Combattre la pauvreté et la précarité pour vaincre l’insécurité au cameroun

Les mauvaises conditions dans lesquelles vit la grande majorité de Camerounais peuvent être un facteur non négligeable de l’insécurité dans notre pays.Malgré des indices de croissance promoteurs au Cameroun, si l’on en croit les discours officiels, la précarité reste un problème crucial pour la majorité des citoyens de notre pays.
Il suffit de circuler dans les rues de Douala et de Yaoundé, pour se rendre compte du nombre élevé de nécessiteux qui abordent les passants pour obtenir ne serait-ce qu’une pièce de 100 FCfa ! Selon des statistiques fiables, 47% des Africains vivent avec moins d’un euro par jour.
La notion de pauvreté ou de précarité est par définition subjective et relative. Tout dépend du niveau de développement d’un pays. Cependant, il est important de délimiter le périmètre des enjeux qu’englobe la précarité pour pouvoir évaluer les solutions possibles. Qui sont les pauvres et de quoi souffrent-ils ? La pauvreté est l’insuffisance de ressources matérielles, comme la nourriture, l’accès à l’eau potable, les vêtements, le logement, et des conditions de vie en général, mais également de ressources intangibles comme l’accès à l’éducation, l’exercice d’une activité valorisante, le respect reçu des autres citoyens. Des jeunes désœuvrés qui agressent de jour comme de nuit, tuent et volent au su et au vu des autorités. Pas d’éducation, pas de boulots, rien à faire, voilà comment on se retrouve dans les rues pour grossir les effectifs déjà pléthoriques des désoeuvrés.

Lorsqu’on interroge les gens dans la rue sur ce que signifie « être pauvre », 90% invoquent avant tout la définition la plus classique de la pauvreté qui retient comme critère : un niveau de consommation inférieur à un seuil minimum de subsistance. Une large majorité des personnes interrogées (87%) définit parallèlement la pauvreté en soulignant l’incapacité à influer sur ses conditions. Enfin, 84% des individus l’associent à des conditions matérielles d’existence difficiles ou à la faiblesse du capital humain. Mais il convient de souligner que plus les individus sont démunis du point de vue financier, plus ils mettent en avant les différentes dimensions de la pauvreté.

Ndoedje Michel, journaliste camerounais et promoteur d’une association pour la promotion, l’éducation de l’environnement et des droits des Baka pygmées dans la Région de l’Est Cameroun, pense qu’il ne peut y avoir de solutions durables sans avoir au préalable bien ciblé les causes antérieures de la précarité: « au Cameroun par exemple, le salaire minimum est de 28 000 FCFA et dans la plupart des cas moins que cette somme, une fille de chambre ou de ménage touche 15.000 FCFA. Alors que les ministres, en plus de leurs salaires qu’ils reçoivent, ont une prime de pétrole de plus 2 500 000 FCFA par jour [..] On serait tenté de se demander en quoi ceci est pertinent dans la discussion qui nous intéresse ? Eh bien, quand toute la richesse est concentrée aux mains de quelques uns, la monnaie ne circule pas dans toutes les couches de la société. Et même le plus entreprenant des citoyens ne trouve personne pour acheter ce qu’il produit. Pas de production pas d’emploi et même quand il y a des emplois, ce sont des emplois de 25 000 fcfa à 28.000 fcfa ! Le nombre de ceux qui ont des richesses pour acheter étant limité, ainsi que leurs besoins individuels, les basses couches de la société se contentent de survivre et non de vivre le temps qu’ils peuvent et de mourir silencieusement ».

Le débat sur l’aide ou le commerce comme solutions à la précarité fait souvent référence au fait que la dignité des êtres exige qu’une solution durable implique l’épanouissement individuel et la possibilité de vivre sans avoir recours à une aide extérieure. Cette notion met aussi l’accent sur le fait que nombreux (les corrompus et les détourneurs de fonds publics), ne s’estiment pas faisant partie de la population fragilisée et ne ressentent pas le besoin d’exprimer une situation sociale précaire.
La précarité détourne les consciences du bien vers le mal. Celui qui vit dans l’indigence est très souvent prêt à se donner à n’importe quelle compromission pour survivre. C’est justement cet aspect du caractère dangereux de la pauvreté que souligne l’Archevêque de Douala dans l’interview qu’il nous accorde dans ce journal sur l’insécurité dans l’Extrême Nord du Cameroun (Cf P. 4) : « Cela a déjà été dit que le groupe qui sème l’insécurité à l’Extrême Nord profite de la misère de nos populations pour recruter des jeunes dans ses rangs. On ne peut pas exclure ce facteur, car un jeune qui ne travaille pas peut céder à n’importe quelle sollicitation si elle lui rapporte de l’argent. Les familles qui vivent dans l’indigence totale peuvent aussi constituer un vivier pour ces groupes. Si on leur propose de l’argent, je ne vois pas comment elles ne vont pas céder. Pour ma part, j’ai toujours dénoncé dans mes lettres pastorales la pauvreté, la misère, bref les conditions dans lesquelles vivent bon nombre de Camerounais ».

Il n’est donc pas étonnant que des jeunes de notre pays puissent collaborer avec les groupes qui sèment l’insécurité dans notre territoire, car en contre- partie, ils reçoivent un paiement qui peut leur permettre d’assurer leur ordinaire. Notre pays le Cameroun ne doit plus être perçu comme un pays où les discours sont déconnectés de la réalité, faisons de notre pays une terre d’espérance et non plus une terre à problèmes.