Comment l’Afrique de l’Ouest habille le Cameroun en pagnes et basins

Le commerce des pagnes et des basins unit particulièrement l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest. Voyage au coeur d’une filière juteuse et bien organisée entre le Cameroun, le Bénin, le Nigeria, le Togo…

Au Cameroun, le pagne n’est plus seulement un vêtement, mais une valeur de référence, un indicateur du statut social de ceux qui le portent. Les grands événements de la vie : fiançailles, mariage, cérémonies religieuses et de fin d’apprentissage, anniversaire, funérailles… sont désormais marqués par la «sortie» d’un nouveau modèle dont on garde précieusement un échantillon en souvenir. Vu le succès sans cesse croissant de ces pagnes, à côté desquels se greffent souvent les basins, des commerçants avisés ont rapidement compris l’intérêt de se lancer dans la vente de ces tissus dont l’itinéraire commercial commence en Afrique de l’Ouest.
Bertrand Bouba est l’un d’eux. Avec un brin de nostalgie, il raconte son arrivée dans l’univers de l’importation des pagnes et basins à partir de l’Afrique de l’Ouest. «Après plusieurs échecs aux concours d’entrée à la fonction publique, ceux-ci n’étaient d’ailleurs pas monnaie courante à notre époque, je me suis

lancé dans le commerce de la friperie. Cela me faisait certes gagner de l’argent, mais je restais sur ma faim», se souvient-il. Son désir d’aller plus loin se réalise à l’occasion d’une rencontre avec un de ses amis, originaire de l’Extrême-Nord et bon connaisseur de la filière ouest africaine des pagnes et autres tissus.
Bertrand Bouba trouve enfin le filon en Afrique de l’Ouest, où le commerce des pagnes bat son plein et nourrit bien ses acteurs. En effet, le Togo, le Bénin, le Nigeria, sont un réservoir considérable pour quiconque veut se lancer dans ce secteur d’activités richement tinté de tissus Wax et autres boubous élégamment brodés. Surfant sur la réputation grandissante de ce produit, plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ont judicieusement installé des usines de fabrication de Wax dans leurs capitales ou à proximité, pour rivaliser avec le Wax hollandais. Une aubaine pour les commerçants camerounais qui vont, en nombre sans cesse croissant, se ravitailler en pagnes.
Aussi, des boutiques dédiées à la vente de ces étoffes apparaissent-elles dans les grandes villes camerounaises. Le marché Congo à Douala et le marché central de Yaoundé sont même devenus des références en la matière. On peut valablement dire que le commerce des pagnes y est prospère, comme dans l’ensemble des grandes villes du Septentrion.

CAMAIR-CO
«Cela fait pratiquement 15 ans que je me suis lancée dans ce commerce. Je le trouve florissant et facile, ce d’autant plus que notre compagnie aérienne, Camair-Co, nous facilite un grand nombre de choses», témoigne Mme Kélou, une vendeuse de pagnes, plus connue dans le milieu sous l’appellation de «Madame le maire». Comme elle, Aladji Mahamat, affectueu habitué des vols Camair-Co à destination de l’Afrique de l’Ouest. «Au départ, j’étais réticent. Mais à ce jour, je ne suis pas prêt d’abandonner cette affaire. J’y trouve mon compte, je l’avoue», lâche-t-il, tout sourire.
«Pour se mettre dans ce commerce, il faut avoir au moins un million de francs Cfa, excepté les frais d’hébergement, le billet d’avion, les différents déplacements en taxi. Toutefois, avec 500 000 Fcfa, on peut aussi y aller. Mais pour cette somme, il est préférable d’investir dans l’achat des bijoux. Tout dépend de vos moyens et du type de marchandise que vous voulez. Les ballots contenant des pagnes et des basins de très bonne qualité peuvent s’acheter à un bon prix, et contiennent 100 pagnes. Bien sûr qu’il faut compter avec les fluctuations du dollar. Au sujet des pagnes par exemple, vous pouvez les faire coudre là-bas et venir les vendre au pays à un bon prix : 15 000, 30 000 ou 65 000 Fcfa.
Les basins coûtent de 20 000 à 120 000 Fcfa et les clients en redemandent », explique Daifourou Bakari alias «Modibo», qui compte dix ans d’expérience dans ce business. Et le commerçant de dire toute la sympathie qu’il a pour Camair-Co. «A Cotonou, son service est aimable et à part les 42 Kg de bagages en soute, 10 kg en cabine, dès que vous avez d’autres marchandises de 50 Kg et plus, Camair-Co, contrairement à d’autres compagnies, nous facture le kilogramme à 1 000 Fcfa. C’est pour cela qu’on aimerait qu’il y ait un service de fret pour cette compagnie à Lagos, parce que nous faisons le déplacement de cette ville nigériane par route pour faire nos achats et revenons à Cotonou, où on reprend un vol Camair-Co à destination du Cameroun», déclare Modibo.
Malgré ces petits désagréments, Mme Kélou et Mme Haoua dit Gogo, commerçantes basées à l’Extrême-Nord, et plus précisément dans la ville de Mokolo, comme bien d’autres commerçants de la région, n’hésitent pas à prendre la direction du Nigeria ou du Bénin dès que le besoin de se ravitailler en pagnes et basins se fait sentir. Autant dire que le commerce international du pagne textile se porte bien.