Daniel Lieuze : « La musique camerounaise a de l’avenir »

Au lendemain de la 9ème édition du marché des musiques d’Afrique (Le Kolatier), le directeur éditorial de Rfi Talents donne son sentiment sur l’événement tenu du 11 au 14 octobre à Yaoundé, et parle de la musique camerounaise.

Comment se passe votre séjour au Cameroun ?

Tout se passe bien. Je suis content d’être à Yaoundé. Ça fait longtemps que je n’y ai pas été, ça doit faire une bonne quinzaine d’années. J’y étais venu pour d’autres rencontres musicales. Je pense aux Rencontres musicales de Yaoundé (Remy), je pense aussi au Massao et donc, c’est un grand plaisir de retrouver cette terre accueillante, tant sur le plan humain que sur le plan culturel.

Quelle est la raison de la présence de Rfi Talent au Festival le Kolatier ?

Luc Yatchoukeu, le promoteur du Kolatier, m’a sollicité pour être membre du comité international de sélection. J’ai écouté une cinquantaine de projets, des choses intéressantes. Il paraissait donc naturel de les suivre. Autrement dit, après avoir  été membre du jury, c’était naturel de suivre l’évènement pour voir le rendu concrètement sur scène.

Quel est votre avis sur Le Kolatier?

C’est une très bonne initiative. Une initiative louable pour Luc Yatchoukeu parce que les difficultés sont là, on les sent.  Des difficultés financières, des difficultés de structures… J’ai par exemple appris qu’il y a très peu de studios d’enregistrement à Yaoundé. Il y a aussi des problèmes de formation. Beaucoup d’artistes ont envie de se professionnaliser mais il n’y a pas d’écoles d’art, ni de musique. Le Kolatier fédère donc toutes ces problématiques et tente d’y apporter des issues.  Il y a également ce mouvement assez collectif, panafricain, puisque quand on parle du Kolatier, on parle du Masa et quand on parle du Masa, on parle de Visa for music. Il y a quand même une belle synergie.  Et ce qui est intéressant, c’est que dans la zone Afrique Centrale, il n’y a que le Kolatier qui essaie de faire le même travail que fait le Masa en Côte d’ivoire et Visa for music au Maroc.

Après avoir vu des showcases sur les différentes scènes, quelle appréciation faites-vous des prestations d’artistes camerounais ?

J’ai bien apprécié Nicole Obélé : belle formation, belle structure, ça se tient… et puis surtout, la belle surprise c’est Le Berger. Je crois qu’il a fait l’unanimité. Le seul souci c’est le costume qui peut fonctionner en terre Afrique et peut être pas sur une scène internationale… Mais j’aime bien son concept à la fois slameur et conteur. Il a ce côté troubadour. Par contre, il y a une question qui me turlupine! Et j’ai eu, je crois, la réponse. Il n’a jamais été berger !

Cela revient-il à dire que des talents qui vous ont marqué ?

C’est aussi la raison de ma venue. Je suis venu bien sûr, parce que j’ai été sollicité par le comité d’organisation, mais aussi pour aller chercher des petites pépites lors des rencontres internationales. C’est mon rôle en tant que responsable éditorial de Rfi Talents. Mon rôle c’est de découvrir des jeunes artistes et de tenter de leur donner une chance, parce que c’est aussi la mission de Rfi, qui est une radio de service publique en France et qui a cette mission de coopération, de développement artistique.  Je ne viens pas au Cameroun pour chercher un artiste qui a une bonne notoriété et qui n’a pas besoin de nous pour lui donner une chance d’émerger à l’international.

En d’autres termes, Rfi Talents pourrait de nouveau accompagner des artistes camerounais après Manuel Wandji et Negrissim’ ?

La porte est ouverte. Nous avons découvert de belles pépites et nous avons entendu beaucoup de bien de certains artistes comme Alima et Stéphane Akam.

Qu’est-ce qui vous a marqué culturellement  au Cameroun ?

Ce qui m’a marqué ! Ce que je vais vous dire va sembler dur ! J’ai l’impression qu’en l’espace de 15 ans, les problématiques sont les mêmes sur le plan culturel : culture  facteur de développement, aide à la circulation des artistes… On a l’impression que ça n’a pas vraiment avancé. Est-ce un manque de volonté politique ? C’est probable ! Mais aussi, je pense qu’il ne faut pas tuer les initiatives privées.  Il ne faut pas oublier que Le Kolatier est une initiative privée à encourager et qui a besoin d’un soutien politique. Je le dis encore, qui dit soutien politique, dit soutien financier.  Quand on voit le Fespam, quand on voit le budget dont il dispose, il est évident que les organisateurs ont une aide de la part du gouvernement ivoirien… Ça, c’est un peu ce qui m’attriste ! Il n’y a pas suffisamment d’évolution alors que le Cameroun est riche. On dit souvent que le Cameroun c’est l’Afrique en miniature, très riche en culture, très riche en rythmes différents, entre les rythmes de la côte, les rythmes de la forêt et ceux des grassfields… C’est un potentiel qui, je pense, mérite d’être exploité dans le bon sens.

Pensez-vous que  la musique camerounaise a un avenir sur la scène internationale ?

Absolument, elle a un avenir. Il y a eu des pionniers comme Manu Dibango, Richard Bona et Sally Nyollo qui ont percé à l’international. Bien sûr que la musique camerounaise a de l’avenir. Mais, encore une fois, pour qu’elle puisse percer à l’international, même si le côté artistique est qualitatif, il faut structurer ce marché. Pour qu’elle puisse s’exporter à l’international, il faut structurer la création et là, il y a des choses à faire. Je pense qu’il faudrait envisager, pour les prochaines éditions, de faire des mini-ateliers de formations techniques, des ateliers sur le management des groupes artistiques, des ateliers sur le booking, parce que si ce potentiel est là, et qu’il ne s’exporte, c’est comme si on tourne en rond.  Mais, avant de viser l’Europe ou les Usa, il est important, à mon sens, de faire un travail au niveau de la sous-région. Ça a souvent été dit dans les tables rondes et autres débats. Déjà, pour se faire un nom, tourner en Afrique-centrale est un bon départ. Et, sur le plan économique, c’est plus viable, parce que c’est plus difficile de prendre un billet d’avion pour aller à Paris avec cette histoire de visa, alors qu’on peut prendre un mini bus pour  aller au Tchad ou en Rca.