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DES MILITAIRES ACCUSÉS D’EXACTIONS MEURTRIÈRES

DES MILITAIRES ACCUSÉS D’EXACTIONS MEURTRIÈRES

Deux personnes interpellées au cours d’une patrouille trouvées mortes.

Dans le petit village de Mada, peuplé d’environ 1000 âmes et situé à 7 kilomètres de Makary dans le Logone et Chari, c’est la consternation. Les parents d’Adoum Gawa et de Kamis ne savent plus à quel saint se vouer, ni à quelles portes frapper pour connaître la vérité. «Nous avons appris qu’ils sont morts et que leurs corps avaient été enterrés dans les environs du village Doubabe Algos, non loin de Maltam», renseigne un proche d’Adoum Gawa dont la silhouette de callboxeur était bien connue ici.

Lui-même n’a pas vu les corps. «Quand ils partaient d’ici, ils étaient déjà suffisamment amochés. Leurs compagnons d’infortune nous ont expliqué au téléphone qu’ils sont morts à la suite des bastonnades reçues ici», poursuit le membre de la famille du callboxeur porté disparu. Selon de témoignages concordants, ils ont été enterrés le 25 novembre 2014 dans le village Doubabe Algos, non loin de Maltam. C’est que, deux jours auparavant (Ndlr le 23 novembre 2014), une patrouille militaire est arrivée dans cette bourgade aux environs de 5 h du matin et a entrepris de perquisitionner toutes les maisons dans le cadre de la lutte contre Boko Haram.

Au cours de la battue, 36 personnes sont interpellées dont le fils du chef du village, le nommé Maïna Salé, pharmacien à l’hôpital helvétique de Mada. Les militaires saisissent également chez lui une forte somme d’argent. «J’étais couché sur mon lit quand ils sont entrés dans ma chambre et ont tiré un coup de feu. Ils ont voulu connaître la provenance de l’argent qui s’y trouvait et je leur ai expliqué qu’en plus de mon travail de pharmacien, je fais aussi du commerce de maïs et d’haricot depuis longtemps», explique le pharmacien qui sera détenu pendant deux jours à Makary avant d’être relâché.

Maïna Salé n’est pas rentré en possession de son argent au moment de sa libération. «J’avais en ma possession 7 millions de nairas (20 millions Fcfa environ) quand les militaires sont entrés dans ma chambre. Mais au moment de faire les comptes à Makary en présence d’un colonel et du patron de la compagnie de gendarmerie, il n’y avait plus que 5 millions de nairas (15 millions Fcfa environ). Le colonel m’a rassuré qu’une enquête allait être ouverte pour retrouver l’argent perdu», conclut Maïna.

Six autres personnes interpellées ce 23 novembre 2014 ont aussi été remises en liberté, entre Figuil et Garoua. Quant aux 29 autres, difficile de les localiser pour l’instant. «Ils sont en prison à Garoua», indique toutefois le frère d’un suspect. Approchés, des responsables de l’armée ont déclaré qu’ils ne commentent pas les enquêtes en cours. Il reste tout de même que la multiplication d’exactions enregistrées ces derniers mois du fait de quelques brebis galeuses peut affecter sérieusement la confiance d’une partie de la population.

«Quand ils sont arrivés, ils ont demandé à des jeunes qui se baignaient près d’une borne fontaine de présenter leurs cartes nationales d’identité. Or à 5h30, beaucoup les avaient laissées chez eux et ont demandé à aller les chercher. Ils ont été bastonnés et nombreux sont ceux qui se trouvent encore à l’hôpital de Mada», informe Moussa. «L’armée doit faire son travail et nous sommes contents de son travail. Mais quand certains de ses éléments nous traitent comme des citoyens de seconde zone, Nous sommes inquiets, très inquiets même.

Certains militaires arrachent nos biens au prétexte de lutter contre Boko Haram. Si nous avons peur de Boko Haram et que nous avons aussi peur des militaires, où trouverons nous refuge ?», s’interroge Mahamat, un habitant de Mada.

 

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