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Comite Central du RDPC : l’Échec de la version Jean Nkueté

Comite Central du RDPC : l’Échec de la version Jean Nkueté

Dans l’attente des prochains grands rendez-vous électoraux, la classe politique nationale bouillonne. A certains endroits, la nervosité est même visible. C’est le cas au Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti présidentiel, où les petits tacles et les grosses colères se suivent. Entre l’équipe dirigeante et les ex-notables confinés sur le banc de touche, le marquage est désormais très serré. Ce qui justifie, aux yeux d’une partie de l’opinion, l’idée d’une lutte interne qui va aller en s’intensifiant. Au point de remettre en cause l’unité de la famille Rdpciste ?

Le RDPC version Jean Nkueté n’a pas la tâche facile. Va-t-il tenir la route et, si oui, saura-t-il maintenir le cap face aux nombreux vents contraires qui menacent de faire chavirer le bateau ? La question mérite d’être posée, et même reposée. Surtout au regard du contexte actuel de renouvellement des organes de base du parti et de la polémique qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Il n’y a pas de fumée sans feu, dit-on. Car, depuis le 3e congrès ordinaire du parti tenu en septembre 2011 et le dégommage partiel de nombreuses notabilités, la “nouvelle dynamique du RDPC” souhaitée par son Capitaine pour donner enfin de la constance à son septennat peine toujours à redémarrer.

Bien au contraire, le parti continue de se chercher un positionnement qui cadre avec ses ambitions de relance. Mais cela est plus facile à dire qu’à faire. Or, en presque quatre années de manoeuvre de l’équipe Jean Nkueté, pas grand-chose n’a encore bougé au large, si ce ne sont ces disputes entre prétendants pour occuper ce qui reste encore comme responsabilité à prendre à la base. Au sommet, par contre, les frustrations légitimes nées du nettoyage opéré lors du congrès du parti à Yaoundé n’ont toujours pas été digérées. Surtout du côté de cette masse désormais inopérante d’anciens hauts cadres de l’administration, mis en congé politico-technique d’un parti qu’ils ont parfois porté à bout de bras, durant les moments chauds où le Cameroun était sur les braises sociales.

Assurément, la déconvenue est grande, trop grande peut-être pour les concernés ; et le jus qui l’accompagne sans doute trop aigre pour être avalé aussi facilement. Car désormais tenus à bonne distance de la cuisine, au moins momentanément, ces anciens bonzes, jadis au sommet de leur puissance convenue, restent à présent sous étroite surveillance. Rien d’étonnant à cela. Les choses sont ainsi faites. C’est ainsi d’ailleurs que fonctionne «le système» tel que décrit par Andrei Gratchev dans son célèbre ouvrage «L’empire du néant»: les apparatchiks d’un certain niveau de responsabilités ne peuvent être laissés en dehors du bunker, sans représenter un danger pour lui-même.

Alors, dans un tel contexte, mieux vaut un garage de luxe, aussi symbolique soitil, qu’une liberté sans or aux contours imprévisibles ! Ainsi, ces personnalités que l’on dit partantes pour lancer une bombe politique dans l’arène, laquelle prendrait la forme d’une “fronde du refus” contre les nouveaux maîtres, sont obligées de subir le poids de la rumeur. Seulement voilà : jusqu’à preuve du contraire, le seul vrai patron du RDPC, on le connaît. C’est Paul Biya et personne d’autre. Depuis plus de 30 ans qu’il est au pouvoir, il contrôle les instances puis le parti acquis à sa cause. Les hommes, la mécanique, les arcanes, les moyens financiers, la propagande, rien ne se fait qui ne réponde à sa vision.

Le RDPC, certains militants l’ont assimilé à un champ, d’autres à une caserne au service de la même personne. Tout tourne autour de sa personne, de son pouvoir, comme au temps du parti unique ou des pères de la nation et des grands timoniers. Par conséquent, on imagine mal des initiatives personnelles ou des prises de position qui pourraient contrarier les plans du patron sans être immédiatement contrées. Lui qui traîne encore le pas au sujet de ses intentions pour l’après-2018. Dans ces conditions où rien n’est encore clair dans les esprits et sur le papier, mieux vaut sûrement faire comme le lièvre et éviter le châtiment infligé à l’hyène.

On l’aura compris, c’est le courage des idées et des convictions assumées qui fait encore défaut au sein de la galaxie présidentielle. A terme, le défi qui guette le RDPC, parti au pouvoir, c’est celui de la capacité à maintenir une unité que beaucoup jugent de façade. En sonnant violemment la charge contre certains camarades accusés en des termes à peine voilés d’entretenir à dessein la rumeur et la désinformation, Jean Nkuete a admis en urgence ce que bien de gens et d’analystes de la vie politique camerounaise pensent depuis longtemps. A savoir que l’heure de la décrue a sans doute sonné pour le RDPC, après plus de trois décennies de domination sans partage dans tous les compartiments de la vie publique nationale. Ce qui pourrait bien favoriser la montée en puissance de nouveaux courants et forces politiques, susceptibles de rompre avec la monotonie observée depuislongtemps. Ce sera, en tout cas, l’enjeu principal des prochaines échéances électorales. Elles permettront de jauger la capacité de conviction des partis qui se disputent le leadership, ainsi que la réceptivité des citoyens…

 

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