CRAHCERH de Yaoundé: La fécondation in vitro coûte 1.000.000 Fcfa au Cameroun et 10 millions en Europe

Redonner le sourire à ces centaines de milliers de personnes de par le monde qui l’ont perdu depuis le jour où ils se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient pas procréer.

En tout cas, personne ne voudra croire que sa stérilité est la conséquence d’un divin décret. Que les autorités camerounaises, prenant ceci en compte, aient été réceptives depuis la fin des années 1990 à la suggestion d’un jeune Camerounais, agrégé de médecine, Jean-Marie Kassia, pour ne pas le nommer, de mettre sur pied dans notre pays un organisme pouvant non seulement soulager ceux qui souffrent dans leur chair et dans leur esprit le martyre de l’infertilité, mais également pour relever avec une technologie de pointe les défis lancés à la gynécologie entre autres par la nature parfois impitoyable, constitue une attitude à saluer. Et on peut comprendre que dans l’interview que nous publions ci-dessous, Jean-Marie Kasia leur rende hommage à plusieurs reprises, car cette démarche est d’autant plus à saluer qu’aujourd’hui, au regard du coût de la pratique de la fécondation non naturelle au Cameroun, de nombreux citoyens d’autres

pays du monde entier recourent aux services du Centre Hospitalier de Recherche et d’Application en Chirurgie Endoscopique et Reproduction Humaine (CHRACERH) de Yaoundé. Il n’en est pas jusqu’aux médecins venus du Centre hospitalier et universitaire de Bordeaux en France et de la Société internationale de chirurgie endoscopique en gynécologie qui n’aient pas applaudi les actions du CHRACERH lors de leur passage dans notre pays en août dernier dans le cadre d’un programme de collaboration en vue du renforcement de ce centre hospitalier et universitaire. Alors, peut-être devrions-nous humblement laisser à ceux qui n’ont jamais désiré de mettre un enfant au monde, le soin de jeter la première pierre à ceux qui recourent par désespoir à la solution de la PMA, et faire chorus avec ceux qui ont entrepris de redonner le sourire à ces centaines de milliers de personnes de par le monde qui l’ont perdu depuis le jour où ils se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient pas procréer. Ceci étant, il convient de relever, pour restituer à la vérité ce qu’on lui doit, que le CHRACERH, ce n’est pas seulement la reproduction hu- maine au moyen de l’assistance médicale à la procréation (Fecondation In Vitro -FIV- et Injection intra Cytoplasme du spermatozoïde – ICSI-) et la chirurgie endoscopique (coelioscopie et hystéroscopie opératoire), mais aussi la sénologie plastique et reconstructive, le diag- nostic anténatal, la prise en charge des grossesses à très haut risque » En attendant, suivons plutôt notre guide, le Pr. Jean-Marie Kassia, qui a eu l’amabilité de donner un éclairage-fleuve à votre journal sur le but poursuivi par le CHRACERH dont le président de la République lui a confié la coordination depuis l’époque où cela n’était qu’un projet, jusqu’à ce jour, ainsi que sur les objectifs à atteindre.
“Les Camerounais ont un Président et une Première dame visionnaires qui ont fait d’un rêve une réalité”.

Comment présenteriez-vous le centre hospitalier dont vous avez la charge et dont les prouesses réalisées cette année contribuent à redonner le sourire à de nombreuses familles au Cameroun, et pouvez-vous nous dire comment on en est arrivé-là ?
Il s’agit d’un centre hospitalier de recherche et de formation en chirurgie endoscopique et reproduction humaine. En termes clairs, pour que tout le monde puisse comprendre, il s’agit d’une structure de gynécologie obstétrique très spécialisée qui a plusieurs missions. La première mission c’est de s’occuper de la santé génétique de la femme en général et surtout de s’occuper des problèmes qui concernent la gynécologie d’une part et l’obstétrique d’autre part. Mais il faut comprendre ici qu’il y a trois pôles d’excellence : la chirurgie sans ouvrir le ventre, c’est-à-dire la chirurgie endoscopique dans le domaine de la gynécologie. Le deuxième pôle c’est la procréation médicalement assistée et le troisième est la cancérologie gynécologique. Donc si vous rassemblez ces trois choses, on se retrouve bien au cœur de ce qu’on a appelé la santé de la reproduction, à savoir toutes les activités qui tournent autour de la santé de la femme que ce soit la femme en période d’adolescence en passant par la femme en période d’activité reproductive jusqu’à la femme ménopausée. Donc toutes les pathologies qui concernent ces trois âges de la vie de la femme sont prises en charge ici. Pratiquement c’est la vie de la femme qui est visitée ici dans toute son entièreté.

La dernière actualité, c’est la signature récemment de deux conventions. Qu’est-ce que cela va apporter de plus au CHRACERH ?
Vous savez que le CRAHCERH est un centre de recherche et d’application dans tous les domaines que je viens de vous présenter et ça veut dire que nous avons intérêt à avoir une stratégie de développement pour le futur. Or quand on fait de la recherche, il faudrait que les résultats de cette recherche servent de base factuelle pour mieux développer les activités de ce centre. Alors pour ce qui s’est passé récemment, il s’agissait de signer des accords de coopération avec la société internationale de chirurgie endoscopique pour nous permettre effectivement de former le maximum de professionnels dans ce domaine-là, les gynécologues obstétriciens, dans le domaine de cette chirurgie et l’international ne pouvait être que la meilleure coopération qui pouvait nous permettre de réaliser tout cela. Donc la Société Internationale va nous aider à former le maximum de gynécologues dans le domaine de cette chirurgie et je pense que le CRAHCERH va profiter énormément de l’assistance scientifique et technique de cette société internationale pour effectivement organiser ici des enseignements théoriques et pratiques qui vont permettre de renforcer les compétences du personnel qui travaille ici, les gynécologues, les infirmiers du bloc opératoire et autres. Nous allons aussi, à partir de cette coopération, avoir accès aux récents développements qui vont se faire dans ce domaine-là dans le monde. Vous savez que le transfert des technologies est une affaire importante, c’est une question très difficile, or pour accéder à ces connaissances qui se font dans le monde entier aujourd’hui, il faut parfois aller chercher des connaissances à l’extérieur, or nous aurons maintenant accès assez facilement à toutes ces données, à toutes ces compétences et ça se passera comme si on était en Europe, nous aurons toutes ces compétences-là ici chez nous. C’est une avancée importante, pour reprendre le Président de la République, que de nous tourner beaucoup plus vers l’extérieur pour établir des coopérations avec les pays développés qui eux, sont en train d’évoluer très rapidement. L’écart entre les pays du Sud et les pays du Nord dans le domaine des technologies est tellement important que s’il faut les rattraper il faut aller là-bas, il faut vivre là-bas. Vous comprenez qu’en signant des termes de coopérations entre des structures décentralisées, entre des équipes européennes ou américaines et nos équipes, nous allons très vite les rattraper. Je pense que c’est une très bonne chose pour le CRAHCERH, pour le Cameroun et pour l’Afrique en général.

J’aimerais mettre l’accent sur deux termes précis : chirurgie endoscopique reproduction humaine commençons par la fécondation in vitro, on a de la peine à croire qu’on est au Cameroun, comment cela se passe-t-il ?
Oui je crois qu’il ne faut pas sous estimer le Cameroun qui est un grand pays et à l’avant-garde dans beaucoup de domaines. Je pense qu’aujourd’hui nous sommes tout à fait capables de réaliser les mêmes choses qu’en Europe, la preuve c’est qu’avant, on parlait d’insémination tout à fait simple des spermatozoïdes dans les parties génitales de la femme, donc insémination artificielle avec le sperme par exemple du conjoint, nous sommes passés récemment à la fécondation in vitro classique, or actuellement nous réalisons des techniques très pointues telles que l’ipsie où il suffit d’avoir un seul spermatozoïde pour avoir un enfant ce qui n’était pas le cas il y a de cela quelques années. Donc je pense qu’à ce niveau-là, le Cameroun a atteint un niveau technologique comparable à ce qu’on observe dans les pays industrialisés.

Et la chirurgie endoscopique ?
La chirurgie endoscopique c’est un organe non imbibé. Vous savez, il y a quelques années la chirurgie était simplement réalisée de manière classique c’est-à-dire qu’on ouvrait le ventre et ceci entraînait beaucoup d’inconvénients dont des infections, le traumatisme lié au fait d’ouvrir une personne comme une fermeture éclair en plus des complications qui s’en suivent, à savoir qu’il y a beaucoup d’adhérences qui peuvent se faire lorsque vous réalisez cette chirurgie en ouvrant le ventre. Alors tout cela fait que les traumatismes chez la femme sont importants et les résultats ne sont pas assez bons par la suite. Aujourd’hui on peut vous opérer sans ouvrir le ventre et c’est élégant, il n’ya pas de complications, pas d’infections et les coûts sont franchement moindres. C’est une véritable chirurgie adaptée dans les pays aux économies précaires comme le nôtre. C’est pour ça que je pense que cette chirurgie-là devrait être la chirurgie qu’on devrait réaliser partout en Afrique, c’est pour cela que je me réjouis que le Ministère de l’Enseignement Supérieur ait pris la décision d’autoriser le CRAHCERH à organiser un diplôme universitaire et la faculté de médecine de Yaoundé 1 à mettre en place un diplôme universitaire qui va permettre qu’on puisse former des gynécologues africains dans ce domaine-là et leur délivrer des accréditations qui leur permettront d’exercer effectivement sans problèmes.

C’est intéressant, vous avez parlé du coût tout à l’heure. Quand on parle du CRAHCERH, la question du coût fait un peu peur à certains.
Je crois que c’est une très mauvaise information et je me dépêche donc de vous le dire ici, pour que les Camerounais comprennent, franchement c’est vraiment un hôpital qui est accessible à tous, même aux gens qui n’ont pas assez de moyens pour venir ici. La preuve c’est que des pathologies sont traitées ici à des coûts moindres que des hôpitaux comme l’hôpital central, vous connaissez l’hôpital central. Par exemple dans le cadre de l’opération d’une grossesse extra utérine si vous prenez le coût global de prise en charge d’une grossesse extra utérine jusqu’à la chirurgie, aux médicaments qu’il y a autour nous avons fait le calcul, opérer une grossesse extra utérine au CRAHCERH coûte 50% moins cher que dans les autres hôpitaux.

C’est-à-dire ?
C’est-à-dire qu’ici par exemple, la grossesse extra utérine vous allez l’opérer à 200 000 F CFA, tout complet et beaucoup moins cher encore de 100 000 à 150 000 F CFA.

Et pour les infertilités ?
Alors là, c’est pratiquement donné, le couple présidentiel a offert cette technologie-là aux Camerounais, aux Africains et je peux vous dire que le coût c’est pratiquement 1.000.000 de F CFA. J’ai écouté des rumeurs, des gens qui disaient que ça coûte beaucoup plus cher, que nous sommes à 2.500.000 F.CFA c’est complètement faux et je le redis encore ici, la fécondation in vitro coûte 1.000.000 de F.CFA. 237online.com C’est tout ce que vous payez au CRAHCERH, alors que si vous allez par exemple en Europe, vous êtes à 15.000 € (plus de 9,8 millions de francs CFA, ndlr) pour pouvoir réaliser une fécondation in vitro. Vous vous rendez compte, c’est quand même beaucoup d’argent alors que si nous prenons au bas mot 5.000 000 F CFA y compris le billet d’avion et votre séjour là-bas pendant un mois, vous voyez combien ça va coûter, alors qu’ici vous payez 1.000.000 F.CFA. Et je vous rappelle que si vous payez 5.000.000 F CFA pour une fécondation in vitro en Afrique du Sud ou en France c’est 5.000.000 pour une chance sur cinq vous voyez, donc ça veut dire que vous avez 80% de chances que vous bradez vos 5.000.000 F CFA alors qu’ici vous payez 1.000.000 de F.CFA, et pour les mêmes résultats. et vous pouvez le faire au moins cinq fois avec une chance d’avoir un enfant. Et nos résultats sont comparables à ceux des pays européens, puisque nous sommes pratiquement aujourd’hui à 30% de grossesse ici.

Je dois vous demander, depuis que le CRAHCERH fonctionne, la majorité de vos clients viennent d’où ?
Là, par contre je vais vous surprendre, depuis que nous avons commencé ça va très vite de bouche à oreilles. La plupart de nos clients effectivement viennent de l’Afrique Centrale mais nous commençons à avoir des gens qui viennent de l’Afrique de l’Ouest, de l’Afrique du Nord et nous en avons même eu qui viennent de Jordanie et vous voyez tout à l’heure, c’est pour cela que j’ai tardé à venir vous rencontrer, on reçoit des gens qui viennent des Etats Unis, vous me demanderez pourquoi, les français viennent déjà ici, le Cameroun va certainement être une destination non pas touristique mais une destination médicale qui va recevoir les gens venant de partout pour des raisons aussi simples. Prenez la France par exemple ; il y a un moment quand j’étais de la diaspora à l’époque, maintenant je suis un patriote, parce que je suis revenu pour participer au développement de mon pays, quand j’y étais j’y ai observé un certain nombre de choses, la fécondation in vitro, les gens la réalisaient mais ce n’était pas évident. Il fallait au moins, pour ceux qui étaient pris en charge, il y avait 6 couples de fécondation in vitro qui étaient pris en charge. Maintenant en France la sécurité sociale ne peut prendre que 4 en charge et si ça n’a pas marché vous payez vous-même de votre poche. Alors aujourd’hui dépenser 15 000 € pour une tentative de fécondation in vitro en France ce n’est pas donné, ce n’est pas à la  portée de tout le monde et on commence à avoir aujourd’hui des Français qui viennent chez nous parce que, effectivement, ça coûte moins cher. La deuxième chose qu’il faut comprendre c’est également qu’en France, c’est l’exemple que je connais le plus, on ne réalise la fécondation in vitro que jusqu’à 42 ans, au-delà ils ne font plus rien c’est pour ça que les gens vont en Espagne et Dieu sait combien ça coûte, alors vous comprenez que si vous devez débourser, vous ne pouvez plus la réaliser en France après 42 ans, vous cherchez où vous pouvez l’avoir. Si vous allez en Espagne, ça vous coûte la peau des fesses et vous comprenez pourquoi le Cameroun devient une destination très prisée, vu le coût abordable de la fécondation in vitro. Et on peut les accepter pour le moment puisque la législation n’a pas encore arrêté une politique là-dessus, nous avons réalisé effectivement des fécondations in vitro chez des femmes de plus de 42 ans, donc il y a encore la possibilité de réaliser ces fécondations in vitro chez ces femmes-là alors qu’en France ils ne peuvent pas le faire. Nous avons reçu des demandes aussi des Etats-Unis, des femmes qui sont maintenant aux Etats-Unis qui nous envoient des mails pour dire : « on a appris que vous faites la fécondation in vitro, est-ce que vous pouvez nous prendre ? ». Nous commençons à avoir des demandes qui viennent de partout; il n’y a pas que les couples camerounais, il n’y a pas que les couples de l’Afrique centrale ou de l’Afrique de l’Ouest, nous avons des gens qui viennent d’au-delà de l’Afrique, c’est-à-dire de l’Europe et même de l’Amérique, qui commencent à solliciter notre centre. Je pense que c’est une très bonne chose pour le Cameroun, et que cela prouve qu’effectivement, nous faisons aussi des avancées.

Si le CRAHCERH a baissé les prix, qui supporte le coût de cette technologie?
Il ne faut pas comprendre ça comme cela, il faut comprendre ce qui rentre dans le coût de la fécondation in vitro. Il y a une façon de calculer : il y a le coût des médicaments et maintenant il y a le coût moyen, c’est-à-dire quand on fait une fécondation in vitro, on est quand même dans un bâtiment qui a été construit et qui doit être amorti, donc on retrouve là dedans également le coût de l’amortissement. Si nous avons décidé d’amortir ce bâtiment en 20 ans, alors nous allons prélever une partie de cet argent pour redistribuer et voir par an combien ça peut coûter. Vous intégrez aussi le coût de la maintenance des équipements, le coût de l’amortissement des équipements de la fécondation in vitro. Donc tout ça a été calculé. Et vous allez intégrer aussi le coût de l’équipe qui fait toutes ces manipulations. Si vous prenez un professeur camerounais, moi en particulier, je ne gagne pas comme un professeur français parce que si vous devez réaliser une fécondation in vitro et que vous mettez par exemple je ne sais pas 30 minutes ou une heure le temps de manipulation embrio-ovocitaire et que moi je sais qu’à l’heure je gagne tel, ce n’est pas pareil qu’un professeur européen, les salaires en Europe sont faramineux, vous avez des professeurs qui gagnent autour de 7 à 10 millions, quand vous comparez nos salaires, ce n’est pas pareil ça veut dire que ce professeur-là il vaut combien de galons, que moi je vaux combien de galons, voilà ce qui diminue les coûts. En plus de cela nous on fait d’autres choses parce que quand vous prenez mon temps de la journée ici, je ne fais pas que de la fécondation in vitro, j’opère d’autres pathologies, je consulte, je fais des accouchements, donc je fais pas mal de choses, alors que chez eux ça ne se passe pas comme ça. Quand ils calculent, ils calculent vraiment en fonction n’est ce pas de toutes les données que je viens de vous exprimer, ce qui augmente donc le coût de la fécondation in vitro. Et puis nous ici on n’a pas à faire ce coût là parce que le salaire du camerounais moyen n’est pas comparable au SMIG du français ou encore le salaire d’un américain moyen. Donc voilà les choses qui rentrent dans le coût de la fécondation in vitro, ce qui fait que nous pouvons nous dire heureux d’avoir des prix assez bas non pas parce qu’on le veut mais parce que c’est calculé par rapport à ces données que je viens de vous expliquer.