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Choix des investisseurs: Les mauvais placements de Paul Biya

Choix des investisseurs: Les mauvais placements de Paul Biya

Le président de la République reçoit très souvent, en son palais, des hommes d’affaires étrangers qui promettent ciel et terre aux Camerounais, avec l’onction de leur hôte. La légèreté que le chef de l’Etat met dans le choix des investisseurs pour la réalisation des grands projets laisse baba du cortex. 23 octobre 2012, alors qu’il était encore sur le perron du palais d’Etoudi, fraîchement reçu par Paul Biya, Lu Fuqing, directeur général de Futian Automobile Co Ltd, se fendait d’une annonce fracassante : il avait convenu avec le chef de l’Etat que son entreprise va construire au Cameroun une usine de montage de véhicules. Serrez à droite et cédez le passage, les voitures chinoises made in Cameroon allaient déferler dans rues en moins de sept mois. Mais la surréalité du temps annoncé pour un projet de cette envergure était de loin la moindre des bizarreries de cette rencontre. Les sherpas du président, impérities ou enfumage volontaire, ont « oublié » de faire connaître que l’entreprise en question n’avait quasiment pas de référence mondialement reconnues dans le secteur de l’automobile. On en veut pour exemple cette entorse à tout management sérieux : Futian Automobile Co Ltd ne disposait pas (et ne dispose toujours pas) de site internet accessible. Mais la caution présidentielle n’en avait cure. Résultat, un an et demi plus tard, la seule marque visible de ce projet est la villa-siège (située au quartier dragages à Yaoundé) portant ostensiblement l’enseigne « Cameroon fisrt automobil manufactured Co Ltd ». Et le montage de l’usine renvoyé à la Saint glin glin. Des pataquès comme celui sus évoqué, la présidence de la République en est coutumière. Les annales de la présidence de la République retiennent aussi cette rencontre avec des investisseurs américains, en octobre 1997 alors que le Cameroun traversait une crise politique aiguë née du refus de l’opposition de participer à l’élection présidentielle de cette année-là. Le chef de l’Etat avait alors reçu une délégation d’hommes d’affaires américains qui, après cette audience, promettaient des investissements massifs dans de nombreux secteurs de l’économie camerounaise. L’histoire ne retiendra que leur passage et leurs déclarations. Mercredi dernier, les Camerounais ont (encore) appris que le chef de l’Etat avait reçu, cette journée-là, des investisseurs chinois du consortium Citic Group. Pendant près d’une heure, les hommes d’affaires et le président ont discuté. Et au sortir de cet entretien, les relais médiatiques du gouvernement apprennent que Citic Group souhaiterait investir dans les « infrastructures et les logements sociaux». Ils ont cependant réservé les détails de leur investissement, non plus sur le perron d’Etoudi, mais dans le bureau du Premier ministre. Le symbole est fort. Plusieurs fois par an en effet, Paul Biya reçoit en audience des « investisseurs étrangers », turcs, chinois, américains, allemands, arabes etc., de grandes annonces d’investissement sont faites mais elles ne sont que très peu suivies d’effets matériels. De quoi s’interroger sur la caution présidentielle qui est chaque fois accordée à ces investisseurs. Il faut aussi se demander ce qui se passe entre les salons présidentiels et les cabinets ministériels où ces projets doivent être concrétisés. De nombreux investisseurs étrangers ont souvent maille à partir avec les ministres et leur entourage que cherchent à savoir ce qui leur reviendrait dans ces projets. Les chicaneries des cabinets ministériels vont de paire avec la lourde bureaucratie qui colle à l’administration camerounaise comme un boulet. Hélas, le président ne peut pas accompagner chacun de ses hôtes vers ses collaborateurs pour leur matérialisation. Entre les vendeurs d’illusions, les vrais investisseurs et les ogres tapis dans les cabinets ministériels, il faut trouver les causes des blocages. 

 

 

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