Charles Ewanje Epee, génie méconnu

Le musicien est venu au Cameroun lancer la célébration de ses 50 ans de carrière.

« Vous faites partie des trois grands du Cameroun avec Francis Bebey et Manu Dibango », lui disait Guillaume Bwelle, alors ministre de l’Information et de la Culture. C’était en 1981. Pourtant, au Cameroun, Charles Ewanje Epee n’aura jamais bénéficié du même rayonnement que ses deux compères. Lui, le premier Africain à participer et à remporter le premier prix du carrefour mondial de la guitare en 82. Un diplôme qu’il n’aura pas l’occasion de présenter officiellement sur sa terre natale l’année suivante. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Et lui, le musicologue, enseignant de musique, guitariste, compositeur pour les Grace Decca, Sam Mbende et autres, compositeur du single de soutien des Lions indomptables pour leur campagne d’Italie 90, auteur de la chanson Tet’Ekombo en hommage à Rudolf Duala Manga Bell et reprise par Ben Decca, n’aura joué que deux fois dans son pays. Un concert improvisé en 83 et un autre des années plus tard.

Et de frustrations en demandes restées lettre morte, que ce soit pour l’ouverture d’une école de musique avec des soutiens étrangers, que ce soit pour des masterclass et consorts, Charles Ewanje Epee avoue avoir souffert du manque de reconnaissance de sa mère-patrie. Et le baume à son cœur, c’est cette initiative « Les artistes célèbrent Charles Ewanje Epee », qui lui permet de revenir en fanfare au Cameroun – où il vient régulièrement plus ou moins dans l’anonymat – célébrer ses cinquante ans de carrière. Ce sera le 2 octobre prochain lors d’un concert géant à Douala. Il sera entouré de différentes générations d’artistes : Ekambi Brillant, Henri Njoh, Ben Decca, Sissy Dipoko, Grace Decca, Eriko, Hervé Nguebo… Cette initiative, d’hommage aux éminences de la musique camerounaise signée Henriette Epee (aucun lien de parenté avec le musicien), sera une récurrence annuelle née de la volonté d’une vieille dame : «  j’ai constaté à quel point notre musique, notre culture est en train de mourir. Je le fais pour l’amour de mon pays, pour l’amour de la musique sawa, pour l’amour de notre culture ».

Et l’accueil réservé au père des célèbres sportives Maryse et Monique Ewanje Epee à l’aéroport international de Douala ce 1er juillet 2015, fans et journalistes présents, aura inspiré à Mister Charles cette phrase d’une sous-jacente douleur : « J’ai été très honoré. En rentrant dans mon pays, j’ai eu le plaisir de passer par la porte et non plus de regarder par le trou d’une serrure ».