Des Twin Towers à Charlie : les nouvelles tendances terroristes

Janvier 2015. Le monde entier assiste avec sidération aux attentats de Paris. Près de quinze ans après le 11 septembre, les modes d’action du terrorisme et ses acteurs ont beaucoup évolué et la radicalisation gagne les jeunes Occidentaux. Qui sont les nouveaux commanditaires ? Quelles sont leurs stratégies de recrutement ? Quelles solutions s’offrent à nous pour lutter contre cette radicalisation ? Extrait de “Terreur – la nouvelle ère, des Twin Towers à Charlie”, de Mathieu Guidère, publié aux éditions Autrement (1/2).

les idées et les idéologies ont tendance à survivre à la mort de leurs auteurs. Lorsque Ben Laden fait renaître l’idée de jihad et lance son Front islamique mondial pour le jihad contre les juifs et les croisés (1998), peu de gens le prennent véritablement au sérieux. On connaît la suite des événements, avec d’abord les attentats du 11 septembre 2001 comme acte fondateur de cette idéologie mortifère, puis la sophistication technologique que lui donneront ses jeunes partisans et continuateurs.

Aujourd’hui, le jihadisme en tant que doctrine religieuse et en tant que mode d’action est une réalité indéniable qui continue de séduire des milliers d’individus, à la fois dans les pays musulmans et, au-delà, dans les démocraties occidentales. La mort de Ben Laden en mai 2011 n’a pas modifié fondamentalement la donne. Bien au contraire, d’une organisation centralisée et fortement hiérarchisée, Al-Qaïda s’est fragmentée et a donné lieu à une multitude de filiales concurrentes et tout aussi dangereuses, au Yémen, au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, au Levant et, plus récemment, dans le sous-continent indien.

La guerre contre le terrorisme n’a pas eu les résultats escomptés et conduit, dans certains cas, à renforcer des groupes mineurs en braquant sur eux les projecteurs médiatiques et en donnant à leurs actions criminelles un retentissement international.

Ainsi, la tendance jihadiste, qualifiée de « terroriste », a connu au cours des deux dernières décennies un essor exceptionnel. Elle regroupe, depuis 2001, tous les groupes de la mouvance d’Al-Qaïda : Al-Qaïda en Mésopotamie (Aqme), Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (Aqpa), Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Al-Qaïda dans le sous-continent Indien (Aqsi), Shebab al-Moudjahidines (Somalie) et Boko Haram (Nigeria), sans oublier quelques groupuscules au Sahel et au Proche-Orient.

Ces formations jihadistes sont le principal danger qui menace tout à la fois les intérêts occidentaux et les gouvernements musulmans parce qu’elles continuent de prôner la violence et de rejeter en bloc le système politique existant. Elles refusent tout compromis sur les thèses fondamentalistes et se positionnent, de façon virulente, aussi bien contre les autres tendances islamistes que contre les démocraties occidentales, accusées de tous les maux.