Comment la France vient d’entrer dans la guerre civile camerounaise

Emmanuel Macron avait été silencieux jusque-là. Certes, Paris ne laissait passer rien du tout qui présentât la crise anglophone dans ses médias, ni la guerre qui a lieu au Cameroun – tous mes articles envoyés à Le Monde ont été refusés. De même à Libération. De même des articles d’un de mes amis écrivain. Demande de rendez-vous avec l’Élysée refusée. Pendant ce temps, les Etats-Unis étaient aux devant de la scène sur le dossier camerounais – avec Nikky Halley, la représentante américaine à l’ONU envoyant des bombes, signant des textes incendiaires, l’ambassadeur américain à Yaoundé jouant la partition, accusant ‘les deux parties’ de crimes.

Le Congrès américain faisant de même. Puis le Bundestag allemand. L’Angleterre, échauffée à travers son House of Commons, s’est plus ou moins laissée prendre avec un contrat bidon, qui n’est pas encore financé m’a-t-on dit à Londres, pour le pétrole de Limbe, propriété française. Manière de dire que Emmanuel Macron avait besoin d’un incident pour entrer en scène, lui qui se cachait, lui qui se taisait, lui qui partout faisait l’apologie du français en parlant anglais en Inde, aux Etats-Unis, et qui, paradoxalement, a dans un des pays cardinaux de la Francophonie, et des industries françaises, le Cameroun, une minorité anglophone qui subit un génocide commis par des forces francophones.

Tandis que les capitales du monde s’animaient autour du dossier du Cameroun, du dossier anglophone, trainaient le nom de Biya dans la boue, Macron se cachait, lui qui a bien reçu Paul Biya avec pompe à l’Elysée il y’a quelques temps, et dont l’industrie a le plus à perdre dans une indépendance de l’Ambazonie – nominalement.

Oui, Emmanuel Macron, jeune président, brusque, et plein de complexes, avait besoin d’un incident phare, pour entrer en scène. L’attaque sur le convoi de son secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, le 30 juin 2018 à Buea, était idoine, ne pouvait que bien tomber, trop bien tomber. Certes, si l’alignement du président français sur la position de Paul Biya, lors du 20 mai le plus sanglant de l’histoire du Cameroun, était passé inaperçu dans l’opinion générale, les évènements du 30 juin lui ont cependant donné l’occasion de réaffirmer sa position – à la cavalière.

Le 29 juin, Jean-Baptiste Lemoyne avait rencontré Paul Biya, lors d’une visite de courtoisie au bout de laquelle il avait énuméré la position plutôt soporifique de la France – support de l’unité du pays, ‘unité dans la diversité’, etc. Mais l’attaque du convoi du secrétaire d’Etat à Buea – où il se sera rendu au chevet des entreprises pétrolières françaises, sans rencontrer aucun leader camerounais de la société civile, ni Agbor Balla qui y vit pourtant, même pour la forme, comme son collègue anglaise et allemand, ou comme l’ambassadeur américain jadis -, l’attaque du convoi du secrétaire d’Etat français sur la route de Buea, aura prompté le président français à faire un appel téléphonique à Biya, le 1 juillet 2018.

Pourquoi appeler le président camerounais au téléphone, quand deux jours auparavant son propre émissaire, son propre ministre, avait déjà passé deux heures à discuter avec ce dernier. Entre les deux moments, la rencontre à Etoudi et l’appel du patron après le départ du ministre, se situent les incidents sur la route de Buea.

La politique se fabrique très vite des prétextes. La guerre contre les Anglophones aura été causée par un prétexte : la mort de ‘six gendarmes’, qui le 30 novembre 2017 aura prompté Paul Biya à déclarer la guerre à une partie du peuple camerounais – les Anglophones. Ici, l’attaque sur le convoi du secrétaire d’Etat français, Jean-Baptiste Lemoyne, aura prompté Emmanuel Macron, à se jeter dans le conflit d’où il s’était toujours maintenu à l’écart.

Le 2 juillet, un long convoi de camions militaires se sera mis en branle vers la région en guerre. Il est facile de lire dans l’antichambre des péripéties qui se déroulent devant nos yeux : l’armée camerounaise n’a jusqu’ici vécu que des défaites, elle qui n’a pas seulement perdu son avantage moral (comme l’a constaté l’ambassadeur américain en l’accusant de commettre ‘aussi’ des crimes de guerre), elle a entre temps perdu, de son propre aveu, plus d’une centaine de soldats en deux mois seulement. Dire qu’elle vit une hécatombe c’est prononcer un jugement bien clément, car Paul Biya a bien dû augmenter les primes de ses soldats qui, selon les témoignages, fuient les scènes de la guerre, abandonnent leurs fusils, et parfois même rejoignent le camp des forces ambazoniennes.

L’économie est à plat, fouettée par la guerre aux Anglophones. L’élection législative repoussée. L’entrée en scène de la France au Cameroun, parce qu’elle se passe encore en dessous d’un mandat de l’ONU dont elle s’accaparera de toutes les façons, ne peut encore que consister à financer la logistique militaire, et à former les soldats camerounais. Mais déjà, il faudrait s’attendre à sa repartie aux Nations Unis qui ont envoyé déjà il y a deux mois une employée chargée spécifiquement du conflit à Yaoundé, même si fonctionnant dans l’ombre parce que orpheline de la demande du président camerounais.

Prendre l’initiative pour la France ne peut pas se suffire de jouer les financiers d’un conflit dans lequel les Camerounais s’entretuent. Il s’agira aussi de retirer aux USA son avantage, et de donner la réplique a Nikky Halley. En introduisant au nom du Cameroun, une résolution au Conseil de sécurité par exemple. Ce serait dans sa tradition de main-mise sur notre pays. Les vipers sont notre seul espoir.

Wata na wata.

Concierge de la République