Centres de santé privés: plus de 2000 clandestins rappelés à l’ordre

Le ministre André Mama Fouda invite les promoteurs à régulariser leur situation administrative dans un délai de 90 jours.

Ils ont pris pour la plupart d’assaut des locaux à usage d’habitation pour exercer leurs activités. A tout bout de rue ou dans les quartiers à forte concentration de populations à faibles revenus, certains promoteurs de formations sanitaires privées, laïques ou confessionnelles opèrent en toute illégalité. Ils se spécialisent dans la prise en charge des malades ou à la formation du personnel soignant. Dans l’un des centres de santé visités hier matin au quartier Melen à Yaoundé, une plaque renseigne sur les différents services offerts : analyse médicale, petite chirurgie, consultation médicale, accouchement et autres. Le logement présente des murs délabrés et pourtant, on se croirait dans un hôpital miniaturisé. Ce qui était supposé être des chambres est transformé en salles de consultation, d’accouchement, d’hospitalisation ou en laboratoire d’analyses. Le service est assuré par quelques hommes en blouse blanche qu’une dizaine de patients attend. Difficile cependant d’en savoir plus sur leur niveau de formation. Si certains patients se contentent de leur prise en charge dans ces centres illégaux, d’autres, par contre, en gardent des souvenirs douloureux. « J’ai perdu ma petite sœur dans des conditions troubles dans l’un de ces endroits. Elle était à terme et la césarienne s’imposait pour sa survie. La formation sanitaire, bien que ne disposant pas d’un plateau technique adéquat, a quand même pris le risque de l’opérer. Elle n’a pas survécu », confie un habitant, l’air attristé.
C’est sans doute pour éviter de telles situations dramatiques que le ministre de la Santé publique (Minsanté), André Mama Fouda, dans un communiqué de presse daté du 29 mars dernier, invite les promoteurs des formations sanitaires privées, laïques et confessionnelles exerçant dans l’illégalité, à régulariser leur situation administrative. « Sur 3 343 formations sanitaires privées, laïques et confessionnelles exerçant au Cameroun, 1 055 disposent d’au moins un arrêté, 2 288 fonctionnent dans l’illégalité et 75 autres sont identifiées sans région d’implantation », détaille le Minsanté dans ledit communiqué comme pour démontrer la profondeur du mal..
 André Mama Fouda: « Nous apprécierons la qualité des lieux et du personnel » 

Ministre de la Santé publique.

Le communiqué que vous avez rendu public sur la prolifération des formations sanitaires donne des chiffres effrayants. Que comptez-vous faire pour terminer l’opération d’assainissement commencé depuis l’an dernier ?
Nous confirmons qu’il y a une prolifération de formations sanitaires. La plupart n’ont pas une existence légale et beaucoup de personnes qui y travaillent exercent illégalement la profession. Et si ces personnes n’ont pas la formation appropriée, les patients peuvent en sortir dans les meilleurs des cas avec d’autres problèmes. Nous connaissons des situations où les opérations chirurgicales sont entreprises par des mains inexpertes. Evidemment, c’est souvent bien tard que la famille s’en rend compte. Nous avons instruit le récemment des formations sanitaires au Cameroun. Plus de 3 300 ont été dénombrés dont un tiers a au moins un arrêté de création. Nous demandons à ces promoteurs de revenir reconstituer ou compléter les dossiers pour un nouvel examen.
L’administration n’a-t-elle pas été défaillante dans cette situation ?
On peut croire que l’administration a été défaillante quelque part parce que des textes existent qui énoncent les critères de création et d’ouverture. Fermer plus de 2 000 formations sanitaires est une opération importante. Je veux donner la chance à tout un chacun de régulariser sa situation. C’est pourquoi, il ne s’agit pas d’une opération de force. Simplement, je demande le respect de la réglementation et des délais accordés pour se mettre à jour.
A l’issu de cet ultime délai, ceux qui ne se sont pas conformés verront leurs formations fermées.
L’opération d’assainissement a tout de même commencé depuis l’an dernier. Que faites vous pour encourager les bons projets ?
Nous vivons en communauté et c’est pourquoi nous demandons l’adhésion des collectivités pour que des dénonciations soient faites dès qu’une plaque est implantée afin que l’autorité compétente s’assure que toutes les conditions sont réunies. Si la chaîne de collaboration ne marche pas, il y aura dysfonctionnement. Tout se passe comme dans le secteur de l’urbanisation où les gens ont une propension à construire d’abord avant d’obtenir un permis de bâtir. L’Etat met à disposition chaque année près de 4500 personnels médico-sanitaires. A ceux-là s’ajoutent les cuvées des facultés de médecine où on a des pharmaciens et les infirmiers diplômés d’Etat, etc. qui ne peuvent pas tous être absorbés par la Fonction publique. C’est pourquoi nous encourageons les promoteurs à ouvrir des structures privées. La loi permet qu’un promoteur qui n’est pas du corps crée sa clinique à condition de confier le volet technique de la médecine à un professionnel. Cette voie est une porte d’encouragement des bons projets de création des structures hospitalières.