CONSTRUCTION DES INFRASTRUCTURES DES CAN 2016 ET 2019, LA TURQUIE PASSE À L’ATTAQUE

Neuf grandes entreprises du secteur des infrastructures séjournent à Yaoundé dès ce 11 mai 2015. L’objectif est de convaincre le gouvernement du savoir-faire turc.

Comment la Turquie peut ne pas être parmi les investisseurs qui vont accompagner le Cameroun dans la réalisation des grands chantiers entrepris par le gouvernement ? L’ambassadeur de Turquie Omer Faruk Dogan explique que son pays est capable de proposer un «vrai partenariat gagnant-gagnant au Cameroun». Premier point d’ancrage. L’organisation des Coupes d’Afrique des Nations (CAN) féminines en 2016 et masculine en 2019. Les entreprises turques sont engagées à jouer leur partition dans les projets de construction d’infrastructures pour ces compétitions. Les deux priorités ici sont les stades dans les principales villes retenues pour abriter les compétitions mais aussi des hôtels dans lesquelles seront logées les délégations pendant la compétition et les touristes après. La mission diplomatique d’Ankara à Yaoundé assure que les entreprises turques du secteur des infrastructures sont capables de réaliser un travail exemplaire en assurant au Cameroun trois avantages concurrentiels sur les autres partenaires : la non-ingérence sur les questions de politique intérieure, des modèles de financement flexibles et avantageux pour les deux parties, mais aussi et surtout la célérité dans la réalisation des projets.

Les entreprises turques qui prospectent au Cameroun misent davantage sur la CAN 2019 pour effectuer une entrée en force dans le secteur des infrastructures, «… parce que cette compétition est plus prestigieuse que celle des femmes», analysent des interlocuteurs à l’ambassade de Turquie a Yaoundé. Cela ne signifie pourtant pas que la Turquie compte abandonner tous les marchés de la CAN féminine de 2016 aux Chinois. Les hommes d’affaires présents dans la capitale camerounaise espèrent pour arracher quelques marchés pendant leur séjour. Même s’il faut réaliser des stades de football aux normes professionnelles actuelles dans les six mois.

La Centre de conférence qui a accueilli le sommet Afrique-Turquie en novembre 2014 en Guinée équatoriale aurait semble-t-il été construit en six mois. On peut comprendre la rapidité des ingénieurs turcs puisque le premier ministre Recep Tayyip Erdogan lui-même a fait le déplacement. Mais le même exploit a encore été observé à Dakar, Sénégal ou les sociétés de BTP d’Istanbul ont gagné le marché de la construction du centre de conférence ou se sont déroulés les travaux de l’Organisation internationale de la Francophonie en octobre 2014. La vitesse, la célérité dans l’exécution des commandes. Un argument qui pourrait faire mouche dans un contexte où les autorités camerounaises semblent ignorer les impératifs et les délais.


300 millions de consommateurs potentiels

Au-delà des compétitions sportives à venir, les Turques continuent de considérer le Cameroun comme une plaque tournante pour faire des affaires en Afrique central tout en gardant un œil sur les pays de la CEDEAO. Les neuf entreprises qui vont séjourner au Cameroun jusqu’au 15 mai comptent retenir l’attention du gouvernement pour la réalisation des projets routiers et autoroutiers, la construction des barrages, des ponts, des raffineries, des aéroports, etc. Il s’agit aussi d’utiliser le Cameroun comme un exemple des relations que la Turquie (17e économie mondiale) entend désormais entretenir avec l’Afrique. Dans les cahiers de comptes des autorités d’Ankara, le Cameroun c’est 300 millions de consommateurs potentiels du point de vue de la CEEAC. Déjà le plan stratégique du gouvernement turc envers Yaoundé est de mettre sur pied un marketing agressif sur le domaine des infrastructures mais aussi dans le domaine du textile.

Petite information pour la route, l’ambassadeur Omer Faruk Dogan a récemment confié aux journalistes lors d’un déjeuner de presse qu’une entreprise turco-camerounaise de production de ciment va voir le jour à Douala courant juin 2015.