COUR SUPRÊME : AINSI S’EN VA DIPANDA MOUELLE

COUR SUPRÊME : AINSI S’EN VA DIPANDA MOUELLE

Après 28 ans passés à la tête de la haute juridiction du Cameroun, Alexis Dipanda Mouelle a (enfin) été admis à faire valoir ses droits à la retraite.

Alexis Dipanda Mouelle a présidé sa toute dernière audience à la Cour suprême du Cameroun hier, 18 décembre 2014. En faisant prêter serment aux nouveaux membres de la Commission nationale des droits de l’homme et des libertés (Cndhl), peu de monde se doutait à cet instant là que le premier président faisait ainsi ses aurevoirs. Dans une salle d’audience qu’il a fréquentée et arpentée pendant 28 ans durant sans discontinuer, c’était là son dernier : « L’audience de ce jour est levée ». Le savait-il ? Pour sûr, Alexis Dipanda Mouelle, 79 ans, est apparu hier, particulièrement fatigué et abattu. Il s’en va donc à la retraite.

Son timbre hésitant et trainant était devenu un rendez-vous. Egal à lui-même, Alexis Dipanda, le président de la haute juridiction s’illustrait aussi par un humour caustique. « J’espère que tout le monde a entendu son nom. Celui qui n’a pas entendu son nom ici ne va pas siéger à la commission nationale des droits de l’homme et des libertés. Vos sourires montrent à suffire que tout le monde a entendu son nom », lance le haut magistrat. Il avait ainsi sa façon très particulière de détendre les audiences très guindées et très solennelles de la Cour suprême. A son âge et de par son rang dans la magistrature, le plus ancien au grade le plus élevé, lorsque Dipanda Mouelle parlait de longues heures durant de la « légitimité du juge », les magistrats restaient toutes ouïes.

« Dans la quasi-totalité des cas, les décisions de justice sont décriées par ceux qui ont perdu le procès. Nous faisons alors le procès du juge, perdant de vue que la justice est rendue par des hommes et des femmes, êtres de chair, d’os, de sang, êtres imparfaits, êtres qui ne sont pas plus vertueux que les autres, mais qui ont choisi d’exercer la redoutable  et surhumaine mission de juger leurs semblables », déclarait Dipanda Mouelle le 28 février 2013, lors de la rentrée solennelle de la Cour suprême, l’une des dernières qu’il présidait. Parole d’un juge, qui, à l’issue de l’élection présidentielle controversée du 11 octobre 1992, a eu la lourde tâche de rendre public les résultats de ce scrutin. En effet, après une procédure qui jusqu’à ce jour n’a toujours pas très bien été comprise, le Social democratic front (Sdf), avait procédé au retrait de son recours en annulation.

Alexis Dipanda Mouelle a reconnu les irrégularités et les fraudes qui avaient émaillé l’élection, mais a proclamé élu, Paul Biya. Le candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) l’emportait d’un court écart face à John Fru Ndi qui matérialisait par là même, son assise sur la scène politique  camerounaise.

Election de mars 1992

Un épisode qui est intervenu après l’arbitrage d’un autre scrutin qui, selon des observateurs de la scène politique camerounaise est resté à ce jour comme l’un des mieux organisés de l’histoire des élections au Cameroun. Il s’agit de l’élection législative de mars 1992 au terme de laquelle le parti au pouvoir allait se voir devancer par toutes les formations de l’opposition réunies avec 88 sièges. La rectitude du président de la Commission nationale de recensement général des votes (Cnrgv) de l’époque, ne semble pas avoir été appréciée.

L’indépendance affichée par la Cour avait valu le début de l’enfer dans la magistrature à Léonard Assira Engouté qui avait conduit la Cnrgv. Léonard Assira Engoute avait été radié de ce corps. Sous le nez de Dipanda Mouelle. Dipanda Mouelle, magistrat hors hiérarchie, lui a gravi tous les échelons au sein de ce corps. Malgré le poids de l’âge qui ne l’a pas pour autant empêché de lire les résultats de l’élection présidentielle de 2011 pendant 9h de temps-il a continué de tenir les rênes d’une institution qui, depuis la modification constitutionnelle de 1996, fait aujourd’hui office de conseil constitutionnel. Atteint par la limite de l’âge en 2008, Alexis Dipanda Mouelle obtient une « rallonge » d’un an du chef de l’Etat, Paul Biya. Jusqu’au 18 décembre 2014 à 20h, il trônait toujours à la tête de la Cour suprême du Cameroun.

Ancien président de la 17ème session du Comité des Nations unies contre la torture, membre de l’Institut international de droit d’expression et d’inspiration françaises (Idef), membre de la Chambre d’arbitrage de la Cour internationale de justice de La Haye, il est aujourd’hui âgé de 78 ans. Après son baccalauréat en 1959, Alexis Dipanda Mouelle intègre l’Université fédérale du Cameroun en 1960. Il fait partie de la première promotion de la faculté de droit de cette école. Il a pour camarade de classe Louis Yinda, directeur général de la Sosucam, Martin Rissouck à Moulong, procureur général près la Cour suprême qui s’en va aussi à la retraite et Stanilas Melone (major de cette promotion, de regrettée mémoire).

 

 

camernews-Alexis-Dipanda-Mouelle

camernews-Alexis-Dipanda-Mouelle