Déclaration de la comicodi sur la situation de la cohésion nationale, de la fraternité, du sentiment et de fierté citoyenne au cameroun: comprendre le drame de kousseri

L’histoire de l’humanité s’écrit bien souvent, en lettres de sang, de larmes et de remords. Patrice Lumumba l’avait déjà dit dans une dernière lettre parvenue à son épouse Pauline. Les drames à l’instar de celui qui précipita l’Europe dans la guerre de 1914-1918, ou encore des massacres de mai 1955 à Douala qui précipitèrent le mouvement nationaliste camerounais dans la clandestinité et la violence défensive, ont changé complètement le cours du destin des peuples. Nous devons apprendre de ces expériences historiques, pour fonder notre réflexion et orienter notre conduite.Chaque drame, que l’on le juge dans un sens ou dans un autre, porte la marque des contorsions sociales et politiques qu’il est difficile d’évacuer avec légèreté, suffisance, dédain ou insouciance. C’est toujours une faute grave aux conséquences incalculables, de ne pas savoir, vouloir ou pouvoir comprendre toutes les leçons, conséquences et attentes qui résultent d’un drame. Il y a donc toujours un message, et dans certains cas un message fort.

Le 15 juillet 2017, un jeune gendarme juste âgé de 23 ans, répondant au nom de Jude Woumessi, en poste à Kousseri, ville frontalière avec le Tchad, dans la région de l’extrême nord, a froidement abattu son supérieur hiérarchique ainsi que trois de ses collègues. Notre presse, plus prompte à valoriser l’expansion des nouvelles dramatiques dans leur simple dimension événementielle, banalement sentimentale et cruellement sensationnelle, n’en n’a tiré que des épithètes subjectives. Pendant ce temps, la haute hiérarchie institutionnelle, n’a pas semblé y voir autre chose au-delà d’un acte de folie, de manque de retenue, d’errements ponctuels et de rupture inacceptable de la chaîne de commandement.

Nous avons pris du recul, essayé de comprendre, tenté de capter le message et décidé de porter le deuil, pour la nation, l’Etat, la République et la société Camerounaise, autant que pour les familles prises individuellement, les camarades d’armes et les amis.

Le message de Kousseri est d’une éloquente et déterminante interpellation. Où allons-nous ? Que sommes-nous devenus ? Comment en sommes-nous arrivés là, et qu’attendre des lendemains ? Une enquête auprès des citoyens de tous les bords, voire des hommes en tenue comme on le dit, révèle des frustrations profondes aboutissant à une accumulation des haines, des désirs de vengeance voire des suicides.

Nous sommes parvenus à construire une société où presque 80% des personnes ne sont pas à leur place, où le mérite et la compétence ont disparu, où la simple fraternité, le sentimentcitoyen et la fierté nationale n’existent plus que de façon relative. C’est grave. Le pays est dans une situation où l’on entend des citoyens clamer chacun qu’il a gardé dent à quelqu’un, qu’il a aiguisé et gardé son couteau.

La perdition, la délation et la haine ont pris le pas sur l’espoir et l’amour, et les gens ne croient plus en rien ni à rien.

La période actuelle des concours officiels, montre à quel point, une jeunesse est déboussolée, ne croyant plus au mérite social et institutionnel, que par les travers de la corruption et du favoritisme. Les enfants sont friands des exemples de camarades nantis de faux diplômes qui tiennent de hauts postes au sommet, ou encore des derniers de la classe qui roulent carrosse et sèment le vent dans les rues de la joie et les lieux de luxe insolents. Les frustrations sont immenses et parcourent tous les corps, y compris dans le secteur privé.

Des innocents croupissent en prison, y compris des enfants à peine adolescents, pendant que les auteurs d’actes les plus répréhensibles, des criminels en col blanc et des faiseurs des malheurs de notre société, jouissent non seulement d’un pouvoir d’ostentation, mais encore des fruits de leurs choquantes rapines.

Non, ne traitez pas de fous, de défroqués ou de perdus, les enfants qui ruminent des vengeances tenaces. Nous risquons d’aggraver le mal au lieu d’essayer de le comprendre pour ensuite nous corriger et redonner un sens positif et prometteur à la société camerounaise. Nulle part la probité morale n’a tenu et ne tient plus de raison. Partout des diables de la discrimination, de la corruption, de la débauche bordelle, de la tromperie, de la fraude et de la tricherie ont allumé les feux de Lucifer et crucifient les justes sans pitié et impunité. Il n’y a plus ni justice ni honneur ni honte, quand les tribunaux rendent des décisions selon la fortune des justiciables, et quand les sanctions et les promotions, partout, sont de la couleur de la jupe et de la clameur des régions ethniques.

Voilà peut-être le message de Kousseri, avec ses leçons pour nous tous, responsables et administrés, citoyennes et citoyens ordinaires, jeunes et adultes. Que nul pasteur, curé ou porteur des lumières infâmes des églises dites réveillées ne viennent nous distraire. Le mal est profond.

Le sursaut s’impose, et le réveil est urgent, pour qu’enfin, nous assumions de haut en bas et du bas en haut, la prise en charge véritable de notre destin collectif. MAIS QUE FAIRE ?

Nous sommes condamnés à nous entendre, à construire notre pays, à bâtir une société honnête et prospère, donc à vivre effectivement ensemble. Mais vivre ensemble c’est vivre dans une société honnête, et selon des règles et des lois acceptées par tous./.

Le 24 Juillet 2017

Le président de la CommissionSHANDA TONME

Médiateur universel