Cavaye Yéguié Djibril : les complices de Boko Haram sont au Cameroun

Cavaye Yéguié Djibril : les complices de Boko Haram sont au Cameroun

Le dernier discours du président de l’Assemblée nationale (Pan), Cavaye Yéguié Djibril, est de ceux à graver dans le marbre des soubresauts sécuritaires que vit le Cameroun depuis quelques mois.

Ouvrant, la semaine dernière, la deuxième session ordinaire de la Chambre basse pour l’année en cours, il a consacré l’essentiel de sa prise de parole à la menace terroriste Boko Haram, un «phénomène [qui] a pris ces derniers temps une ampleur de plus en plus préoccupante». Après avoir appelé le peuple à l’union sacrée, le Pan, et s’adressant directement aux élus, a rappelé le devoir de sensibiliser les communautés sur la menace que représente la secte islamiste nigériane, tant pour la sécurité individuelle, la sécurité nationale, que pour le développement économique du Cameroun. Faisons œuvre de patriotisme en ratissant large afin de recueillir l’utile renseignement à transmettre aux autorités.

Les députés, a-t-il indiqué, doivent faire œuvre de patriotisme en dénonçant tout individu inconnu ou connu mais aux agissements subitement suspects. Et Cavaye Yéguié Djibril de mettre les pieds dans le plat : «Dans ce combat, aucune complicité et aucune duplicité ne seront tolérées. Les éventuels complices nous les considérerons comme étant des fossoyeurs de la patrie, des traîtres à la Nation. Nous recommandons aux instances compétentes de les traiter comme tels et de sévir sans ménagement ni pitié. Ces complices doivent être recherchés. Ils doivent être débusqués par tous les moyens et punis sévèrement conformément aux lois de la République.

Nous le savons, beaucoup sont parmi nous, les uns tapis dans l’ombre, les autres très actifs mais dans l’hypocrisie, faisant semblant d’apporter leur aide aux autorités, leur objectif étant de brouiller les pistes, certainement pour mettre le pays à feu et à sang. Ceci est inacceptable ! N’ayons pas peur, dénonçons les ! Ils doivent rendre compte de leurs turpitudes.»

L’aveu.

Le Pan a donc fini par rejoindre les inquiétudes moult fois exprimées par La Météo depuis longtemps : ce ne sont pas les forces de sécurité camerounaises qui sont défaillantes, puisqu’elles doivent faire face à une menace asymétrique. L’armée camerounaise a remporté d’éclatantes victoires contre le mouvement terroriste, depuis que son chef suprême, le président Paul Biya, a déclaré «la guerre» aux fous d’Allah. Le front est quasiment pacifié, puisque les incursions des assassins, violeurs et preneurs d’otages ont drastiquement baissé en intensité. Les forces de défense et sécurité camerounaises veillent au grain, font honneur à leur pays, et le peuple se sent rassuré. Mais la vraie menace se trouve à l’intérieur, au sein des populations, parmi certaines élites et autorités traditionnelles. C’est l’ennemi invisible.

Et il doit savoir de quoi il parle, le Pan, lorsqu’il pointe un doigt accusateur sur les «complices» de Boko Haram qui «sont parmi nous». Cavaye Yéguié Djibril, in fine, reconnaît que des hommes, parfois à des niveaux de responsabilités insoupçonnés au sein de l’appareil de l’Etat, font tout pour «brouiller les pistes». Homme de terrain, nous ne pouvons point douter de ce que la 3ème personnalité de la République peut, si elle veut aller au bout de sa logique, aider grandement à l’éradication du péril fondamentaliste. Il est ainsi directement interpellé, dans cette croisade contre Boko Haram. C’est son devoir. Comme c’est le devoir de votre journal de soulever les doutes, de dénoncer les complots contre notre pays, de questionner un environnement devenu à la fois glauque et délétère.

Mais, cette posture républicaine vaut aujourd’hui bien des ennuis à La Météo. Le 5 juillet dernier en effet, le vice-président du Conseil national de la communication (Cnc), Peter Essoka, a adressé à votre journal une «mise en demeure suite à la publication d’informations diffamatoires». Il nous est reproché d’avoir dénoncé «le jeu trouble» de certains dignitaires du pouvoir dont, justement, le Pan qui à travers sa dernière sortie, reconnaît implicitement que le ver est dans le fruit.

Plus grave, si on peut l’écrire, le Pan a régulièrement été cité dans les médiations avec Boko Haram pour la libération des otages. Il n’a jamais démenti ces assertions. Question : à moins de prouver qu’il échange avec des fantômes, comment Cavaye Yéguié Djibril peut-il feindre d’ignorer qui sont les terroristes ? Quelle est cette habile mise en scène, consistant à donner l’impression de condamner un phénomène alors que, à travers des réseaux clairement identifiés, on reçoit régulièrement des émissaires de Boko Haram ?

Entre les admonestations inopportunes et déstabilisatrices du Cnc, la réalité du terrain et les confessions publiques – quoique maquillées – de Cavaye Yéguié Djibril, la messe n’est pas dite. La Météo, pour sa part, continue d’inviter les vrais patriotes à davantage se mobiliser dernière le chef de l’Etat, Paul Biya, désormais en guerre contre l’hydre islamiste.

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