Ciment : Prix de cession en détail

L’inauguration de la troisième cimenterie, l’une des plus importantes du pays, le 27 Août dernier par le premier Ministre, Chef du Gouvernement Philémon Yang constitue un tournant décisif dans la production de cette denrée dont le déficit était probant au Cameroun il y a quelques années au regard du nombre élevé des infrastructures en construction.

Après les Cimenteries d’Afrique (Cimaf), c’est au tour de Dangote Cement Cameroon S.A de se mettre en place. Alors que Cimaf produit depuis l’année dernière, c’est au mois de mars 2015 que Dangoté a mis son premier sac de ciment sur le marché. Et avec l’annonce d’une production annuelle de 1,5 million de tonnes qui pourra plus tard être portée à 3 millions de tonnes, le secteur du bâtiment et des travaux publics connait une belle embellie. Mais ce qui surprend beaucoup d’observateurs de ce secteur, il se trouve que cette embellie de l’offre n’a aucune incidence sur les prix pratiqués jusqu’alors dans le pays. Faut-il croire que le libéralisme communautaire n’est qu’un slogan et qu’au pays de Paul Biya la loi du commerce est obsolète ?

Une production relevée

Lorsqu’on se rappelle que jusqu’au début de l’année dernière la seule production de ciment au Cameroun était le fait des Cimenteries du Cameroun (Cimencam) avec une production estimée à 1 million 600 mille tonnes, ce qui obligeait les constructeurs à connaitre de temps à autre des pénuries et les quincailliers à se ravitailler hors du continent, notamment en Chine et en Turquie ; depuis lors, la donne a changé et en bien. L’arrivée l’année dernier de Cimaf avec une production annuelle de 500 000 tonnes puis de Dangote il y a quelques avec 1 million 500 mille tonnes et l’arrivée prochaine de Medcem Cameroon, un partenariat Camerouno-Turc avec 600 mille tonnes permettra de porter la production annuelle du pays à 4 millions 200 mille tonnes.

Annoncée également, la probable entrée des Coréens, dont la production n’est pas encore connue. Tout cela fera du Cameroun, le premier pays exportateur du ciment de la sous-région d’Afrique Centrale si l’on tient compte du fait que le groupe Dangoté annonce la construction d’une autre usine du côté de Yaoundé. Avec toutes ces cimenteries, il ne sera plus question d’importer du ciment et de voir des chantiers à l’arrêt. Finies les pénuries sauf si le déficit de production énergétique venait à plomber la bonne marche de ces usines. Ce qu’il ne faudrait surtout pas souhaiter et surtout, ce qui relève de l’improbable. Seulement faut-il s’attendre à des retombées positives sur les prix jusqu’ici pratiqués ?

Baisse des prix du sac de ciment

La question brûle les lèvres des consommateurs de cette denrée et des constructeurs des maisons. A l’heure actuelle, le sac de ciment coûte entre 4200 et 4800 F Cfa selon l’endroit où l’on se trouve ou selon les propriétaires de quincaillerie. A Douala, non loin de la douche municipale, les grandes quincailleries qui y sont installées proposent le sac de ciment au prix uniforme de 4400 F Cfa le sac de 50 kg, qu’il soit importé ou produit localement. Comment comprendre cette situation quand on sait que théoriquement, le ciment produit localement devrait coûter moins cher pour diverses raisons. L’une d’elles tient du fait qu’une partie de la matière première – la pouzzolane – est disponible sur place et en grande quantité et l’autre réside dans le fait que la main-d’œuvre est moins chère, le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) s’élevant à moins de 40 000 F Cfa.

Des éléments qui devraient normalement induire un coût de production moins élevé qu’en Asie et en Europe. Mais tel n’est pas le cas. Un quincaillier qui a requis l’anonymat nous a confié que «Ce sont les pouvoirs publics qui nous imposent les prix de vente au public. Nous ne décidons pas de nous-mêmes». Si tel est le cas, que devient alors la loi de l’offre et de la demande si chère au commerce international ? Où est donc passé le libéralisme communautaire ci cher au Président Biya qui devrait pour tout le moins dicter à chaque quincaillier de pratiquer le prix qui lui convient le plus ? Ce libéralisme serait-il un slogan pieux ? Ce secteur n’a-t-il pas besoin d’une réforme en profondeur dans les mois qui suivent ?