camernews-Cecile-Nkamenjo-Nguega

CÉCILE NKAMENJO NGUEGA : J’AI CONTRIBUÉ À LA MISE AU POINT D’UNE GÉLULE ANTIPALUDIQUE

CÉCILE NKAMENJO NGUEGA : J’AI CONTRIBUÉ À LA MISE AU POINT D’UNE GÉLULE ANTIPALUDIQUE

A 25 ans, cette jeune diplômée en pharmacie de l’université des Montagnes à Bangangté rêve de révolutionner l’industrie pharmaceutique au Cameroun.

La première fois que le reporter du quotidien Le Jour rencontre Cécile Nkamenjo Nguega, c’est dans un coin discret de la ville de Yaoundé. Lieu fixé pour un entretien avec la jeune dame. Pour ne l’avoir jamais rencontrée, une seule question demeure : A quoi ressemble cet exemple de réussite qu’on n’en rencontre pas tous les jours ? Dès son arrivée, la réponse à cette question est aussitôt trouvée. Sourire en coin, cheveux très court, vêtue d’un boubou fleuri, d’un mélange de couleurs violet et blanc, assorti d’un pantalon aux mêmes couleurs, Cécile Nkamenjo Nguega ne fait pas partie de ces jeunes filles qui encombrent leur apparence physique.

Son look simple et décontracté laisse penser qu’on a affaire à une gamine naïve. Que non ! Les premiers échanges laissent bien voir qu’il s’agit d’une pépite. « Il vaut mieux rester soi-même que d’être comme ce que les gens aimeraient que tu sois », lâche-t-elle. De la suite dans les idées et de la logique dans le raisonnement. L’on est bien en face d’un docteur en pharmacie. Le parcours académique de cette ressortissante de l’Ouest Cameroun impose le respect.

A 25 ans, Cécile Nkamenjo Nguega est déjà docteur en pharmacie. Diplômée de l’université des Montagnes de Bangangté, elle a été major de sa promotion avec une mention honorable de 94%, correspondant à une note supérieure de 15 sur 20. Ceci après avoir soutenu, le 18 décembre dernier, une thèse d’exercice sur la mise au point des gélules antipaludiques fabriquées à base d’une plante appelée Artemisia annua L. La thèse avait, apprend-t-on, pour objectif de mettre au point, comme son titre l’indique, cette plante sous forme galénique.

« En fait, nous sommes partis de la plante à l’état naturel. Nous avons fait des expériences à la fois analytiques de même que pharmaco nuisit. Nous avons essayé de mettre cela sous la forme gélule. Une forme plus comestible par rapport à la configuration tisane qui est aussi une forme galénique déjà sur le marché. Cette forme tisane demande de consommer un litre par jour. Et comme elle présente une grande amertume, elle n’est pas toujours acceptée facilement. Donc, nous avons essayé de l’améliorer en la mettant sur la forme galénique gélule, pour permettre aux patients de mieux suivre le traitement », explique-t-elle.

La molécule en question est appelée Artemisine. Elle se trouve dans la plante nommée Artmisia annua L à l’état naturel, et s’utilise déjà pour la fabrication de certains médicaments du paludisme. Au cours des tests réalisés dans le cadre de leur recherche académique, Cécile et ses camarades ont constaté qu’il y a d’autres composés, en l’occurrence les flavonoïdes, qui agissent en synergie avec l’Artemisinine, pour donner l’action désirée. Et pourtant, sur le plan synthétique, les firmes pharmaceutiques utilisent uniquement l’Artemisinine pour fabriquer le dérivé qui agit. « Nous avons constaté que les flavonoïdes ont d’autres avantages et présentent moins de toxicité lorsqu’ils sont en synergie avec l’Artemisinine. Nous avons également constaté que si l’on doit par exemple prendre la molécule, fabriquer le dérivé avant de mettre le traitement sur le marché, celui-ci reviendrait un peu cher. On s’est donc dit qu’en partant d’une plante qui peut facilement être cultivée dans notre pays, et en évitant toutes les étapes de transformation, nous pouvons fabriquer des gélules et les vendre à un coût inferieur à celui qui est déjà en vente », explique le Dr Nkamenjo Nguega. Le médicament pour un traitement de paludisme coûte au moins 5.000 F.Cfa aujourd’hui en pharmacie. Ce nouveau produit portera le nom « Palustop » et sera vendu à un coût moindre.

Parcours académique

Née le 26 mars 1990 à Yaoundé, Cécile Nkamenjo Nguega nourrit un dévouement particulier à son prochain depuis sa tendre enfance. Désireuse de révolutionner la société qui est la sienne, c’est en 2008 qu’elle présente le concours d’entrée à l’université des Montagnes de Bangangté et réussit l’entrée en première année pharmaceutique. Bien que l’Etat du Cameroun ne reconnaisse pas encore les diplômes de l’Udm, la jeune Cécile garde le courage. Elle fait un sans faute durant ses sept ans de formation, avec l’obtention d’une Licence en pharmacie en 2011, d’un master 1 avec mention très bien en 2012, d’un master 2 avec la même mention en 2013 et d’un doctorat avec la mention honorable en novembre ou décembre 2014.

Cette réussite, la jeune diplômée dit l’avoir obtenue essentiellement grâce à un travail acharné, une grande persévérance, et une bonne dose de prière. « Je n’ai jamais redoublé et j’ai toujours été parmi les meilleurs de ma classe », nous confie-t-elle. Quatrième d’une fratrie de huit, cette fierté camerounaise a pour modèles son père et le Pr Denis Wouessidjewe, un de ses enseignants. Elle voit en ces hommes, de véritables exemples à suivre. Les parents sont le plus souvent les sources d’inspiration pour les enfants. « Mon père est expert comptable de profession. Lorsque je regarde le niveau de réussite où il se trouve actuellement, je pense qu’il a atteint le summum dans son métier, et je me dis qu’il faut que je sois au moins comme lui demain ».

Mais, il y a aussi et surtout cet enseignant qui a influencé le comportement de Cécile Nkamenjo : « Le Pr Denis Wouessidjewe m’a aussi beaucoup inspirée. Il me donnait le cours de galénique et était en même temps enseignant à l’université de Grenoble en France. Il est aussi très compétent », déclare la jeune femme, avec beaucoup d’admiration.

Le projet

A ce jour, le projet de matérialisation des gélules antipaludiques, confie le jeune docteur, n’est certes pas achevé, mais est sur la bonne voie. La forme galénique a déjà été développée et il ne reste que les tests toxicologiques à faire. Après quoi, va suivre l’étape d’essai clinique pour savoir quelle sera la dose nécessaire pour un bon traitement. La suite des recherches sur ce médicament est faite par les chercheurs de l’université des Montagnes. Cette décision ne semble pas déranger le jeune docteur. Pour elle, le fait d’avoir pu obtenir son diplôme grâce à cette recherche et de voir son nom figuré parmi ceux qui l’ont réalisé est déjà une grande victoire.

Cependant, elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Déterminée à développer le secteur industriel camerounais de la pharmacie, Cécile Nkamenjo compte aller renforcer ses compétences à l’étranger avant de revenir faire bénéficier ses connaissances scientifiques à son pays. « J’aimerais devenir formulateur galéniste pour être plus tard chef de projet, développeur pharmaceutique. Ceci afin d’apporter ma contribution dans les universités et participer aux différents projets », rêve-t-elle.

En attendant de réaliser ce rêve, Cécile est actuellement sur un nouveau projet qu’une Ong française veut lancer. Il s’agit de l’industrialisation de la production du bâton de manioc. Ici encore, elle compte frapper un autre coup. Elle s’y attache et veut bien se faire d’autres connaissances. Mis à part les études, Cécile aime la musique et surtout la louange. Le sport, particulièrement l’athlétisme, est également l’un de ses passe-temps favoris. Fonder un foyer, la jeune diplômée y pense aussi. Car, pour elle, en même temps qu’il faut grandir dans le milieu scientifique, il faut aussi le faire sur le plan social. L’hypocrisie est ce qu’elle déteste le plus. Pour elle, c’est une attitude qui freine le progrès d’autrui. Durant son parcours académique, l’une des choses qui l’a le plus marquée est la qualité de l’enseignement à l’Université des Montagnes qui, pour elle, malgré quelques manquements, demeure l’une des meilleures de toutes les Universités camerounaises.

 

 

camernews-Cecile-Nkamenjo-Nguega

camernews-Cecile-Nkamenjo-Nguega