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Depuis la prison de New-Bell, Paul Eric Kingue rend hommage à son «complice et confident» Lapiro de Mbanga dont les obsèques auront lieu ce week-end aux États-Unis

Depuis la prison de New-Bell, Paul Eric Kingue rend hommage à son «complice et confident» Lapiro de Mbanga dont les obsèques auront lieu ce week-end aux États-Unis

«Gars ! Lorsqu’il y a un mois tu m’annonçais ta fin proche, j’ai eu pour la première fois, peur ! Peur de te perdre, peur de rester seul dans le combat que nous projetions, peur surtout de voir le Cameroun perdre une valeur combattante sûre, telle qu’on en voit rarement aujourd’hui dans notre pays.»

Contacté pour avoir sa réaction à l’annonce le dimanche 16 mars 2014 du décès soudain aux États-Unis de Sandjo Lambo Pierre Roger alias Lapiro de Mbanga, le célèbre détenu de la prison de New-bell, Paul Eric Kingué, n’a poussé qu’une seule petite phrase mais ô combien lourde d’émotion. «Je suis effondré».

Profondément bouleversé depuis lors, l’ancien Maire de Njombé Penja dans le département du Moungo région du Littoral, s’est remis de ses émotions et a pu rédiger ce jour de début des obsèques de l’illustre disparu, un texte qui rend hommage à Lapiro de Mbanga.

Dans son témoignage, Paul Eric Kingué révèle que Lapiro de Mbanga, tel un prophète, avait vu sa mort venir. «Gars ! Lorsqu’il y a un mois tu m’annonçais ta fin proche, j’ai eu pour la première fois, peur ! Peur de te perdre, peur de rester seul dans le combat que nous projetions, peur surtout de voir le Cameroun perdre une valeur combattante sûre, telle qu’on en voit rarement aujourd’hui dans notre pays». Des propos qui donnent aujourd’hui à comprendre encore plus la déclaration de Jacob Nguni, célèbre guitariste et ami du défunt qui a partagé les dernières heures sur terre de Sandjo Lambo Pierre Roger. «Il s’agit d’un acte criminel de la part des autorités camerounaises. Lapiro est mort d’une maladie qui avait été détectée dès sa première année en prison… Un ordre explicite avait été donné de ne pas le soigner. Cette information avait été communiquée à Lapiro lui-même pendant qu’il était derrière les barreaux… Au moment où il sort de prison et qu’il arrive finalement aux USA, il était un peu trop tard pour le sauver… Lapiro avait été curieusement libéré parce que les autorités camerounaises, qui connaissaient la vérité sur sa maladie, ne voulaient pas qu’il meurt en prison… » affirmait Jacob Nguni depuis Buffalo, une ville située au Nord de l’Etat de New York.

Paul Eric Kingue, homme politique militant du RDPC et l’artiste Lapiro de Mbanga ont vu leur vie basculer un jour de février 2008. A la suite d’une révolte de la population dans plusieurs villes du Cameroun contre la vie chère, ces deux personnalités accusées d’avoir profité de ces émeutes pour organiser des destructions à Njombe Penja et Mbanga leurs localités respectives, se sont retrouvées incarcérées à la prison de Nkongsamba.

A en croise certaines sources, c’est à partir de ce pénitencier du chef lieu du département du Moungo que Paul Eric Kingue alors Maire de Njombe Penja et Lapiro alors chef traditionnel de 3e degré quartier 12 de Mbanga sont devenus des «frères». «Nous avons été si proches que nos journées en prison paraissaient si courtes, parce que précisément, nos échanges étaient si intenses» précise Paul Eric Kingue.

Lors des premières audiences au palais de justice de Nkongsamba situé à un jet de pierre de la prison, l’image des poignets de Paul Eric Kingue et Lapiro de Mbanga attachés avec des menottes se rendant à pied au tribunal, n’avait pas manqué de choquer le monde entier. Finalement condamnés, les deux «complices» se sont retrouvés à la prison centrale de New-Bell à Douala. En 2011, Lapiro de Mbanga retrouve la liberté après trois ans de détention «arbitraire» alors que son «ami de galère» Paul Eric Kingue demeure «injustement» derrière les barreaux.

Adeline Atangana


HOMMAGE DE PAUL ERIC KINGUE A LAPIRO

Lapiro !

Tu me laisses sans voix ! Je suis sans voix depuis ton départ … incapable de réagir !

Il y a exactement dix mois, tu m’annonçais le pire à venir !

Mais parce que chrétien convaincu, mon espoir de voir les choses arriver autrement que par la force de Notre Créateur, était resté vif. Pourtant, le pire tant redouté est arrivé, loin, mais si loin de moi, ne me laissant aucune possibilité de te dire vivement adieu.

Gars ! Comme tu aimais si bien m’appeler, tu étais un aîné, mais par la force des choses, tu es devenu un frère, un confident, un conseiller, et pour les trois (03) années que nous avons passées ensemble en prison, un ami de galère. Nous avons été si proches que nos journées en prison paraissaient si courtes, parce que précisément, nos échanges étaient si intenses.

Gars ! Lorsqu’il y a un mois tu m’annonçais ta fin proche, j’ai eu pour la première fois, peur ! Peur de te perdre, peur de rester seul dans le combat que nous projetions, peur surtout de voir le Cameroun perdre une valeur combattante sûre, telle qu’on en voit rarement aujourd’hui dans notre pays.

Lapiro ! Ton combat pour la prise en compte des plus faibles et pour le renforcement d’une véritable justice sociale restera ce que les camerounais dans leur grande majorité, retiendront de toi.

Quant à moi, pour avoir vécu avec toi quotidiennement pendant plus de mille (1.000) jours, ta simplicité, ta sincérité, ton sens de l’humour, ton amour pour tes semblables et pour ton pays, ta générosité, faisaient de toi un être exceptionnel que Dieu Tout Puissant m’a permis de côtoyer ces dix (10) dernières années.

Nous avons été injustement accusés d’avoir détruit nos localités respectives, sans qu’il y ait un seul instant, un intérêt à le faire.

Enchaînés et traînés dans les rues de Nkongsamba comme de vulgaires braqueurs, nous avons bravé sous les regards ahuris des populations de cette ville, l’humiliation, l’opprobre, parce que convaincus au fond de nous-mêmes, de notre innocence.

Nous restons innocents, malgré les décisions d’une justice humaine visiblement assassine qui a réussi à te précipiter à la mort.

Il y a une vingtaine de jours, tu m’annonçais cette fois-ci ton coma proche, mais malgré ton courage, je n’avais pu être ébranlé parce que convaincu que tu allais t’en tirer.

La mort a finalement eu raison de toi, mais sois rassuré, je continuerai nos deux combats, sans faiblesse ni relâchement, malgré ma situation d’incarcération actuelle.

Gars ! Sans remords et sans haine, Go bifo… Go bifo…

Ton héritage est lourd mais pas impossible à assumer. Je l’assumerai ! Tels sont mon engagement et ma promesse.

Tu nous laisses une progéniture que nous n’abandonnerons jamais jusqu’à ce que soit arrivé notre tour de quitter cette terre.

Adieu, Go bifo… et repose en paix, vaillant frère !

 

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