Commerce illicite: 800 000 Africains fauchés par les faux médicaments

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (Oms), le continent noir est la principale victime du trafic de faux médicaments qui a pignon sur rue. 30% à 70% des médicaments qui se vendent en Afrique sont contrefaits.

«Environ 10% des médicaments en circulation dans le monde sont des faux, tuant directement ou indirectement 800 000 personnes par an», alarme l’Oms. Plus grave, c’est l’Afrique subsaharienne qui paye le plus lourd tribut de ce commerce illicite qui se porte comme un charme. En effet, selon l’organisation spécialisée des Nations unies, les faux médicaments sont un fléau qui tue plus de 800 000 personnes par an à travers le continent africain. Les experts de l’Oms précisent : «1% des médicaments qui circulent dans les pays développés sont des contrefaçons». Un ratio qui peut atteindre 10 à 15% dans les pays émergents et 30% dans les pays en développement. Ce sont des médicaments essentiels qui sont concernés par ces remèdes ambulants qui tuent à petit feu les pauvres africains. Notamment, «les antibiotiques et les médicaments contre le paludisme, la tuberculose ou le Sida», explique Bernard Leroy, directeur de l’Institut de recherche anti-contrefaçon de médicaments (Iracm). Et selon l’Oms, 30% à 70% des médicaments qui se vendent en Afrique sont contrefaits.

Généralement, selon les spécialistes, on retrouve dans ces potions issues de la contrebande des poussières de peinture, de l’antigel du glycol ou du mercure. C’est ainsi que les risques pour la santé sont nombreux. Car, il s’agit généralement des médicaments sans principe actif, sous-dosés ou sur-dosés, ou qui contiennent des substances toxiques. L’ingestion de ces produits peut provoquer des pathologies, des handicaps, de fortes résistances voire la mort purement et simplement. Il est fait état de ce qu’en 2013, plus de 122 000 enfants sont morts du paludisme en Afrique de l’Ouest faute d’avoir pris un traitement adéquat. En dépit de «l’appel de Cotonou» contre le trafic des médicaments contrefaits par onze chefs d’État d’Afrique de l’Ouest ont lancé en 2009, visiblement, le phénomène se porte bien voire très bien. Car, c’est un réseau bien huilé et parfois entretenus par les pontes du pouvoir. D’après des statistiques disponibles, c’est un business plus lucratif que la drogue. Il est à relever que le pouvoir d’achat des Africains étant généralement minables, les prix souvent trop élevés des médicaments et les ruptures de stocks récurrentes dans les points de vente officiels contraignent les patients à se tourner vers ces marchés parallèles qui prospèrent dans la rue. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir administrer les faux médicaments aux patients dans les cabinets médicaux privés, qui se multiplient dans les quartiers pauvres et échappent à tout contrôle.