Clément Mboussi Onana : «Comment j’ai failli abattre le général Asso’o»

Clément Mboussi Onana : «Comment j’ai failli abattre le général Asso’o»

Dans un ouvrage de 177 pages intitulé « Le Soldat de l’ombre » publié aux éditions du Schabel, le colonel à la retraite revisite les faits, les anecdotes et même ses rapports avec la hiérarchie militaire (notamment l’actuel patron de la logistique de l’armée) durant les 50 années de son parcours dans l’armée camerounaise.

On aurait dit d’entrée de jeu, à la première lecture intégrale du livre, que le colonel a la rancune tenace. Réputé rebelle Clément Mboussi Onana, colonel à la retraite, n’a pas oublié son passé, celui de quelqu’un qui a occupé de hautes fonctions dans l’armée camerounaise. Mais qu’est-ce qui peut bien pousser le soldat à sortir de l’ombre, alors même qu’il a, de nombreuses années durant, été le responsable des services de renseignements militaires de son pays.

De mémoire, certains apparatchiks et hiérarques du régime du Renouveau, aiment à dire que les services de renseignement sont comme une tombe. Muets. Plus encore, quand l’on a fait ses armes, on se comporte comme le personnage d’Alfred, comte de Vigny, dans son poème « La mort du loup » où, l’on peut lire : « Gémir, pleurer, prier est également lâche. Fais énergiquement ta longue et lourde tâche ; dans la voie où, le sort a voulu t’appeler. Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler». Malgré un demi-siècle de bons et loyaux services dans l’armée camerounaise, en dépit du poids des années et de la maladie, l’auteur de « Le Soldat de l’ombre» publié aux éditions du Schabel , garde la mémoire vive et féconde.

Son ouvrage fortement documenté par des photographies parlantes et inédites ; davantage des annexes frappées du sceau de la confidentialité; à l’instar du «rapport sur les problèmes moraux des soldats camerounais » ou encore le «rapport sur le trafic d’armes et de munitions de guerre», comporte de nombreuses révélations poignantes; enseigne sur l’histoire de l’armée camerounaise, l’histoire de ses camarades de promotion et mêmes d’armes. D’une page à une autre se décline son parcours, sa trajectoire qui est loin d’être un long fleuve tranquille dans l’armée camerounaise.

« Le présent ouvrage est le récit des faits authentiques vécus par l’auteur durant sa carrière de soldat. Les évènements qui y sont relatés et décrits indisposeront certainement… Les noms de certains chefs militaires sous les ordres desquels j’ai eu à travailler seront cités pour éclairer mon propos… » Écrit-il dans son introduction. Mais il y a surtout cette préface dans laquelle, Laurent-Charles Boyomo Assala, le préfacier, marque son accord moral sur : « quelques unes des clés fournies par le récit, pour comprendre quelques dates de l’histoire récente de notre pays, le tribut de la paix et de la stabilité trop cher payé, la place de l’armée dans la restauration d’un ordre républicain toujours instable, etc. Au-delà, les turpitudes de quelques chefs militaires, l’appétence pour les crédits publics de l’armée, les abus inextinguibles d’autorité résonnent comme des épiphénomènes, des ratés dont l’expérience douloureusement vécue par l’auteur » lit-on.

Relations houleuses

L’auteur montre comment du fait de certaines pratiques, l’armée est devenue un cirque lugubre, parce que, infectée par des hommes à la morale licencieuse, des saltimbanques malhabiles, qui traitent leurs collaborateurs comme une masse d’idiots. Il montre comment ces hommes d’influence versent dans l’anormalité et se jouent avec désinvolture des espoirs et de la patience de leurs collaborateurs. Sans manifester l’envie de rechercher la crédibilité et la légitimité de son travail auprès des tiers, loin d’utiliser une certaine esthétique langagière pour maquiller certains faits, Clément Mboussi Onana, s’emploie avec audace, à utiliser les expressions dans leur réalité première.

Est faite mention de sa passe d’armes avec le général Asso’o le 28 septembre 1999. Extrait.

« Il a alors entrepris de m’insulter en ces termes, « colonel Mboussi, vous n’avez pas honte d’être commandé par votre promotionnaire? Espèce de petit officier. Sortez» ! Je lui ai rétorqué que je ne sortirai pas et qu’il me fasse sortir par force s’il le pouvait. Evidemment, il ne pouvait pas mettre la main sur moi, car j’étais armé, je l’aurai abattu comme un chien. Il l’aurait amplement mérité parce qu’à certains moments, lorsqu’on est devant un fou, il faut agir comme lui…»

Et d’ajouter :

« je lui ai dit pour terminer, que des généraux d’opérette de sa catégorie, j’en chiais tous les jours et qu’il pouvait aller se faire voir ailleurs».

Iconoclaste, avenant et outré par des ordres moralement suspects, la cohabitation avec le général Youmba à la septième région militaire à Ebolowa, sera tout aussi houleuse et difficile.

« L’atmosphère avec lui qui fut naguère mon chef à Maroua, ne pouvait pas être des plus chaleureuses, compte tenu des antécédents relatifs à notre collaboration dans l’Extrême-Nord. Lors de notre premier contact, l’officier général n’a pas cru bon me tendre la main. Le nouveau décor était planté » écrit le colonel. Si le livre s’apparente à l’holocauste personnel de son auteur, officier supérieur qui, malgré les missions stratégiques et spécifiques qu’il a menées, a achevé sa carrière sans être porté au grade de général d’’armée, leçon de chose, Clément Mboussi Onana invite l’armée camerounaise qui se délite (à cause des appétits du clinquant et de nombreux privilèges), à une véritable prise de conscience et à des solutions consensuelles aux nombreuses crises de sécurité.

Au-delà de la pertinence de la thématique et son caractère poignant, l’ouvrage de Clément Mboussi Onana en appelle à s’indigner de la résignation collective. Il appelle ses camarades encore en fonction, à sortir de la torpeur, à l’effet de régler les questions sur la mal gouvernance, l’exclusion, la corruption, la concussion, les forfaitures impunies et la désagrégation de l’armée camerounaise.

Clément Mboussi Onana, «Le Soldat de l’ombre» Editions du Schabel Yaoundé 2014, 177 pages. Prix : Non indiqué

camernews-Mboussi-Onana

camernews-Mboussi-Onana