Chracerh: elle fait des jumelles à 60 ans

Première dans le pays, cette performance est possible grâce aux techniques modernes qu’offre l’institution sanitaire offerte par le couple présidentiel.

L’histoire continue au Centre hospitalier de recherche et d’application en chirurgie endoscopique et reproduction humaine Paul et Chantal Biya (Chracerh). Hier, une Camerounaise de 60 ans y a donné naissance à ses premiers enfants. Mme Ndoé a en effet accouché de jumelles, après avoir eu recours à une fécondation in vitro (FIV) au sein même de la formation sanitaire offerte par le chef de l’Etat et son épouse, Mme Chantal Biya, aux populations camerounaises en proie à l’infertilité. En couple depuis des décennies, dame Ndoe avait abandonné pratiquement tout espoir d’avoir un enfant et devait affronter le regard de son entourage, dans une société traditionnelle où l’infertilité est souvent mal perçue. « Quand on a entendu parler du Chracerh et des techniques modernes qu’il offre, on s’est dit que l’on devrait essayer, étant donné que je voulais vraiment avoir un bébé », a expliqué la « jeune maman ».
Hier était donc le jour de vérité, après de longs mois d’attente. Entrée au bloc opératoire aux environs de 8 heures, Mme Ndoe en est sortie peu avant 11 heures, ses deux filles dans ses bras. Par césarienne, la première, 2 kg, a émergé à peu près à 9h02. Deux à trois minutes après, Pr Kasia et son équipe sont toujours au charbon avec la seconde. Un calme plat, ponctué par le chuintement de l’aspirateur des fluides et le bip du scope, tombe alors sur la salle. L’inquiétude se lit sur certains visages. Serein, Pr Kasia farfouille toujours dans le sein de la patiente. Une main du bébé apparaît bientôt, très vite repoussée à l’intérieur de l’utérus par le chirurgien. Au bout de quelques secondes de recherche encore, le bébé est sorti. Le premier cri tarde à venir. « Faites vite, allez-y rapidement », intime Pr Kasia à l’équipe du Dr Epée, pédiatre, qui récupère l’enfant pour les soins appropriés. Une certaine agitation se répand dans le bloc opératoire. Heureusement, on entend tout à coup le vagissement tonitruant et rassurant du nouveau-né. Soulagement.
« C’était une étape délicate. Le placenta se trouvant devant l’enfant, il s’agissait de retrouver un membre à l’aveugle pour le sortir. Et il faut absolument que ce soit le pied. Si vous prenez le bras et tirez, vous risquez de le lui fracturer. Et parfois, le pire peut arriver si la tête se retrouve bloquée », a expliqué le Pr Kasia, un peu plus tard, avant de passer à la seconde césarienne du jour. La primipare de 36 ans a donné naissance à un garçon. Le temps de souffler, l’équipe médicale a enchaîné avec deux fécondations in vitro, deux transferts d’embryons et une ponction d’ovocytes. C’est clair que l’on ne se tourne pas les pouces au Chracerh. L’établissement sanitaire est actuellement à 60% de grossesses issues de sa toute dernière série de fécondations in vitro. Et à 45% de taux de grossesses, à bientôt une année après l’inauguration officielle de l’institution par la première dame, Chantal Biya. Avec cette autre prouesse scientifique peu courante dans le monde, le Chracerh, dont le taux de fréquentation est très élevé, sera certainement très sollicité dans les prochains jours. Le record en matière de grossesses tardives est détenu par l’Inde, où une femme de 72 ans de l’État de l’Uttar Pradesh a donné naissance à des jumeaux en 2008, après une FIV.
Réactions

Mme Annie G.: « J’ai cherché l’enfant depuis de nombreuses années »

36 ans, patiente

« J’ai cherché l’enfant depuis de nombreuses années. Grâce à Dieu, j’ai entendu parler du Chracerh et j’ai pu recourir aux techniques que la médecine moderne y offre en matière de procréation. Avec l’aide du Pr Kasia et naturellement la première dame qui a créé ce centre, j’ai pu porter une grossesse pour la première fois de ma vie. Je suis la femme la plus heureuse au monde. Je sais que tout va bien se terminer et je rends déjà grâce à Dieu pour cela. Je remercie également toute l’équipe du Chracerh. »

Mme J. Ndoe: « Je suis reconnaissante à la première dame »

60 ans, patiente

« Je suis très contente et je remercie particulièrement l’Eternel parce que c’est lui qui a tout permis. Je suis reconnaissante à la première dame pour tout ce qu’elle fait pour l’épanouissement de la femme camerounaise. De nombreuses femmes sont devenues des mamans dans ce pays grâce à elle. J’invite les femmes en proie aux problèmes d’infertilité à ne pas se décourager. Si la grossesse a été possible à mon âge, pourquoi pas pour elles ? J’ai été très bien encadrée ici ; je pouvais appeler les médecins au moindre bobo. »

Interview 

 Pr Jean-Marie Kasia: « On gardera ce cas dans nos mémoires »

Administrateur-directeur général du Chracerh

Professeur, l’hôpital dont vous avez la charge vient d’enregistrer une grossesse tardive à 60 ans. Ce n’est pas habituel…
Effectivement ce n’est pas très ordinaire. Ce n’est pas tous les jours qu’on a des patientes de 60 ans qui conçoivent après fécondation in vitro. Dans le monde entier, on compte vraiment très peu de cas. Je sais qu’en Espagne, il y en a eu. Je crois que c’est quelque chose d’extraordinaire pour nous d’avoir réussi ce coup là. Pendant neuf mois, nous avons stressé et heureusement nous étions accompagnés par toute une équipe avec des cardiologues notamment, car la patiente développait une hypertension artérielle : c’est souvent le cas. C’est une joie immense qui nous anime d’avoir fait aboutir ce projet. C’est quelque chose de fabuleux. A 60 ans, ce n’était pas donné.
Vous parlez de stress. Il était dû à quoi : à l’âge de la patiente ou à la grossesse ?
Il y a tout ça. Vous savez que les femmes d’un certain âge ne supportent même pas une grossesse d’un seul bébé. Et là, il y en avait deux. Plus les femmes avancent en âge, plus elles développent aussi des pathologies telles que l’hypertension artérielle, le diabète. Donc, c’était un mélange de beaucoup de choses qui ont fait que nous étions obligés d’être très regardant. Elle était surveillée de façon multidisciplinaire. L’intervention chirurgicale s’est bien passée. Etant donné qu’elle avait eu d’autres interventions auparavant pour des fibromes, ça a tout de même un peu compliqué l’entrée dans la cavité abdominale. Nous étions donc très précautionneux pour éviter de blesser des organes tels que la vessie qui était remontée, les intestins qui collaient de partout.
Peut-on dire qu’avec cette patiente âgée, le Chracerh passe à un autre cap dans la lutte contre l’infertilité ?
Je dois dire que ce n’était pas volontaire d’avoir une femme de 60 ans. Mais, il se trouve qu’il y a toute une population qui avait ce problème d’infertilité depuis des années, tant qu’on n’avait pas la fécondation in vitro, et qui se retrouve dans nos consultations parce que c’est déjà possible au Cameroun. J’avoue qu’on gardera ce cas de 60 ans dans nos mémoires. Mais, il ne faut pas se gaudir en disant « 60 ans, on a réussi, on peut faire accoucher toutes les femmes de 60 ans ». Il faut plutôt rentrer dans une phase d’information, d’éducation de la population pour que les gens viennent beaucoup plus tôt s’il y a indication de Fiv, si des problèmes d’infertilité se posent. On l’a fait aussi parce qu’il y avait un vide juridique. Mais, bientôt la loi va tout régir et je crois qu’elle ne nous autorisera pas à aller à plus de 55 ans. Ce n’est pas certain qu’on va continuer ce genre de chose, parce que c’est assez délicat pour les patientes et les bébés. Il y a juste que lorsque ces gens dans le besoin viennent à nous, on ne peut pas rester insensible à leur souffrance. Nous avons actuellement une dame de 57 ans, enceinte par Fiv, qui séjourne dans le service. Elle a fait un unique enfant qui est décédé à 34 ans. C’est difficile de dire non à un tel cas. Mais nous n’allons pas copier cela, parce que les parents doivent avoir le temps de vivre pour élever leurs enfants et en faire des hommes. Les populations doivent vraiment être éduquées sur ce point.