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Chronique: 71 ans, Dieu et les petits-fils – Y a-t-il une vie après le Gouvernement ?

Chronique: 71 ans, Dieu et les petits-fils – Y a-t-il une vie après le Gouvernement ?

Nana Sinkam est un drôle de zozo. Il est le seul sous l’ère du Renouveau, qui déclina l’offre d’entrer au gouvernement. Le professeur Maurice Kamto, juriste de renom qui, du haut de sa ‘chaire’ prônait ‘l’urgence de la pensée’ pour exiger une ‘nécessaire distanciation de l’intellectuel vis-à-vis du pouvoir’ n’a pas résisté longtemps à l’appel des honneurs. Courtisan lettré selon le mot de Mathias Owona Nguini, ‘coaché’ par le Général Mambou et le chef Baham, il ouvrit grande sa bouche et goba la mouche, avant de devenir atone. Hier adulé par ses étudiants, le symbole de liberté et d’indépendance d’esprit d’une génération d’intellectuels non contaminés par le virus du pouvoir était devenu un rond-de-cuir au ministère de la Justice, un homme patrimonial de bureau noyé dans la nébuleuse gouvernementale. Mais averti par on ne sait qu’elle préscience, il a enfin rendu son tablier. Il n’est jamais trop tard. Il a quitté les choses avant que les choses ne le quittent, se soustrayant à temps à quelques possibles règlements de compte dont on connait la destination finale pour les victimes.

Nana Sinkam-Maurice Kamto : deux faits, deux symboles. Question : y a-t-il une vie après la vie ministérielle ? Personne n’y pense avant, mais tous veulent y aller. Du philosophe Mono Ndjana, qui fit des pieds et des mains pour goûter aux délices du pouvoir à Iya Mohamed à qui l’on a fait miroiter le poste des années durant. Ayant perdu toutes illusions de figurer comme membre du gouvernement, le président de la Fecafoot est aujourd’hui un homme ‘enchainé’, qui rumine ses déconvenues dans ce qui est devenu le dépotoir des victimes de règlements de comptes. En dehors de Titus Edzoa et de Michel T Atangana tiré des ténèbres, personne n’en sort, sinon transformé en viande froide. Booto A Ngon et Catherine Abena ne me démentiront pas. Terrible Cameroun de fin de règne… Y a-t-il une vie après le gouvernement ? Finies les réjouissances à grandes pompes auxquelles toutes nominations donnaient droit. Finies les messes d’action de grâce organisées par les nouveaux ministres. La promotion ministérielle devient le prélude à une veillée funèbre. «Au Cameroun, souligne un membre du gouvernement, le jour où on te nomme ministre, prépare tes valises. Tu n’en sortiras que pour la prison ou avec un peu de chance, pour le quartier. Et encore, il faut faire sa prière, car on peut venir te chercher… ». Pour n’avoir pas suffisamment pris en compte ces conseils, beaucoup l’ont payé de leur vie ou de leur liberté.

Au temps d’Ahidjo, on se souvient de Eteme Oloa Athanase qui, en rentrant chez lui trouva sa famille en pleines lamentations. Elle avait appris son départ du gouvernement avant son retour à la maison et s’était installée dans le deuil. Eteme ne se remettra pas de cette ‘perte immense’. Il trouva la mort quelques temps après. On raconte que feu Joseph Fofé, ancien ministre de la Jeunesse et des sports y alla de sa crise lacrymale lors du décès de la mère de Biya qui était quand même dit-on, son ami d’enfance. Mais certains émirent des doutes sur la sincérité de sa peine et comprirent par la suite que le gars s’offrait ainsi en spectacle pour revenir dans la grâce présidentielle.

«Lors des obsèques de Henri Bandolo on n’avait retenu dans la presse que le fameux  » Pleurez crocodiles !  » lancé par Richard Ekoka Sam Ewandè à tous les hypocrites. Cette oraison funèbre aurait-elle eu sa raison d’être dans un pays bien organisé, où les plans de carrière des fonctionnaires (principal vivier ministériel) ne souffrent pas d’une éventuelle disgrâce politique ? Etre ministre n’est pas une sinécure. Le village t’attend avec les provisions et les amis politiques guettent tes faux pas. En 26 ans de pouvoir, le président a opéré 32 réajustements ministériels, soit au moins un tous les ans. Il y a eu même des cas où l’équipe a été revue plus d’une fois en un an. Avec 33 remaniements, 264 ministres utilisés, la compétition était devenue serrée. ‘Un but, tu sors’. «Les gens étaient prêts à se battre à mort pour conserver le gendarme, le chauffeur et le tapis rouge, signes distinctifs du ministre en fonction», affirme un haut fonctionnaire. D’autres, par contre multipliaient chausse-trappes contre rivaux tout en arrosant les réseaux. Tous les coups étaient permis : délation, diffamation par journalistes interposés, mais aussi petits et grands cadeaux aux postes de péages placés sur l’itinéraire du remaniement. Selon un initié, «à la présidence, des porteurs de parapheurs font fortune en monnayant au prix fort une information susceptible d’édifier sur le sort de tel ou tel». Prétendants à l’entrée au gouvernement, ministres en poste, chacun avait son réseau d’informateurs et ses pistons dont l’entretien coûte les yeux de la tête.

On comprend donc la transe qui a gagné Biyiti Bi Essam, l’ancien ministre de la Communication, quand il est entré dans l’œil du cyclone. Jamais il n’a été aussi actif dans cette tentative désespérée de sauver sa peau là où il risquait au mieux de perdre son maroquin et au pire de se retrouver à Kondengui. Il est provisoirement hors d’atteinte, mais beaucoup de ses anciens collègues goûtent aujourd’hui la paille humide de la prison. Finie donc la bousculade. Chacun se fait tout petit dans son coin pour que le regard du prince ne s’arrête pas sur lui.

Toutefois la question reste posée : Y a t-il une vie après le gouvernement ? Y a-t-il une vie ministérielle après 24 heures passées à la merci des geôliers de Kondengui ? Que se passe t-il dans le cerveau enfiévré de Bapès Bapès qui, 48 heures après sa mésaventure, s’est retrouvé à la Fenasco pour lire un discours ? Que peut encore prouver un septuagénaire qui à passé plus de 20 ans comme directeur général de la Magzi et environ 10 ans comme ministre ? Aurait-il été indispensable à la nation s’il avait été retenu dans les liens d’une détention sans fin comme beaucoup de ses collègues ? Le Cameroun se serait-il arrêté sans lui ? Y a-t-il pire humiliation que celle qu’il vient de connaitre ? En un mot comme en cent, avec un honneur bafoué et ayant perdu son autorité, que fait-il encore au gouvernement ? Le Renouveau l’a jeté en prison sans ménagement et le Renouveau l’a libéré sans explications. Comme dit Don Rodrigue dans le cid de Corneille : «D’une indigne pitié ton audace est suivie : Qui m’ose ôter l’honneur craint de m’ôter la vie!» Bon Dieu, pourquoi sommes-nous si émasculés? A 71 ans, la vie n’est-elle pas plus belle en servant Dieu et en berçant ses petits-enfants?

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