DECLARATION DU DEPUTE JEAN MICHEL NINTCHEU A PROPOS DE LA LOI PORTANT REPRESSION DES ACTES DE TERRORISME

DECLARATION DU DEPUTE JEAN MICHEL NINTCHEU A PROPOS DE LA LOI PORTANT REPRESSION DES ACTES DE TERRORISME

La loi portant répression des actes de terrorisme qui vient d’être adoptée par le Parlement consacre en tout point de vue le recul cinquantenaire de notre quête de liberté si chèrement acquise au tout début de la décennie 90, au prix des vies humaines tombées sous la soldatesque de M. Biya.  Sous l’instigation de l’exécutif en fin de règne, les députés et sénateurs du parti-Etat ont validé, toute honte bue, le projet funeste d’instauration de la Gestapo dans notre pays. La liberté d’expression et la liberté de manifester pourtant garanties par notre Constitution, viennent d’être vouées aux gémonies par ceux-là mêmes qui sont censés les protéger et qui ont de surcroît prêté serment pour agir au nom du peuple et pour le peuple.
 
Désormais, malgré  le juridisme de débrouillardise contenu dans les propos du Garde des sceaux lors de la défense de ce projet de loi hitlérien, si vous exprimez publiquement et même à l’Assemblée nationale votre désaccord politique sur une position prise par le gouvernement ou M. Biya, vous êtes assimilé à un terroriste et passible de la peine de mort. Si un journal relaie dans ses colonnes la position d’un citoyen ou même d’un député lors des questions orales aux membres du gouvernement au Parlement, le Directeur de publication et/ou le signataire de l’article en question peut être assimilé à un terroriste ou à quelqu’un qui fait l’apologie du terrorisme et de ces faits est passible de la peine de mort, quand ladite position n’arrange pas le gouvernement ou M. Biya. Si un parti politique,une organisation de la société civile ou un syndicat organise une manifestation pacifique pour faire reculer le pouvoir sur une décision qui met à mal la démocratie et les droits reconnus par la législation en vigueur, la peine de mort sera requise par les tenants du pouvoir à l’encontre des initiateurs de la démarche. Une telle infraction n’existe dans aucun pays au monde, même en Corée du Nord. Il n’est pas question pour moi ici de défendre le terrorisme qui est un acte lâche et barbare perpétré par des personnes ignobles qui n’ont aucun respect pour la dignité et les vies humaines. On aurait pu comprendre cette loi si, en plus de ne pas comporter pas les dispositions liberticides contenues dans l’article 2, elle définissait sans ambigüité, en s’appuyant sur la Résolution 2161 de 2014 du Conseil de sécurité des Nations Unies, le terrorisme comme étant« un phénomène résultant des extrémismes violents liés aux activités des terroristes étrangers ».  Malheureusement l’exécutif a dans son exposé de motifs cru devoir s’appuyer sur la résolution 2178 du 24 septembre 2014 du Conseil de sécurité de l’ONU qui vient juste d’être votée par le Parlement et qui, comble du ridicule, n’a même pas encore été promulguée par le Président de la République. Dans leur obsession frénétique à vouloir à tout prix faire passer la fameuse loi en cette veille d’alternance qu’ils savent à juste titre imminente, M. Biya et ses oligarques ont été fébriles au point d’ignorer qu’en plus de notre Constitution qui consacre dans son Préambule la liberté d’expression, le Cameroun a ratifié des Conventions et des Traités internationaux qui rendent caduques les lois nationales au cas où celles-ci comportent des dispositions contraires.
 
L’ordre régnant a été tellement fébrile lors de la rédaction de cette loi au point d’ignorer que le Cameroun a ratifié la Charte africaine de la démocratie, des élections et des droits de l’Homme qui dispose ce qui suit :
 
Article 6 : « Les Etats parties doivent s’assurer que les citoyens  jouissent effectivement des libertés et des droits fondamentaux de l’Homme ».
Article 8 : « Les Etats parties éliminent toutes les formes de discrimination en particulier celles fondées sur l’opinion politique ».
Article 27 alinéa 8 : « Les Etats parties s’engagent à promouvoir la liberté d’expression ».
 
Seule la perspective de la perte du pouvoir, balayés par le peuple, peut les conduire à une telle forfaiture.
 
Sans avoir besoin de spéculer davantage sur les incongruités juridiques contenues dans cette loi qui vise essentiellement à justifier en cette fin de règne les exactions sanguinaires et autres éliminations politiques,  il est évident que les auteurs de ce complot contre le peuple camerounais souverain sont terrorisés par la bourrasque qui a récemment emporté Blaise Compaoré et son régime. Le vaillant peuple burkinabé a pris son destin en main pour pourchasser le dictateur Blaise Compaoré qui, après une élection présidentielle prétendument gagnée avec un score à la soviétique comme ici au Cameroun en 2011, s’apprêtait à modifier la Constitution de son pays pour s’éterniser au pouvoir. M. Biya, à travers le déni de démocratie perpétré le jeudi 4 décembre dernier, croit être en mesure de contenir le peuple. Il se trompe grandement.
 
Une chose est certaine : ce n’est pas à travers des artifices désespérés que M. Biya va empêcher sa sortie de scène qui est par ailleurs imparable. Aucun artifice de ce type n’a jamais eu raison d’un peuple déterminé. Même les dictatures les plus obscurantistes comme celles de IDI Amin DADA en Ouganda, de Mobutu à l’ex-Zaïre, de Bokassa 1er en République centrafricaine, de Duvalier en Haiti et longtemps avant eux de Staline en ex-URSS et de Mussolini en Italie, ont été emportées par des soulèvements populaires pour n’avoir pas entendu les cris du peuple. M. Biya se trompe d’époque. Il semble oublier que l’insurrection populaire est consacrée par la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1793 qui dispose en son article 35 ce qui suit : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».
 
A travers cette loi, M. Biya veut imposer aux camerounais le devoir de soumission et l’obligation de se taire. L’exigence de jouir de ses droits des plus fondamentaux et le refus de se taire face aux dérives totalitaristes d’un régime permanemment aux abois ne sauraient constituer un délit de terrorisme. Que ce soit pour lui-même ou pour ses dauphins putatifs, programmés ou autoproclamés, c’est inacceptable. Aucun républicain encore moins un patriote ne peut tolérer cet ostracisme institutionnalisé. 
 
Pour terminer, l’Histoire retiendra que mon parti, le SDF, s’est battu à l’Assemblée nationale pour que cette loi ne passe pas. Elle est malheureusement passée comme lettre à la poste. Du fait de la prépondérance numérique mais trompeuse sur le terrain des députés du parti-Etat. Ce n’est que partie remise. Les responsables de cette forfaiture de trop qui sont par ailleurs connus, sont désormais exposés au jugement de l’Histoire de notre Nation. Point question pour eux dans un futur proche de chercher à quitter le radeau de méduse à la recherche d’une quelconque bouée de sauvetage pour s’enfuir. Cette loi à elle seule a déjà permis au peuple de les identifier clairement.

Fait à Douala le 07 décembre 2014
 
Honorable Jean Michel NINTCHEU
Député de la Nation

 

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