Communication sur la conjoncture sécuritaire au Cameroun

Dr Olivier Bile, Président du Bureau exécutif national de l’UFP

Communication liminaire du Dr Olivier Bile lors de la conférence de presse sur «la conjoncture sécuritaire au Cameroun», tenue à Yaoundé le 22 septembre 2015.

Mesdames et Messieurs du monde de la presse, Respectables serviteurs de Dieu toutes obédiences confondues, Mesdames et Messieurs en vos qualités, fonctions et titres, Distingués invités, Mesdames et Messieurs,
Le monde actuel est marqué par l’émergence du phénomène du terrorisme islamiste qui se réclame du Djihad, la guerre sainte. La globalisation dudit phénomène est interprétée par certains spécialistes comme la manifestation de la 3e guerre mondiale, ladite guerre étant perçue par d’autres, malgré les débats controversés sur la question, comme un véritable conflit de civilisation opposant le monde arabomusulman au monde judéo-chrétien.

Le Cameroun, depuis au moins le 19 février 2013, est confronté au péril du terrorisme islamiste à travers la secte boko haram, désormais l’Etat islamique en Afrique de l’Ouest. Il y a du reste lieu, d’entrée de jeu, de saluer cet esprit de tolérance laïque entre les divers groupes confessionnels opérant dans l’espace camerounais en dépit des inquiétudes formulées par certaines organisations (Crisis Group) qu’il ne faudrait toutefois pas négliger.

De la mutation du modus opérandi de boko haram commencé par des enlèvements d’étrangers sur fond de réclamation de rançons, des attaques à main armée des assaillants de cette secte islamiste contre nos populations, nos forces de défense et de sécurité aux plus récentes opérations kamikaze d’élimination de foules entières par des engins explosifs, le risque est grand aujourd’hui, en dépit des efforts déployés par nos pouvoirs publics et nos forces de sécurité, d’assister à la banalisation du phénomène des attaques kamikazes compte tenu de leur récurrence dans l’extrême nord du pays.

Si l’UFP a décidé de donner la présente conférence de presse, ce n’est point pour revenir sur des choses déjà dites et entendues. Il s’agit pour nous, d’attirer l’attention de la communauté nationale sur la lecture toute singulière que nous faisons du phénomène du terrorisme islamiste dont le caractère énigmatique n’échappe à personne. Nous voulons par conséquent vous en proposer une grille d’explication profonde, allant aux racines mêmes du phénomène et ensuite un corpus de solutions dont certaines sont tout aussi inédites.

I. LES CAUSES DU PERIL SECURITAIRE

1. La responsabilité du monde actuel
De nombreux pays à travers le monde subissent les dérives du fondamentalisme religieux dont l’irruption dans nos espaces publics semble en effet procéder d’un vrai mystère. Issu de la partie septentrionale de la république fédérale du Nigeria, boko haram est une aberration politico-religieuse produite par une société lourdement gangrénée par la corruption, les déviances de toutes natures ainsi que les déséquilibres sociopolitiques et socio-économiques. L’intention de répandre davantage la charia, loi canon islamique, de même que le désir de créer un califat dans la zone du bassin du lac Tchad, participent de ce projet d’imposer un islam salafiste et fondamentaliste à des gens, souvent eux-mêmes musulmans, considérés comme des « incroyants » et des impies.

La question que l’on peut alors se poser à ce niveau est la suivante : Pourquoi assiste-t-on seulement dans l’époque actuelle à cette montée en charge du phénomène du fanatisme religieux islamiste avec son cortège d’enrôlements et de radicalisations aussi subits qu’inexplicables ? Pourquoi certains Etats sont-ils davantage touchés que d’autres par ce phénomène terroriste ? Comment comprendre l’implication de notre propre pays dans ce phénomène du terrorisme islamiste charrié par boko haram?
Etant donné que la conjoncture sécuritaire impose désormais de faire une analyse la plus approfondie possible de la situation et qu’au demeurant, le terrorisme islamiste a depuis longtemps pris une envergure mondiale au point d’inquiéter l’humanité toute entière qui ne semble pas lui trouver de réponse satisfaisante, il n’est plus possible d’éluder, au plan métaphysique, les facteurs fondamentaux dus aux égarements et déviances du monde actuel comme autres causes profondes et déclencheurs non négligeables du péril et de la barbarie djihadiste.

Dans ce registre, l’on peut relever des facteurs tels que les logiques prédatrices et hégémoniques ainsi que les injustices et les égoïsmes du capitalisme mondial générateur de tant de misère, d’injustices et d’inégalités ; les dérives sexuelles de toutes natures et le libertinage galopant en matière de mœurs (pédophilie, zoophilie, nécrophilie, homosexualité de masse et maritale) ; le paganisme charrié par l’ésotérisme et les pratiques magico-occultes étrangères (rose-croix, franc-maçonnerie, crimes rituels, magie), le fétichisme et le maraboutisme locaux n’étant pas en reste dans ce registre des rituels qui relèvent des cultes de Baal. De tels comportements et pratiques ont, dans l’histoire de l’humanité, lorsqu’ils ont atteint des proportions massives et insoutenables, invariablement suscité, d’une manière ou d’une autre, la déchéance des peuples à l’instar de ce qui arriva aux cités historiques de Sodome et Gomorrhe.

 

2. La responsabilité du peuple
Notre thèse, notre conviction profonde est que ce qui nous arrive est aussi au plan interne, la conséquence sur la durée, d’un redoutable ‘boko haram mentalitaire’ de grande ampleur, entretenu par nous-mêmes Camerounais, qu’il est urgent de soigner à la racine. Disons-le sans complaisance, le peuple camerounais est redoutablement passif, insouciant et démissionnaire. Pourtant, Martin Luther King nous dit que « les grandes nations sont l’œuvre de leurs citoyens » lorsque dans la même veine, Ruben Um Nyobe nous instruit de ce que «la politique touche à tout et tout touche à la politique. Dire que l’on ne fait pas de politique c’est avouer que l’on n’a pas le désir de vivre».

Les Camerounais espèrent-ils simplement être miraculeusement libérés par une deus ex machina prête à passer l’éponge sur toutes leurs petites lâchetés et démissions ? Disons-le clairement, cela est parfaitement impossible car, même les écritures disent «qu’il te soit fait selon ta foi», c’est-à-dire, selon tes aspirations et tes convictions les plus intimes. Mais alors, la nature ayant horreur du vide, quel sort peut être fait à un peuple qui dans son écrasante majorité, ne manifeste ni aspiration, ni engagement pour un dessein politique et un avenir quelconque?
Au bout du compte, un peuple qui vit ainsi dans les ténèbres, aux sens propre et figuré, spectateur passif de sa propre destinée, qui ne manifeste clairement aucune aspiration à autre chose qu’à la boue dans laquelle il est englué, ne risque t-il simplement pas, même inconsciemment, de susciter, d’attirer toutes sortes de difficultés, tant il est vrai que l’homme ne saurait être que le produit de ses rêves et désirs les plus ardents?

D’autre part, comment un peuple peut-il à ce point se complaire dans la corruption, la comédie et le faire-semblant, la bière et la futilité, le tribalisme, l’égoïsme et la quête du petit profit personnel, tout en espérant échapper aux démons de l’autodestruction qu’il suscite et charrie inévitablement chaque jour depuis des décennies? Existe-t-il même encore ici quelque prédicateur et objecteur de conscience pour rappeler lucidement et courageusement à ce peuple démissionnaire, quel est son devoir et sa responsabilité dans l’orientation et l’action, relativement à la destinée et l’avenir du pays ? Au lieu de se complaire dans l’indolence et l’inaction, tout citoyen digne de ce nom, sérieux et responsable, devrait donc inlassablement rechercher dans la réflexion et l’action, le bien de sa nation tout en priant Dieu en sa faveur car son bonheur à lui dépend du sien. Il est urgent de rétablir la démocratie dans sa définition élémentaire de gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple.

3. La responsabilité de l’élite dirigeante
L’autre niveau de responsabilité du boko haram mentalitaire camerounais se situe au niveau de l’élite dirigeante qui depuis plus de 50 ans maintenant, soumet le pays à une gouvernance adossée sur les logiques de la terreur sournoise ; la corruption et l’achat des consciences ; la tricherie et le mensonge ; le tribalisme et le clanisme ; les égoïsmes, les injustices et les inégalités sociales ; la rareté et les pénuries diverses ; la culture et l’esprit du pacte colonial.

Par la terreur, le peuple est soumis à une répression soit brutale soit subtile qui l’installe dans tous les cas dans une psychologie de la peur, tout en brisant la plupart de ses ressorts de résistance citoyenne et politique. La conséquence directe en est, malgré le slogan incantatoire de démocratie apaisée, un état de dépolitisation massif et quand il existe, un militantisme majoritairement opportuniste de la part de la petite « élite » fonctionnaire, bourgeoise et affairiste, au sein des rangs du parti au pouvoir faisant alors office de cambusier et de distributeur des rôles et prébendes.

Par la corruption, la plupart des acteurs de la scène nationale ainsi que des pans entiers de la société sont tout simplement achetés et soumis soit à la loi du silence complice et coupable, soit à d’aussi soudaines que brusques entrées dans les rangs du parti organisateur pour prétendument assurer chacun sa propre survie ainsi que celle des siens.

Par la tricherie et le mensonge, une prétendue compétition démocratique est proclamée et entretenue depuis quasiment 25 ans, dans un environnement où les règles éminemment inéquitables du jeu politique et électoral en vigueur et à tous les niveaux, ne sont en vérité que la négation même de l’idéal démocratique. Lorsqu’une société est à ce point subvertie par ses propres dirigeants, c’est-à-dire ceux-là mêmes qui devraient être les plus soucieux de son avenir, il est constant, quand on se réfère à l’histoire de l’humanité, qu’elle s’expose à terme, naturellement ou surnaturellement, la vie étant constitutive de ces deux réalités placées en tout cas sous le contrôle vigilant du Régulateur suprême et éternel, à un processus de décomposition et de déréliction inéluctable.

Résultat des courses : De la longue crise économique et financière amorcée au milieu des années 1980 ; de la très profonde crise morale à la pollution mentale généralisées ; des innombrables scandales politico-financiers sur fond de détournements de la fortune publique jonchant la trajectoire historique du pays jusqu’aux plus spectaculaires prises de l’opération Epervier au sein des sphères les plus élevées du pouvoir ; du ressentiment légitime et des rancœurs historiques dues aux blessures incommensurables de notre histoire coloniale, des injustices et inégalités sociales et autres souffrances insupportables caractérisant encore et toujours le quotidien des Camerounais ; des frustrations politiques diverses issues du verrouillage du jeu démocratique, du phénomène des coupeurs de route à ceux des crimes rituels en tant qu’asymptote de la criminalité et de l’insécurité urbaines ; du chômage de masse avec son cortège d’aigreurs, de frustrations et de désirs de revanche ; de la rareté et des pénuries diverses en matière de commodités élémentaires telles l’eau, l’électricité, la route ou la santé, la liste est loin d’être exhaustive des signes qui n’ont eu de cesse de matérialiser la décomposition croissante et la prise d’eau des différents compartiments d’un bateau qui n’a jamais cessé d’être dans la tourmente.

Ces diverses tribulations auxquelles s’ajoute la nouvelle forme d’insécurité due à boko haram, sont encore une fois loin d’être le produit du hasard. Elles tirent leurs sources profondes du boko haram mentalitaire camerounais que nous avons essayé de décrire à travers les précédentes lignes en guise de sonnette d’alarme. Nous suggérons de nouveau et avec force que tout en travaillant à sécuriser davantage notre territoire en mettant en œuvre tous les moyens nécessaires, nous nous attelions aussi et surtout à traiter le mal du boko haram mentalitaire à la racine, tant il est vrai que les deux phénomènes sont intimement liés.

 

Dr. Olivier Bile

II. LA SOLUTION DURABLE A BOKO HARAM
La résolution durable et satisfaisante du péril lié au terrorisme islamiste en général et à boko haram en particulier réside dans la mise en œuvre, dans une approche systémique, de plusieurs leviers qui nous semblent indissociables, les causes identifiées étant elles-mêmes plurielles. Dans le cas du Cameroun, il s’agit notamment de prendre les mesures ci-après:

1. Le rajeunissement et la diversification de l’équipe gouvernementale et de l’élite dirigeante
De nombreuses frustrations sont nées dans le pays du fossé séparant la génération aux commandes de l’Etat et celle des jeunes constituant la majeure partie de la population, qui ne cache pas son aspiration à un nouvel ordre générationnel national. Dans le même ordre d’idées, nombre de citoyens éprouvent un sentiment de discrimination, les sphères du pouvoir semblant confisquées par une catégorie particulière de Camerounais.

Un passage harmonieux de relais des séniors aux juniors est par conséquent aujourd’hui nécessaire, en vue d’assurer la préservation pacifique du lien intergénérationnel, en même temps que le lien social doit être resoudé grâce à la représentation dans les instances du pouvoir, d’une palette d’acteurs compétents et reflétant véritablement la diversité nationale.
A l’instar de ce qui se fait ailleurs en contexte singulièrement difficile, cela passerait entre autres, par une robuste stratégie de rassemblement de toutes les forces vives les plus essentielles, en vue du salut de la nation. Plus concrètement, cela se traduirait par la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé par un jeune et à forte coloration jeune.

2. Le renforcement de l’intelligence spirituelle
«Qui bâtit sans Dieu bâtit en vain», disent les Ecritures. Lorsque l’action humaine est accompagnée de la bienveillance et du soutien divins issus de la prière, alors elle devient profondément fécondante et victorieuse. Et lorsque cette mobilisation spirituelle est menée à l’échelle de la nation parce que suscitée par les autorités elles-mêmes, alors son impact peut être considérable si l’initiative est sincère et volontariste. La mise en mouvement plus intense de l’armée de Dieu à côté de l’armée humaine est indispensable à travers la mobilisation de toutes les chapelles religieuses. Il est toutefois nécessaire que cette action spirituelle bénéficie de toute la légitimité nécessaire, laquelle provient de la probité et de la sincérité des dirigeants politiques et religieux, voire des croyants dans toute leur diversité.

Dans cet ordre d’idées, l’UFP prescrit l’instauration sur une base annuelle, d’une semaine nationale et officielle de prière à l’intention de l’ensemble du pays, toutes chapelles confondues. Précisons toutefois qu’il s’agit davantage d’une journée que d’une semaine de prière car en réalité, cette importante semaine est destinée à permettre à chaque obédience et à chaque citoyen, d’y choisir la journée qui lui convient pour la consacrer à sa prière au bénéfice du bien-être de la nation. Lors de ladite semaine, les musulmans pourraient se focaliser sur la journée de vendredi et les chrétiens sur celles du samedi et du dimanche correspondantes. La période que nous proposons à cet effet est celle de la dernière semaine du mois de janvier afin de permettre au pays de démarrer les années à venir sur des bases plus saines, plus positives et plus porteuses pour tous.

3. La promotion du patriotisme et du «winning spirit cameroon»
En tant que concept central de réarmement mental et moral, véhicule de l’idée forte selon laquelle la résolution des problèmes au sein d’un Etat ne saurait reposer exclusivement sur des considérations matérielles mais aussi sur des leviers psychologiques et mentaux, le Winning Spirit a vocation à inspirer l’émergence d’une mentalité et d’une culture dynamiques d’attachement au pays et de préoccupation forte pour soi-même, pour son prochain ainsi que pour la destinée de la cité dont nous sommes tous membres. Cela passe par la mobilisation et la promotion d’un référentiel éthique, civique et patriotique élevé eu égard à l’ampleur himalayenne des défis sécuritaires contemporains. Vigilance des citoyens, capacité d’indignation et de dénonciation, sortie de la lâcheté et de l’individualisme habituels, quête sans réserve de l’intérêt général, réarmement mental et redressement moral en vue triomphe de l’intérêt national, tels sont les réflexes devant animer le citoyen camerounais nouveau. S’il y a du reste lieu à cet égard déjà de se féliciter des progrès enregistrés en matière de patriotisme, notons qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir.

4. Le renforcement de l’intelligence diplomatique et stratégique
Il passe par le dialogue et la concertation politiques au niveau national comme au niveau international, et notamment entre les Etats concernés par boko haram ainsi qu’avec d’autres Etats confrontés au même type de péril. Les rencontres au sommet et régulières entre Chefs d’Etat sont de nature, d’une part, à permettre de partager informations et expériences et, d’autre part, à favoriser une mutualisation de l’Action ainsi qu’une collaboration stratégique indispensables. Le facteur des ressources limitées des Etats pris isolément, milite également en faveur de cette coopération avec nos Etats voisins dans une approche panafricaniste.

L’intelligence stratégique est indispensable dans un conflit qui a changé de visage pour revêtir celui d’attaques sournoises par des kamikazes. Des réponses appropriées en termes d’affinement des techniques de collecte des renseignements, d’espionnage et d’observation des populations, de modernisation des instruments de détection des engins explosifs et autres armements, devraient également être apportées afin de rendre les interventions humaines plus efficaces sur le terrain. En dehors des activités militaires menées par nos forces de défense et de sécurité au niveau interne, l’action opérationnelle engagée dans le cadre mutualisé de la Force multinationale mixte (FMM) devrait permettre de donner plus d’efficacité et d’efficience à l’action de sécurisation des territoires du Cameroun, du Nigeria, du Tchad et de du Niger.

5. La mobilisation volontariste d’un projet politique original de rassemblement: la démocratie théiste
Le Cameroun qui est un Etat multiconfessionnel est aujourd’hui confronté au péril du terrorisme islamiste à travers la secte boko haram alors même que chrétiens et musulmans ont toujours vécu dans notre pays dans une atmosphère des plus pacifiques. Les leçons de l’histoire devraient cependant nous inviter à la vigilance, le mystère du terrorisme islamiste avec son cortège de subites radicalisations prospérant sur le socle de la pauvreté, de l’oisiveté, des frustrations et des inégalités étant loin d’être percé.

Aussi, à l’UFP, sommes-nous convaincus d’avoir la solution radicale à ce problème au travers de la proposition originale de la Démocratie Théiste. Fusion pertinente de la démocratie chrétienne et de la démocratie islamique, il s’agit d’un projet politico-spirituel et d’une construction idéologique de rassemblement des citoyens-croyants, toutes obédiences confondues, sous le seul dénominateur qui leur est commun à savoir l’éthique de la Foi en Dieu et de l’amour du prochain, en vue de parvenir au triomphe de la Justice, de l’intégrité, de l’Equité et de la Prospérité. Les différences, voire les divergences religieuses étant perçues par certains comme un des périls majeurs de notre époque, il semble alors urgent de consolider notre vivre-ensemble sur les bases consensuelles et positives de la démocratie théiste qui au demeurant, est une solution pertinente pour les Etats multiconfessionnels de plus en plus nombreux dans le monde actuel. Ici chez nous, nous sommes plus que jamais convaincus que parce qu’ils sauront toujours se réinventer et fraterniser au sein de cadres sociopolitiques, économiques et culturels tolérants et adaptés au contexte, les différences religieuses ne sauront jamais diviser les Camerounais.

6. Autres leviers sociopolitiques et socioéconomiques internes
Quelques autres leviers d’ordre pratique devraient aussi être actionnés, qui seraient destinés à consolider le climat de liberté, de sécurité, de confiance et un environnement sociopolitique et socioéconomique véritablement favorables au plein épanouissement des acteurs divers, lesquels pourront ainsi répandre davantage leurs immenses virtualités et contribuer plus significativement au processus interne de création des richesses et de l’emploi, conditions majeures de production de la stabilité et de la paix sociale sur une base durable.

Il s’agit en fait, d’établir l’homme, le citoyen ordinaire et finalement les masses populaires camerounaises comme acteurs et bénéficiaires prioritaires des politiques publiques menées, notamment à travers une communication publique offensive sur la vision à mettre en œuvre en vue d’une meilleure appropriation populaire, la connexion du peuple tout entier au processus productif national.

Il s’agit également, au plan sociopolitique, de revisiter le chantier politique et électoral afin de restructurer notre paysage politique et institutionnel et d’en modifier les mécanismes et règles du jeu en vue de lui conférer les nécessaires équité, transparence et modernité.

Il s’agit aussi, en ce qui concerne l’histoire politique de notre pays, de s’approprier résolument l’esprit de l’Ubuntu de Nelson Mandela. Cette culture du pardon pour les travers et les errements du passé, celle de la réconciliation nationale et du rassemblement des enfants du pays sans discrimination (ceux du terroir autant que ceux de la diaspora), philosophie que le monde entier admire et célèbre à travers la figure légendaire de Mandela. Les fractures politiques, sociales, tribales ou régionales qui, au plan physique ou métaphysique, plombent la destinée de notre pays, devraient y trouver réparation.

Cette plateforme est de nature, d’une part, à réconcilier le pays avec son histoire ainsi qu’avec nos héros et martyrs du passé; d’autre part, elle devrait permettre d’assurer une retraite paisible aux principaux animateurs du régime actuel dont l’actuel Chef de l’Etat, perçu qu’ils seront comme acteurs d’un passage de témoin volontairement bienveillant et soucieux de l’avenir et du destin national, aux nouvelles générations politiques de notre pays.

Que Dieu bénisse le Cameroun! Je vous remercie.