DEBACLE DES LIONS INDOMPTABLES AU MONDIAL DE FOOTBALL 2014 : UNE EQUIPE DE FOOTBALL A L’IMAGE DE SON PAYS.

DEBACLE DES LIONS INDOMPTABLES AU MONDIAL DE FOOTBALL 2014 : UNE EQUIPE DE FOOTBALL A L’IMAGE DE SON PAYS.

Bien avant le début de la Coupe du Monde de Football qui se joue actuellement en terre brésilienne, j’étais loin d’imaginer notre équipe fanion, les lions jadis indomptables franchir le précaré des 16ème de finale de cette compétition de haut niveau. Aujourd’hui les faits confirment que je n’ai pas eu tort d’être pessimiste ou mieux réaliste.

Pourquoi ce pessimisme/réalisme que certains amis qualifiaient déjà d’antipatriotisme ? La réponse à cette question trouve son fondement dans l’idée que je me fais de mon pays et de la manière dont il est dirigé. A l’entame de cette compétition, le Révérend père Ludovic LADO disait à propos des Lions indomptables, qu’il est impossible à un cactus de produire des mangues. Entendons par là qu’il n’est pas possible à l’Etat actuel de la gouvernance de notre pays en général et du sport en particulier que les Lions indomptables puissent gagner une compétition d’un niveau aussi élevé, encore moins franchir le cap du premier tour.

Et l’inéluctable réalité vient de nous donner raison : Les lions jadis indomptables du Cameroun éliminés au premier tour avec un seul but marqué contre neuf buts encaissés en 03 matchs seulement, sans oublier la manifestation en mondovision d’une indiscipline qui nous rappelle une horde de sauvages lâchés dans une arène sans juges où tous les coups sont permis, même en direction des coéquipiers. Inadmissible ! Conclura même le « très patriotique » canard national Cameroon tribune. Moi je dirais de ce bilan catastrophique qu’il est lamentable, pitoyable, pathétique.

Reconnaissons néanmoins une fois les émotions passées que, comme dans les autres disciplines sportives et dans tous les domaines de la vie de notre nation, le football n’avait aucune chance de marcher au cours de cette compétition. Ne demandons pas à nos jeunes joueurs de produire des miracles qui nous auraient fait gagner la coupe du monde, alors même que la préparation de ladite compétition a été entachée d’imbroglios de toutes sortes qui ne laissaient rien de bon présager à l’horizon.  Je ne m’attarderai pas sur les problèmes de primes dont la survenance une énième fois était loin de me surprendre, puisqu’ils datent de Mathusalem.

Malgré leur récurrence les lions ont souvent eu à gagner des compétitions de haut niveau à l’instar des deux Coupes d’Afrique des Nations successives des années 2000 et 2002. Sans négliger l’impact significatif que ce problème a pu avoir sur la prestation médiocre des lions, je voudrais simplement mettre en relief qu’en d’autres occasions, ils avaient pu le surmonter et ils auraient pu le surmonter encore, si les autres conditions nécessaires et suffisantes avaient été réunies.

Une mauvaise organisation

Le Cameroun est le seul pays dans cette compétition qui se soit fait représenter non pas par une fédération en bonne et dû forme mais par un comité dit de normalisation.  La première erreur à mon humble avis, vient de cette anomalie car l’on ne saurait être en même temps en train de normaliser et en train de préparer une compétition. De manière triviale, c’est comme si on demandait à un artiste d’exposer une œuvre incomplète. Avant d’aller plus loin, je souhaiterais quand même poser cette question qui me taraude l’esprit à savoir : qu’est ce qui est a pu anormaliser ainsi notre football ?

La pérennisation d’une organisation dépend de la faculté de ses dirigeants à appliquer méticuleusement et avec le plus de rigueur possible, les textes qui régissent son fonctionnement. Dès lors qu’une organisation cesse d’agir dans ce sens et qu’elle commence à s’identifier aux individus qui la gèrent, elle signe inévitablement son acte de décès. La Fécafoot qui est resté pendant très longtemps engluée dans ce dualisme néfaste ne pouvait pas déroger à ce principe. Du temps du président IYA, l’on a cessé de voir en la Fécafoot, un organisme public chargé de gérer les intérêts de la collectivité footballistique nationale mais plutôt une organisation privée, avec des textes taillés à la mesure des désidératas de son Président.

La Fécafoot s’étant personnifiée en IYA, il était devenu impossible de la gérer en son absence. L’on se souvient encore que le défunt ATEBA EYENE de son vivant disait que les textes régissant la Fécafoot étaient tels que même le Pape candidat aux élections pour la présidence de cette institution, n’aurait vu que du feu devant IYA. En témoignent encore les défaites fracassantes de ceux qui ont osé le défier (NGUINI EFFA, NKOU MVONDO) et la réélection de sa liste à la tête de la présidence de la Fécafoot, malgré son incarcération quelques jours plutôt, dans la stupéfaction totale du peuple camerounais en général et des acteurs du football en particulier. Doit-on comprendre que Monsieur IYA était tellement bon gérant de la Fécafoot que même la « présomption de culpabilité » qui pesait sur lui en ce moment, dans le cadre de ses responsabilités à la SODECOTON n’a pu ébranler son enracinement dans cet organisme ? Au point où après la déculottée du onze camerounais, quelques nostalgiques se trouvent encore à vous demander : est ce encore la faute à IYA ?

Voilà le genre de comportements qui plombent le fonctionnement de nos institutions et le Cameroun avec. De même que la Fécafoot n’est rien sans IYA, l’Assemblée nationale de notre pays n’est rien sans CAVAYE YEGUIE comme Président, la Mairie de Mora n’est rien sans son très charismatique et incontournable premier et unique Maire ABBA BOUKAR en poste depuis 33 ans, le gouvernement du Cameroun n’est rien sans Amadou ALI à un poste ministériel, la Croix Rouge camerounaise n’est rien sans ETEKI MBOUMOUA à sa tête, pour abréger cette liste non exhaustive, l’Etat du Cameroun n’est rien sans Paul Biya à Etoudi. Ce qui en toute aise, nous permet de dire que l’absence de ces individus causera autant de troubles à ces institutions que l’absence d’IYA en a causé à la Fécafoot. Quiz pour l’Etat du Cameroun, combien de temps prendra son inévitable normalisation et qui en sera le Président du comité ? Affaire à suivre.

Revenons au football pour dire que normaliser notre football nécessitait à mon humble avis un arrêt des activités footballistiques, du moins à l’échelle internationale pour mieux se concentrer sur l’identification des facteurs qui bloquent son épanouissement,  mieux les analyser pour dégager des mesures efficaces susceptibles de le propulser à nouveau vers les sommets. Il est clair qu’au vue du délabrement actuel de notre football, limiter sa refondation à une simple révision des textes, serait faire preuve d’un aveuglement grave.

Réécrire les textes, renouveler les acteurs, réorganiser le fonctionnement des institutions responsables de sa gestion, bref refonder le système footballistique national dans son ensemble, voilà comment une telle procédure aurait pu réussir. Cela demandait pour y parvenir que l’Etat du Cameroun prenne la courageuse décision de s’abstenir des compétitions organisées par la FIFA pendant un certains temps, quitte à payer à cette dernière les pénalités conséquentes. Nous perdons déjà beaucoup d’argent en allant jouer les figurants, peut être en aurions-nous moins perdu en n’y allant pas du tout.

L’impréparation et l’improvisation

Le deuxième facteur de la déculottée des lions jadis indomptables du Cameroun, se trouve dans l’impréparation et l’improvisation dont ont fait montre les dirigeants du Football. Il se dit communément que celui qui veut aller loin, doit ménager sa monture. En droite ligne avec cet adage populaire, Abraham LINCOLN disait : « Donner moi six heures pour abattre un arbre et je passerai les quatre premières heures à affûter ma hache ». Selon le Très Grand précurseur chinois SUN TSE dans l’art de la guerre, tout le succès d’une opération réside dans sa préparation. Nous comprenons ici toute l’importance que revêt la préparation dans l’atteinte des objectifs que l’on se fixe.

Une bonne préparation aurait certainement permis aux Lions et à leur encadrement d’affiner les meilleures stratégies possibles pour affronter la compétition. Mais que devions-nous espérer lorsque pour les seules éliminatoires, nous avons utilisé trois entraîneurs et parmi lesquels deux grands médiocres ? Avec quels joueurs espérions-nous jouer lorsque la Direction Technique Nationale ne fait pas son travail qui consiste à détecter de nouveaux talents et à les mettre à la disposition des encadreurs de l’équipe nationale ?

Que pouvions-nous faire lorsqu’au plus haut niveau de décision en matière de sport, il n’existe aucune politique du football camerounais ? Quelle prestation espérions-nous, lorsque nos soldats du football à qui revient la responsabilité de combattre pour la nation, ne sont même pas investis de la flamme patriotique qui aurait pu, au dessus de toute autre considération les pousser à défendre les couleurs nationale avec plus de hargne et de volonté ?
Aujourd’hui, une certaine opinion qui n’a encore rien compris du fonctionnement de notre pays, demande à ce que les primes perçues par les Lions soient remboursées. A qui et pourquoi ?

Avec cet argent dit-on sur Canal 2 International, l’on pourrait financer les orphelinats et autres établissements actifs dans le social. Okay !!! Est-ce à la suite de la débâcle des Lions qu’on se rend compte de l’existence des orphelinats au Cameroun ? Ainsi donc les méchants c’est les Lions indomptables et les bons c’est la Présidence de la République qui a décaissé plus d’un milliard de nos francs à la dernière minute, pour satisfaire les joueurs. Vive donc Popol et à mort Samuel Eto’o et sa bande ? Je vois vers quoi on se dirige mais moi je vous dis encore comme SUN TSE que : « Si le général est généreux, mais incapable de diriger, bienveillant, mais incapable de rétablir l’ordre, ses soldats, tels des enfants gâtés, seront inutiles. » Dès lors, qui doit-on blâmer : Le Général ou la troupe ?

Loin de jeter en pâture nos frères comme le demande une certaine opinion, je pense qu’il est temps de prendre du recul, de mieux nous asseoir pour repenser notre football. Au lieu de chercher des boucs émissaires dont la saignée publique est loin d’étancher notre soif de victoire, il est grand temps d’accorder à ce sport plus de lucidité qu’on ne l’a fait avant, en impliquant toute les forces vives capables de contribuer à son développement. Au lieu de fermer les yeux comme Charles NGUINI qui refuse de voir la trace kilométrique qui montre suffisamment à partir d’où nous avons commencé à glisser avant de tomber au Brésil, il est temps de cesser cette navigation à vue qui n’a rien rapporté à notre football depuis douze ans.

Je refuse de voir le football comme Chantal R. TCHUILE c’est-à-dire un jeu consistant pour une bande d’idiots désœuvrés, à courir derrière une boule de cuir rempli d’air car le football est devenu à nos jours, une industrie au même titre que la métallurgie, la sidérurgie, l’agroalimentaire… C’est une filière qui si développée avec sérénité, serait capable de résorber considérablement, le chômage intempestif qui caractérise notre société. Cessons de voir le football comme l’opium du peuple, au sens de l’ivresse populaire que les victoires des Lions procurent au peuple pour mieux l’endormir par la suite et l’éloigner des autres préoccupations toutes aussi importantes de la vie de la Nation. Il faut considérer le football comme l’opium du peuple au sens des effets dynamiques et catalyseurs que l’opium procure à un organisme humain. De cette façon peut-être deviendra-t-il une véritable source d’épanouissement national, au vrai sens du terme.

 

 

camernews-Paul-Biya

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