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C’EST VOTRE HISTOIRE…ET VOUS DEVEZ LA CONNAITRE

C’EST VOTRE HISTOIRE…ET VOUS DEVEZ LA CONNAITRE

HENRIETTE EKWE PARLE DE GBAGBO, L’UPC, FRU NDI ET…KALA LOBÉ

Henriette EKWE fait partie depuis plusieurs années déjà des figures médiatiques connues des camerounais. J’ai eu le plaisir de recevoir cette personnalité dans le cadre de l’émission « ENTRETIEN » que je présente depuis bientôt 10 ans tous les jeudis à 22 heures sur STV2

• A quel moment avez-vous rencontré les ivoiriens Dacoury Tabley et Laurent Gbagbo

Quand j’arrive à Paris je m’inscris en Fac d’histoire en 1975, j’en avais marre de l’anglais ce n’était pas si passionnant que cela. Donc je m’aligne pour m’inscrire, je cause avec une dame et quelqu’un remarque mon accent camerounais. C’était un ivoirien qui avait travaillé dans son pays comme commissaire de police. On sympathise, puis je lui vends la littérature de l’Upc. A un moment, il me fait rencontrer un ami à lui. C’était Laurent Gbagbo avec lequel il préparait quelque chose. Laurent était en exil on va donc garder de très bons rapports. Moi en tant que militante Upéciste je leur vends notre littérature et eux seront fascinés par notre combat. On reste en rapport puis on se perd de vue jusqu’au jour où on se revoit ici au Cameroun pour un congrès.

• En 1985 vos camarades de l’Upc sont arrêtés, comment réussissez-vous à vous échapper ?

Un de nos camarades rentre du Congo, Zé Zé Samuel. Un jour, on lui confie des exemplaires de « Cameroun Nouveau ». Il se rend à Yaoundé, s’assoit à la gare routière et se met à le lire en mangeant. On reconnaît le symbole du crabe et on le suit. Il se fait arrêter à Sangmélima. Nous apprenons cela, on fait donc une opération nocturne. On se déploie à 2h du matin, on distribue des tracts dans cette ville. Des agents de la police vont arrêter dans un village le vieux Owona Minbo’o qui était en contact avec nous, on le torture et il nous dénonce. Comme la clandestinité nous a appris des techniques diverses pour communiquer, un de nos camarades qui travaillait à l’ESSTIC me fait parvenir une note qui me dit de partir quelques temps. Alors je pars pendant environ un an et je vais séjourner un peu partout. Je finis à l’Ouest où je reste entre les Bamboutos et la Menoua chez des anciens upécistes et des plus jeunes.

• Mais quand vous rentrez vous avez changé car vous êtes enceinte.

Je ne suis pas enceinte quand je pars au mois d’Août 1985. Comme préalable à une visite d’Etat du président Biya en Allemagne, les officiels de ce pays demandent qu’on libère les prisonniers politiques, car il y avait là bas une forte communauté upéciste. Je me souviens aussi que la section d’ « Amnesty international » située en Allemagne voulait me récupérer mais moi je ne voulais pas quitter le pays car je pensais à mon père. Je retrouve mes camarades et on décide de passer une année sans activités alors Abanda qui est un personnage taquin me dit : « Henriette il faudrait que tu penses à faire un enfant, à 37 ans il est temps ».Voilà !

• Est-ce encore le parti qui vous ordonne de faire un enfant ?

Non on n’avait plus d’activités, alors moi aussi je me suis ouverte.

• Etait ce avec un upéciste ?

Non, malheureusement.

• Le père de votre fille savait il que vous étiez une militante ?

Oui, il le savait et cela a été l’une des raisons de son départ.

• Avez-vous reçu une aide de la part de vos dirigeants ?

Oui, c’est le parti qui prépare le trousseau et qui paie l’accouchement.

• Au début des années 90, vous êtes arrêtés en compagnie de Yondo Black Anicet Ekanè et beaucoup d’autres qui vous a trahi en ?

Disons que lorsque l’on attrape Anicet, mon nom figurait dans un calepin qu’il possédait.

• Dans quelles circonstances êtes vous arrêtée ?

Le matin de mon arrestation, Abanda vient chez moi à 8h, il m’apprend la capture d’Anicet Ekane et me suggère de fuir puisque mon nom figure dans ses papiers. Je ne pouvais pas partir, car j’avais une fille de deux ans. Mais il me propose de tout planquer ce que je fais. Vers 10h, des hommes arrivent chez moi prétextant être des amis qui viennent de Yaoundé, ils viennent et fouillent, ne trouvent rien. Sauf au fond d’une armoire, entre deux planches, ils trouvent un bout de papier. C’était l’article d’un camarade pour « Cameroun Nouveau », ils me conduisent à Mboppi au CENER le commissaire Batchandji est là, un certain Ndoumou est aussi là. Alors l’interrogatoire commence. Je ne dévoile rien. Au bout d’un moment, un policier s’énerve me jette à terre et saute sur moi, me marche dessus puis me cogne sur les reins. Après on va chercher Anicet il avait du sang partout, quand je le vois je suis traumatisée. On l’interroge et lui aussi ne lâche rien. On m’entraîne dans une cellule disciplinaire insalubre avec des souris et on m’y laisse toute la journée.

• Avez-vous été jugé ?

Oui. Un jour Anicet Ekanè a décidé de lancer une grève de la faim et ça leur fait peur.

• L’avez-vous suivi ?

Non, je n’avais pas envie de le faire. En prison, puisque nous n’avions pas le droit de recevoir des visites on a développé une autre façon de communiquer. On envoyait du courrier à l’extérieur et les policiers n’en savaient rien. Nous avons écrit une lettre un jour que Yondo a signé et quand les autorités ont appris sur RFI que Yondo a écrit une lettre du fond de son cachot, ils ont eu très peur.

• Comment avez-vous été libérée ?

Toujours par courrier, nos camarades nous conseillent de ne pas parler du parti, de l’UPC .Mais quand Anicet arrive à la barre, il dit qu’il est fier d’être upéciste et alors il écope de 4 ans et Yondo 3 ans. Moi, je suis relaxée car on n’a rien trouvé qui me lie à l’UPC.

• Comment avez-vous trouvé votre fille à votre sortie ?

Elle ne m’a pas reconnu et ne voulait même pas que je la touche, il a fallu du temps pour qu’elle s’adapte.

• Comment des gens comme Dika Akwa et Fréderic Kodock se retrouvent ils à la tête de l’UPC ?

A notre sortie le geste d’Ekanè fait en sorte que Dika avec le soutien du consulat de France à Douala commencent à rassembler de vieux upécistes de partout dans le pays et les réunions commencent.

• Dika militait il dans le parti ?

Oui.

• Et kodock ?

C’est Dika qui amène Kodock, on sortait de la clandestinité, Kodock n’était pas présent à toutes les réunions mais Dika tenait à ce qu’on le garde car il pensait qu’il fallait avoir dans le parti un Bassa très connu.

• Avait t-il milité à l’étranger ?

Il a milité en France mais avait été exclu du parti car on trouvait qu’il ne suivait pas la ligne de l’Upc.

• Que pouvez vous dire de Hogbe Nlend ?

Il a milité dans les années 1970 mais après 1980 lorsque moi je suis rentré au Cameroun il ne s’est pas manifesté .La première interview que fait Hogbe Nlend en 1992 c’est pour dire qu’il faut reléguer l’Upc dans les musées de l’histoire. A ce moment, il est dans une aile progressiste du Rdpc et en Août 1990 il tente de faire une table ronde au Hilton ou tout le monde se retrouve mais il le fait en tant que membre du Rdpc.

• Pensez vous que Kodock et Hogbe Nlend soient des opportunistes ?

Bien sur. Rien ne forçait Hogbe Nlend à être dans le Rdpc car lui il était en exil. Par contre, on peut comprendre l’attitude de Kodock qui était un haut fonctionnaire il ne pouvait pas échapper au parti unique.

• Connaissiez vous Ni John Fru Ndi avant ?

C’est quand je sors de prison qu’il annonce sa marche.Ca commençait à bouillonner on avait beaucoup entendu parler de Yondo. Alors lui aussi lance son affaire mais j’avais jadis entendu parler de lui par Albert Moukong qui était un vrai leader. Fru Ndi en tant que commerçant n’a rien à perdre il va donc enclencher le mouvement du Sdf.

• Est-ce votre ami ?

Oui, on est devenu amis sur les barricades et puis nous sommes restés très proches.

• Y a t il une rivalité entre Suzanne Kala lobe et vous ?

C’est vrai que sur la scène politique on est un peu perçu comme deux rivales, on sort du même moule on a été des cadres de l’UPC. Dans nos rapports quotidiens, elle a un sale caractère et je le lui dis toujours, mais elle a beaucoup de qualité et l’une de ses premières qualité c’est : la sincérité.

 

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