Chronique: qui allume la lune ?

En juin 2007, une salle de cinéma de Yaoundé projetait « Confidences », de Cyrille Masso. Un film mettant en exergue les méfaits de la drogue, en milieu jeune. Le ministère de la Santé publique et le Comité national de lutte contre la drogue se trouvaient à la base de cette projection, inscrite, cette année-là, a un programme des activités liées à la célébration de la 20e Journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic illicite des drogues. Une séance ayant  attiré de nombreux élèves, étudiants, chômeurs et adeptes du système D. Imperméables au message de fond, tous applaudissaient, lançaient des cris perçants, à chaque réplique des acteurs. Dans un coin de la salle, se distinguaient des invités qui ne se sentaient pas concernés. Ce qui explique leur sortie de la salle, avant la fin. Cette curieuse inhumanité vivait un véritable enfer. C’est ainsi, quand vous vous retrouvez au milieu de gens qui aiment ce que vous détestez. Et l’on peut poser une question aux organisateurs de cette séance spéciale. Mesdames, Messieurs, pourquoi n’avez-vous pas  choisi d’aller mener votre sensibilisation plutôt à Bangou ?

Effectivement, il fallait choisir Bangou, où beaucoup de jeunes et d’adultes préfèrent laisser la drogue commander leur vie. Bangou, où prospèrent des champs de cannabis, malgré leur destruction régulière par les gendarmes et policiers en poste dans la localité. Bangou, où un opiomane faisant le fou après son bouillon de onze heures, vous demandera : « Dis-moi, pauvre type, qui allume souvent cette  sale lune ? » Bangou, où certaines concessions disposent de jardins intérieurs présentant des tiges de chanvre indien en guise de fleurs ornementales.

Ce phénomène à la base de l’insécurité observée parfois, doit pourtant cesser. La génération montante qui l’entretient, est malade. La guérison ne viendra que d’un ensemble de mesures endogènes, insufflant le goût de l’effort et offrant des opportunités d’emploi et d’auto-emploi. Oui, comme c’est le souhait de tous, là-bas, le train de Bangou peut bien atteindre l’émergence,    avant l’horizon 2035. Vu les atouts, le dynamisme des populations, l’attrait des sites touristiques, la particularité des danses traditionnelles perpétuant une identité culturelle à part, l’audace des élites économiques, ce défit s’avère facile à relever. Pourvu que les jeunes encore prisonniers des paradis artificiels  soient libérés et encouragés à effectuer le voyage. Une démarche à conduire en tenant compte des exigences du vivre-ensemble. Sans stigmatisation, ni anathème.