CLAUDE ABE : «L’ÉTERNISATION AU POUVOIR EST CONTRE-PRODUCTIVE»

Le socio-politiste explique la situation qui prévaut au Burundi et les repercussions possibles en Afrique.

Quelle est votre compréhension de la situation actuelle au Burundi ?
La situation burundaise est une situation préoccupante pour tout lemonde qui s’intéresse aux processus de démocratisation en Afrique et surtout aux questions d’alternance. Surtout quand on sait que le Burundi constitue un pays qui avec le Rwanda nous a toujours donné des situations, des contextes de déploiement d’une agressivité à nulle autre pareille surtout sur fond de replis identitaires entre les Hutus et les  Tutsis. On avait cru que l’accord d’Arusha en Tanzanie, avait effectivement résolu le problème.

Mais, que s’est-il donc passé ?
Cet accord là, il faut le dire, n’a pas résolu le problème de l’alternance et du nombre de mandats que chacun pouvait réaliser au pouvoir. La Constitution burundaise arrivée par la suite résolvait la question des deux mandats c’est-à-dire qu’on ne pouvait pas avoir plus de deux mandats à la Présidence.Mais, Nkuruzinza, lui estime avoir fonctionné avec un premier texte qui est l’accord d’Arusha qui n’avait pas une clause de limitation des mandats et que dans ce sens son premier mandat est sous la bannière des accords d’Arusha et que la Constitution lui permettait d’en faire deux autres. Il y a un problème d’insécurité juridique. La mandature présidentielle n’a pas été encadrée juridiquement. Ce vide constitutionnel laisse la possibilité à tous les tripatouillages Ethiquement Nkuruzinza aurait pu se dire qu’il a fait ses deux mandats…

On remarque une espèce de contagion de ces résistances en Afrique à des dirigeants qui veulent se pérenniser au pouvoir…
Il me semble que les populations africaines aujourd’hui, ne se satisfont plus de l’éternisation d’un certain nombre d’individus au pouvoir.0n s’est bien rendu compte que leur éternisation au pouvoir est contre-productive pour le développement du pays dans la mesure où, au bout d’un certain temps les individus n’ont plus véritablement d’ambitions et de projets pour le pays.

Est-ce un phénomène spontané ou une tendance durable ?
C’est loin d’être un phénomène spontané. Quand les libéralisations politiques des années 90 sont arrivées, on a dit que c’était un problème de contagion des vents d’Est. Aujourd’hui certains analystes estiment que ce sont les occidentaux qui sont derrière lesmouvements des populations qui disent non aux projets d’éternité d’un certain nombre de chefs d’Etat. Au même moment nous disons, les Africains sont suffisamment matures pour se rendre compte du côté où se trouve leur intérêt, à mon sens, ceci annonce un élément : C’est le retour du positionnement du peuple, au centre du jeu politique dans les sociétés africaines. Ce retour du peuple est irréversible. Les dictateurs de tous bords devront désormais compter avec cette réactivité du peuple à pouvoir conserver et gérer sa souveraineté.

Y a t-il des indicateurs selon les quels une pareille situation pourrait arriver au Cameroun ?
C’est déjà arrivé au Cameroun. En février 2008, le peuple camerounais a exprimé sa lassitude face à un pouvoir qui s’éternise et qui ne répond plus ou ne répondait plus à aucun contrat à caractère juridique et constitutionnel. Ce n’est peut être pas allé jusqu’au bout,mais, je pense que les Camerounais sont à l’affût en se disant c’est la seconde occasion pour opérer la libéralisation politique au Cameroun. Et à ce titre là, ceux qui, ont des projets d’éternité dans ce sens là ou des projets de continuité du régime Rdpc risquent d’avoir le peuple camerounais en face.