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Crimes de Nkolbisson: «Il y a un problème de protection des populations qui vivent dans la précarité et dans la débrouille», déclare le sociologue Claude Abe

Crimes de Nkolbisson: «Il y a un problème de protection des populations qui vivent dans la précarité et dans la débrouille», déclare le sociologue Claude Abe

Dans un entretien accordé à la presse, le sociologue revient sur les causes des crimes perpétrés au quartier Nkolbisson à Yaoundé.

C’est depuis le mois de juillet dernier que la population de Nkolbisson à Yaoundé découvre des corps sans vie dans leur quartier. Jusqu’ici, on comptabilise six personnes tuées. Aux dernières nouvelles les forces de l’ordre ont déjà interpellé des suspects. Les enquêtes de cette affaire suivent leurs cours. D’ailleurs dans son édition du 18 août dernier, le quotidien Mutations indiquait qu’un suspect avait été placé en garde à vue à la brigade de gendarmerie de Nkolbisson depuis jeudi dernier. Le sujet devient donc préoccupant. Car, les habitants de ces «zones de crimes» vivent aujourd’hui la peur au ventre. Le sociologue Claude Abbé, dans un entretien accordé à notre confrère Mutations, fait une analyse de ce qui se passe.

A la question de comprendre la recrudescence des crimes dans ce quartier, Claude Abe déclare: «quand vous regardez cette recrudescence des crimes dans le quartier Nkolbisson, la grande mise en scène apparait avec les trois derniers morts. Mais en réalité depuis environ huit mois, le quartier Nkolbisson et la zone sont l’objet d’un certain nombre d’actes criminels qui renvoyaient déjà d’une certaine manière à ces crimes rituels. Et la situation socioéconomique peut rendre compte de cela d’une certaine façon, parce qu’il faut voir les catégories vulnérables. C’est une vendeuse d’avocats, c’est une vendeuse de kolas, etc. Il faut donc dire que ce sont des catégories non protégées. La première chose qu’il faut pouvoir mettre en lumière est qu’il y a un problème de protection des populations qui vivent dans la précarité et qui vivent dans la débrouille».

Répondant à l’interrogation portant sur le silence des pouvoirs publics, des organisations non gouvernementales et des partis politiques, le sociologue dit: «vous savez qu’on est en face d’une société qui s’est totalement démobilisée. D’une société qui a atteint un degré d’individualisme qui est tel que même le mal, quand il se passe au niveau de votre porte, ne vous intéresse pas du tout. Cette démobilisation de notre société est telle qu’elle fait craindre le pire quand on sait que même les forces de police et les forces de gendarmerie, même quand on devrait les mettre devant chaque porte ne peut pas arriver effectivement à résoudre ce problème. Derrière les crimes rituels beaucoup d’ONG, de ces acteurs de la société civile sont en fait des entrepreneurs, des courtiers du développement c’est-à-dire des gens qui profitent de la misère et des problèmes des autres pour en réalité résoudre leurs problèmes. Dans la mesure où dans ce secteur d’activité il n’y a probablement pas de l’argent à se mettre dans la poche, on peut aussi expliquer leur silence»

Sur l’explication à donner à la montée en puissance de ces crimes, il répond: «si vous remarquez les crimes rituels tels qu’on les vit à Yaoundé ont d’abord été enregistrés dans le quartier Mimboman. Aujourd’hui c’est le quartier Nkolbisson. Ce sont des périphéries et elles ont cela de particulier qu’il y a des problèmes d’accès à un certain nombre d’espaces, d’accès à un certain nombre de localités. Il y’a également des problèmes de sécurisation de ces lieux».

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