pascal finit par m’écrire : « Je vais remettre ce phone aux autorités laissant une décharge, ils sauront quoi en faire. Je m’en lave les mains, définitivement. »

Et depuis, plus rien.

Actuellement, je n’ai aucune idée d’où se trouve mon iPhone. Est-ce que Pascal l’a toujours ? Je sais seulement qu’il n’a pas encore été démantelé en petites pièces et j’ai repris un espoir de pouvoir un jour récupérer mon téléphone, quand il aura fini de faire le tour du monde.