Dans l’antre du processus de sécurisation de la nationalité camerounaise, c’est le grand désordre

«Protection de la nationalité, mission impossible pour Mbarga Nguélé, pourquoi le nouvel opérateur va échouer».

En sa seconde Une le 05 août 2015, l’hebdomadaire Repères annonçait le contenu d’un dossier ficelé en pages 4 et 5 de son édition n°434. Tonalité générale des articles: la sécurisation de la nationalité camerounaise est moins un problème technique qu’un problème social et politique. Parce que la difficulté à définir des mécanismes durables et efficaces de sécurisation de l’état-civil est l’une des réalités les plus inquiétantes de notre temps. C’est ce qu’a semblé indiquer Repères. C’est cette vision qui contribue à nourrir une attitude plus ouverte, plus pessimiste mais encore plus actuelle.

Versatilité
Traduction: les problèmes, le nouveau-venu va devoir en affronter une sacrée cargaison. Il y a ses propres scandales. Il y a l’état-civil. Il y a les pôles de fabrication des cartes nationales d’identité basés ailleurs. Il y a les ingénieux voyous locaux. Il y a et il y a… Gemalto n’aura pas la tâche

aisée. Il va lui falloir présenter un bon numéro pour honorer son cahier de charges. C’est pourtant là toute la difficulté. Parce que «la sécurisation de la nationalité et l’exercice optimal de la citoyenneté camerounaises passent nécessairement par une réforme du système de l’état-civil devant fonctionner sur des bases modernes, saines et solides».
Marafa Hamidou Yaya, alors ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Mintad), montrait ainsi un doigt d’honneur sur la détermination des pouvoirs publics à promouvoir une nouvelle orientation dans le domaine. L’ancien Mintad annonçait là une guerre contre les usurpations d?identité et l’immigration illégale au Cameroun. L’intention était ferme, mais la feuille de route était restée floue. Dans un discours qui condensait une réflexion sur le sujet entamée des mois auparavant, Marafa Hamidou Yaya semblait réviser la position gouvernementale.
«On va devoir attendre un peu, le temps pour les acteurs d’asseoir une bonne stratégie», avait-il lancé quelques mois après. En ce temps-là, rien n’avait suscité une vraie discussion sur ce revirement. A la Délégation générale à la Sureté nationale (DGSN) tout comme au Mintad, on se contentait de dire tout simplement que les services chargés de la sécurisation de la nationalité camerounaise étaient «différents entre eux par leurs approches et leurs méthodes.» Pour les observateurs, ces administrations-là refusaient les mêmes choses de la même façon.
«Elles postulaient toutes la nécessité de maintenir un désordre supposé être meilleur pour flou électoral parce que l’échiquier politique au pouvoir s’était donné une ardente obligation de gagner à tous les scrutins. Aussi a-t-il fallu légiférer d’urgence et marcher sur la loi pour permettre une participation optimale des citoyens au vote», argue un homme politique. A cet empilement kafkaïen s’était ajoutée une absence d’études préalables pour valider le cahier de charges du potentiel prestataire. La vérité sur cet aspect est que l’administration a cédé à son penchant versatile.
Toujours prêt à se contredire, le gouvernement a entonné avec allégresse que «c’est pour permettre aux Camerounais de voter que la gratuité du processus d’établissement de la carte nationale d’identité a été validée.» De l’aveu d’un commissaire de police en service à Yaoundé, «c’était une belle affaire pour les voyous créatifs.» A Yaoundé, Bonamoussadi était devenu un pôle technologique.
Des faussaires y rivalisaient d’ingéniosité, créant souvent des applications inédites exportées vers d’autres coins du pays. Aujourd’hui, les conséquences sont incalculables. La falsification des documents d’état-civil a galopé, les marges de contrôle des autorités sont restées insignifiantes, des milliers de cartes nationales d’identité entre les mains des étrangers… Le label Cameroun a pris un coup ailleurs. Il se disait que le prestataire français chargé de sécuriser la nationalité camerounaise avait des dossiers sulfureux à sa charge. On l’a viré. Voici que l’équipe de Gemalto a gagné le jackpot. En attendant…