Comment Paul et Chantal Biya font gagner les marchés publics

Des associations créées pour louanger le chef de l’Etat et la Première Dame usent de clientélisme pour siphonner la fortune publique. Elles sollicitent l’octroi des marchés publics.

Le profil prébendier des multiples associations qui encombrent l’espace politique camerounais ne fait l’ombre d’aucun doute. Celles créées pour glorifier le couple présidentiel sont loin d’être l’exception qui confirme la règle. Cette dernière catégorie d’association affiche, avec aisance, une trajectoire totalement rentière. Les deniers publics, eux, étant la mamelle nourricière de cette rente. Le démenti ne viendrait pas de l’Association des homonymes du couple présidentiel Paul et Chantal Biya (Ahcp). Cette association a commis une correspondance le 3 mars dernier. Destinataire : tous les membres du gouvernement. Objet : « Demande d’aide par l’attribution des marchés publics. » En lisant cette lettre acheminée dans plusieurs cabinets ministériels, il ressort que l’Association dont les membres seraient des homonymes de Paul et Chantal Biya est en quête de fonds pour sa survie et celle de ses adhérents. « Excellence, nous venons auprès de votre haute personnalité solliciter une aide par l’attribution des marchés publics afin de nous permettre d’aider nos membres et aussi développer notre association », lit-on. L’objectif n’est donc pas d’exécuter les marchés publics sollicités, mais d’orienter les fonds au bénéfice exclusif des « homonymes » de Paul et Chantal Biya.

L’association « regroupant les homonymes reconnus du couple présidentiel Paul et Chantal Biya » ambitionne d’allonger la liste des profiteurs illégaux des deniers publics. Aussi ahurissant que cela puisse paraître, elle dit aux membres du gouvernement : « vu le faite (sic) que le fonctionnement de l’association demande beaucoup de moyens financiers, l’attribution des petits marchés publics permettra non seulement aux homonymes du couple présidentiel Paul et Chantal Biya de développer de petites entreprises, mais aussi à l’association de vivre surtout d’encourager le chef de l’Etat dans la lutte contre Boko Haram et aussi pour la lourde mission. » Cette association des homonymes du couple présidentiel estime donc qu’être le bénéficiaire de détournement de deniers publics est synonyme de soutien au chef de l’Etat. La lutte contre Boko Haram, elle, étant l’assaisonnement fétiche, effet de mode oblige.


L’association ne décline pas dans quel domaine elle est techniquement compétente pour exécuter les marchés publics. Mais elle sait quand même ruser avec le dossier fiscal d’un membre, qui n’est pas l’homonyme de Paul ou Chantal Biya. Ainsi : «Pour ne pas afficher le nom du chef de l’Etat ou de la Première Dame dans un dossier fiscal, nous avons préféré fournir le dossier fiscal d’un autre membre qui ne porte pas leur nom. » Vraiment ? Oui ! Pas besoin de taquiner longtemps la muse pour comprendre que l’association des homonymes de Paul et Chantal Biya est une agglomération de quidams qui ne rêvent que de siphonner la fortune publique en usant mensongèrement des patronymes du couple présidentiel. L’association étale sa drôlerie dans la liste des pièces jointes à sa correspondance aux membres du gouvernement. Y figurent : une « copie actes (sic) de naissance du président ; copie carte nationale d’identité ; dossier fiscal. » De quoi faire ricaner les membres des commissions de passation des marchés.

Saigneurs !
Toute personne physique ou morale a certes le droit de postuler à un marché public au Cameroun. Pourvu qu’elle en remplisse les conditions prédéfinies par la réglementation en vigueur. Mais, reconnaissons-le sans faire la fine bouche, les noms de Paul et Chantal Biya sont abusivement et négativement utilisés. Et, la démarche de cette association est ubuesque. Une association ne peut pas figurer pas dans le répertoire des personnes morales qui sont éligibles à l’octroi des marchés publics au Cameroun. Seules les entreprises, en tant que personne morale, ont ce privilège. Cette association n’a aucune capacité technique connue et reconnue. Elle étale longuement son dénuement en espérant sortir de la précarité financière et matérielle par les fonds publics issus des marchés publics qui pourraient lui être attribués. Les soutiens réels ou supposés du chef de l’Etat sont très enthousiastes lorsqu’ils parlent de la lutte contre les détournements de deniers publics au Cameroun. Leurs propos sont largement ponctués par des extraits des discours de Paul Biya. Mais ils savent dire « seigneur, seigneur », sans suivre la voie qu’il leur montre : ils savent au moins être saigneurs en récitant bruyamment les versets du seigneur.